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L’Internet et ses représentations

par Daniel Parrochia  Du même auteur

Depuis le développement accéléré d’Internet, dans le courant des années 1980, la pensée contemporaine a du mal à saisir les aspects multiples de ce nouvel objet, qui, comme tous les instruments de communication – qui sont aussi des instruments de puissance – induit de multiples effets allant de la séduction fascinante à la crainte respectueuse, en passant par nombre de délires. D’où les limites, selon nous, d’un certain type de discours qui, sautant par-dessus une véritable étude de philosophie des techniques, oscillent entre l’envolée lyrique et les propos de Cassandre. Dans le texte qui suit, nous nous appuierons sur la réalité (actuelle) d’Internet pour dépasser ces opinions en vue de saisir ultérieurement quelques-unes des transformations dans lesquelles nous sommes pris avec le phénomène de l’interconnexion des réseaux.

Rappels

Comme le rappelle opportunément Arnaud Dufour au début du livre qu’il consacre à cet inter-réseau, Internet est avant tout un réseau informatique, « le plus important réseau informatique mondial »[1]. Internet est donc, en ce sens, un réseau de réseaux.

Mathématiquement parlant, il faut savoir qu’un réseau n’est pas seulement un graphe. Un graphe G(X, U) n’est qu’un ensemble de nœuds (X) reliés par un ensemble d’arêtes ou d’arcs orientés (U), auquel on peut associer différents caractères, eux-mêmes complexes : ainsi sa structure topologique (densité, connexité, cohésion, redondance, centralité, intermédiarité, etc.[2]), ou encore son aspect rhéologique (le mode de circulation des flux qui le caractérise). Le type de mathématique et les algorithmes associés à l’étude de ces différents aspects sont spécifiques. Ils peuvent relever notamment de la théorie des graphes et hypergraphes, de la théorie des matroïdes, ou encore de la programmation linéaire. Même lorsqu’elle résulte d’un tirage aléatoire, l’architecture d’un graphe, en principe, est fixée une fois pour toutes. Un réseau présente plus de souplesse car il suppose, en outre, qu’un certain type de fonctionnement (déterministe ou stochastique), régisse les liaisons de nœud à nœud. Selon le cas, les transitions internodales se font ou non, selon que certaines relations fonctionnelles sont ou ne sont pas satisfaites (par exemple, des fonctions à seuil, dans les « réseaux de Petri »). La notion de « réseau » est cependant très polysémique. Il arrive même que ce concept, quand il n’est pas purement et simplement confondu avec celui de graphe ou même d’arbre (voir les « réseaux de parenté » des ethnologues) puisse désigner une structure algébrique très particulière : c’est le cas en mathématiques où la notion de « réseau » est assez proche de celle de semi-groupe.

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