Une phénoménologie plurielle

par Jacques Garelli  Du même auteur

Introduction

Si l’on compare l’état des études phénoménologiques en France et dans le monde à l’orée du troisième millénaire à celui de l’année 1951, quand eut lieu à Bruxelles le Colloque international de phénoménologie du 12 au 14 avril, qui réunit dans le cadre des Archives Husserl et de l’Institut supérieur de philosophie de l’université de Louvain, à l’initiative de H.L. Van Breda : O.F.M., et sous la présidence de Jean Wahl, des phénoménologues au destin historique prestigieux, tels que Eugen Fink, Maurice Merleau-Ponty, Paul Ricœur(1), on est frappé par l’approfondissement, l’extension et la diffusion actuels des études phénoménologiques dans le monde. Les œuvres des acteurs de ce colloque sont devenues, depuis cette date, sujets de méditations incessantes comme l’étaient, mais de manière éparse, en 1951, l’œuvre du fondateur de la phénoménologie à qui était consacré ce colloque et celle de Heidegger.

On peut noter, d’autre part, que l’approfondissement des œuvres des deux phénoménologues allemands, comme la prospection des œuvres des phénoménologues de la deuxième génération réunis dans ce colloque, il y a un demi-siècle, ont donné lieu à une explosion d’études historiques, qui ont mis les ouvrages encore inédits de Husserl, réservés aux chercheurs peu nombreux des Archives Husserl, et ceux de Heidegger, à peine traduits en France et très partiellement à l’étranger, ainsi que le contenu de ses cours non encore édités, à la portée d’un vaste public. Depuis cette date, plusieurs parmi les ouvrages majeurs de Merleau-Ponty, marquant le renouvellement phénoménologique radical de sa pensée, l’édition de la Sixième méditation cartésienne de Eugen Fink, annotée par Husserl, comme la quasi-totalité de l’œuvre de Paul Ricœur ont vu le jour.

Parallèlement, la double activité des Archives Husserl, à Louvain-la-Neuve et à Paris, en particulier sous l’impulsion, en Belgique, de Rudolf Bernet, en France, de Paul Ricœur, puis de Jean-François Courtine, et de Didier Franck ; la création du Collège international de philosophie, à Paris, largement ouvert aux recherches et aux rencontres phénoménologiques de caractère international, la variété des séminaires, des colloques, des conférences organisés par ces instances ; leurs relais aux États-Unis, en Belgique, en Allemagne(2), en Italie, au Portugal, au Japon, par tout un réseau de revues, où les points de vue internationaux peuvent se confronter ; la création d’une série de collections de recherches phénoménologiques(3), dans le cadre du renouvellement des éditions universitaires, ont contribué, de manière décisive, à la formation de deux nouvelles générations de phénoménologues, dont les travaux d’érudition et de recherches des plus jeunes témoignent de la vigueur et de l’approfondissement de la problématique phénoménologique en Asie, aux États-Unis, en Amérique latine, comme en Europe.

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