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L’Internet et ses représentations

par Daniel Parrochia  Du même auteur

L’idée d’un « réseau de réseaux » n’est donc pas triviale, et suppose une abstraction supplémentaire, l’idée d’une relation fonctionnelle elle-même définie sur des réseaux. En mathématiques, où la situation est la plus simple, on obtient des fonctions de réseau, comme l’a très bien montré Jean-Pierre Serre, dans des cas extrêmement particuliers, quand, par exemple, sur une base complexe, on a réussi à exprimer des formes modulaires par des séries d’Eisenstein qui convergent absolument[3]. Internet n’est évidemment pas un « réseau de réseaux » en ce sens, bien qu’on puisse – Berge et d’autres l’ont fait très tôt – appliquer le formalisme arithmétique aux flux et aux tensions. Dans l’acception informatique du terme, cependant, un réseau n’est, en première approximation, qu’un ensemble de matériels informatiques interconnectés. Comme on a coutume d’opposer les réseaux locaux (Local Area Networks ou LAN) aux réseaux à grande distance (Wide Area Networks ou WAN), mais que les réseaux à grande distance connectent en fait des réseaux locaux, c’est en ce sens, d’abord, qu’Internet est un réseau de réseaux à couverture mondiale. Les choses se compliquent pourtant tout de suite car un réseau comme Internet, en tant que réseau concret, et non simple représentation, intègre plusieurs composantes : matérielle, organisationnelle, logicielle et humaine. La composante matérielle comprend, comme pour tout graphe, des nœuds et des liens, mais ceux-ci prennent déjà des formes multiples : clients ou serveurs, câbles téléphoniques, fibres optiques, ondes radio, liaisons satellites, lignes sous-marines, lignes permanentes ou « dédiées », etc. De plus, l’organisation, très pyramidale, fait apparaître au moins quatre niveaux d’architecture : le niveau mondial, le niveau continental, celui du fournisseur d’accès, enfin, celui de l’utilisateur final. Au plan logiciel, la communication entre les machines suppose l’existence d’un langage commun de communication – le fameux tcp/ip (Transmission Control Protocol/Internet Protocol) -, c’est-à-dire en fait un ensemble de protocoles qui assurent l’interopérabilité entre ordinateurs hétérogènes reliés via le réseau et offrent ainsi un certain nombre de services : transfert et partages de fichiers, messagerie électronique, émulation de terminal, accès à l’information, impression, exécution de commandes à distance, gestion des administrateurs du réseau. Ces protocoles, qui sont apparus avant la définition d’un cadre normatif fonctionnel général des systèmes informatiques interconnectés (modèle osi ou iso à sept couches) sont structurés en trois blocs fonctionnels : application, transport et contrôle d’erreur (tcp), acheminement ou routage des paquets d’information en mode non connecté. L’un des caractères les plus étonnants du réseau est, en effet, que les messages, pour être acheminés plus facilement, sont fractionnés en paquets, les paquets d’un même message pouvant emprunter des routes diverses pour atteindre la même destination. Mais, comme les informaticiens le savent, la séquentialité des paquets n’est pas garantie par le protocole qui n’effectue pas non plus de contrôle de flux ni d’erreurs sur leur contenu. Des techniques d’adressage, dans lesquelles nous n’entrerons pas, se bornent à conditionner l’accès aux ressources du réseau. Aujourd’hui, la quasi-totalité des systèmes d’exploitation des ordinateurs admettent une implémentation des protocoles tcp/ip d’accès à Internet, preuve évidente que le réseau s’est imposé comme un fait mondial.

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