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L’activisme contemporain : défection, expressivisme, expérimentation

par Laurence Allard  Du même auteur

      Olivier Blondeau  Du même auteur

L’activisme comme méthode

S’il faut donner une description non-réifiante et non-prophétique d’un mouvement qui promeut défection, expressivisme et expérimentation, il faut aussi, tout en tentant de la rompre à des fins de connaissance, prolonger le cercle réflexif dans lequel s’inscrivent des acteurs qui sont eux-mêmes à bien des égards déjà des ethnométhodologues garfinkeliens et des pragmatistes deweyens. Dans ces conditions, l’activisme n’est plus seulement l’objet, mais s’impose aussi comme la méthode même de l’enquête.

Considérant le politique comme expérimentation et déployant une méthodologie d’action de rupture, l’activisme électronique nous suggère, dans le souci de l’adéquation méthodologique au terrain étudié, d’opter pour une procédure héritée de la sociologie interactionniste et ethnométhodologique, connue sous le terme de « breaching experiments ». Dans la continuité de la quête ethnographique, cette option qualitative a été formalisée en 1967 par Garfinkel et ses Studies of Ethnomethodology[22].

En effet, certaines propositions de la sociologie ethnométhodologique peuvent nous apporter, en complément d’une démarche bien connue de validation du terrain par le terrain, suivant l’héritage de la sociologie interactionniste, une réponse à une spécificité du terrain « activiste ». Il s’agit là d’une « réflexivité secondaire », venant de l’activité théorique des activistes eux-mêmes, « sociologues profanes » et membres réflexifs du monde social comme tout un chacun, mais parfois sociologues également de leur propre monde. Ce qui a pour conséquence que le chercheur devient lui-même objet d’une investigation qui n’est pas la sienne mais celle des acteurs en recherche de grilles ou d’éléments de réflexion permettant de penser et de dire leur propre théorie. On peut dire à cet égard que contrairement à d’autres terrains, dont la spécificité en même temps que le danger est parfois de nier le rôle du chercheur[23], la caractéristique de ce milieu activiste est de garantir un statut.

Il apparaît opportun, dans ces conditions, de corréler cette double réflexivité du terrain avec le principe méthodologique de l’« unique adequacy requirement » en s’impliquant soi-même comme activiste afin « d’agir en tant qu’observateur-analyste à la manière d’un praticien compétent reconnu comme tel par les autres agents impliqués dans l’action, c’est-à-dire capable de faire face de façon appropriée aux circonstances, de voir et reconnaître, de parler, de réaliser des objectifs, faire des inférences »[24].

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