Paralipomènes

Hacker’s Delight

par McKenzie Wark  Du même auteur

Les textes qui suivent sont extraits du dernier ouvrage de McKenzie Wark, Un manifeste Hacker (traduction collective, Criticalsecret, 2006). Avec l’accord de leur auteur, ils ont été librement choisis et adaptés par Paul Mathias, qui en a également choisi le titre. Ils donnent lieu à une discussion publiée sur le site Internet du Collège, rubrique Rue Descartes.

[125] - Une histoire hacker ne connaît que le temps du présent.

[160 a] - Toute production est un hack formalisé et répété sur la base de sa représentation comme propriété. Produire c’est répéter ; hacker, c’est différencier. Si la production est le hack, capturé par la propriété et répété, le hack, c’est la production produite comme autre chose qu’elle-même.

[071] - Le hack touche au virtuel et transforme l’actuel. « Pour être qualifiée de hack, la trouvaille doit être imprégnée d’innovation, de style et de virtuosité technique ». Les termes « hacking » et « hacker » ont émergé sous cette signification chez les ingénieurs en électrotechnique et en informatique. Comme ces domaines étaient à la pointe de la production créative du monde vectoral[1] il est normal que ces mots en soient venus à représenter une activité plus vaste. De fait, le hacking des nouveaux vecteurs d’information a été un tournant, dans l’émergence d’une prise de conscience élargie des pouvoirs créatifs de l’abstraction.

[002] - Nous sommes les Hackers, les tâcherons de l’abstraction, à la fois les bousilleurs et les novateurs – les dépeceurs, les limiers d’univers. Nous produisons de nouveaux concepts, de nouvelles perceptions, de nouvelles sensations, hackées à partir de données brutes. Quel que soit le code que nous hackons, serait-il langage de programmation, langage poétique, mathématique ou musique, courbes ou couleurs, nous sommes les extracteurs des nouveaux mondes. Que nous nous présentions comme des chercheurs ou des écrivains, des artistes ou des biologistes, des chimistes ou des musiciens, des philosophes ou des programmeurs, chacune de ces subjectivités n’est rien d’autre qu’un fragment de classe qui advient peu à peu, consciente d’elle-même.

[004] - Les hackers créent la possibilité que des choses nouvelles s’engagent dans le monde. Pas toujours des grandes choses, ni même des bonnes choses, mais des nouvelles choses. En art, en science, en philosophie et dans la culture, dans toute production des connaissances où les données peuvent être rassemblées, d’où l’information peut être extraite, dans ce que cette information peut produire de nouvelles possibilités pour le monde, il y a des Hackers qui hackent le neuf hors du vieux. Nous, les Hackers, nous créons ces nouveaux mondes, mais nous ne les possédons pas. Ce que nous créons est hypothéqué par d’autres, pour les intérêts des autres, des États et des organisations, qui monopolisent les moyens de réaliser les univers que nous sommes seuls à découvrir. Nous ne possédons pas ce que nous produisons – cela nous possède.

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