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L’Internet et ses représentations

par Daniel Parrochia  Du même auteur

Dès lors, tout va aller très vite : entre 1972 et 1974, les premières spécifications de protocoles Internet apparaissent ; puis, en 1979, l’arpa crée l’Internet Configuration Control Board, pour contrôler l’évolution du réseau. En 1983, le réseau voulu par arpa éclate bientôt en deux sous-réseaux : Milnet, qui restera militaire ; Arpanet qui constituera l’épine dorsale du réseau américain jusque dans les années 1990, date à laquelle il sera intégré au réseau du National Science Foundation. Enfin, en 1995, ce dernier sera remplacé par un ensemble de grands réseaux interconnectés (MCInet, Sprintnet, ANSnet, etc.). Parallèlement, on développe évidemment toute une série de protocoles pour fournir de plus en plus de services et unifier progressivement les communications entre machines. Le protocole uucp (Unix to Unix Copy) est créé en 1976 par Mike Lesk pour échanger des fichiers entre utilisateurs de machines Unix. Puis en 1977, l’Université du Wisconsin, qui ne faisait pas partie d’Arpanet, crée Theorynet, l’un des premiers grands réseaux uucp, qui fournit des services de messagerie électronique à une centaine de chercheurs en informatique. Ce réseau sera étendu en 1979 avec CSNet (Computer Science Research Network). C’est alors que Vinton Cerf propose l’idée d’une passerelle d’interconnexion entre CSnet et Arpanet. Nous sommes dans les années 1980, c’est vraiment le début d’Internet, immensément favorisé par une décision particulièrement remarquable de la direction d’arpa qui met gratuitement à disposition les spécifications des protocoles tcp/ip, lesquels assurent l’accès distant à la messagerie électronique. L’année 1983 voit alors la mise en œuvre du premier serveur de noms (qui préfigure les futurs dns (Domain Name Servers) utilisés sous tcp/ip. Enfin, dans les années 1990, les dns et le routage dynamique se généralisent. Le reste de l’histoire est surtout ce qu’on appelle un « phénomène de société » : l’engouement pour la communication à distance, les images, et le « surf » électronique. C’est malheureusement seulement ce qu’on retient.

Représentations et interprétations

Nous vivons certainement une époque plus fertile en représentations de concepts qu’en concepts, et sûrement plus friande de spectacles que de faits. En ce sens, la réalité d’Internet s’est vite effacée derrière ses conséquences et ses effets : avec un tel réseau se développait une sorte de monde en miroir, un double allégé du réel, plein de données et d’images, qui semblait répliquer à grande échelle l’énigme de la relation corps-esprit. Qu’était cette réalité qu’on a tout de suite, sans bien réfléchir à la notion, qualifiée de « virtuelle »[7] ? Un esprit habitait-il ce super-réseau que d’aucuns considéraient déjà comme une sorte de super-cerveau (Francis Heylighen) ou de « cerveau planétaire » (Joël de Rosnay) à la manière du célèbre world brain de H.G. Wells ?

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