Corpus

La démocratisation des savoirs

par Mireille Delmas-Marty  Du même auteur

      Françoise Massit-Folléa  Du même auteur

Mais la démocratisation n’est pas l’uniformité. Elle pourrait même contribuer à corriger les effets uniformisants d’une mondialisation exclusivement assurée par les marchés, préservant cette vision pluraliste que le poète Édouard Glissant nomme la « mondialité ». Autrement dit : du croisement des savoirs, on en vient au dialogue des cultures. Désormais affirmé avec force par le droit international[4], le principe de diversité culturelle marque une évolution de la société de l’information vers « les sociétés du savoir »[5]. Refusant de privilégier un modèle unique de la connaissance, qui s’imposerait du Nord au Sud, l’Unesco reconnaît en 2005 « l’importance des savoirs traditionnels, en tant que source de richesse immatérielle et matérielle, et en particulier les systèmes de connaissance des peuples autochtones, et leur contribution positive au développement durable, ainsi que la nécessité d’assurer leur protection et promotion de façon adéquate ». D’où le constat que les processus de mondialisation, facilités par l’évolution rapide des technologies de l’information et de la communication, créent « les conditions inédites d’une interaction entre les cultures, représentant un défi pour la diversité culturelle, notamment au regard des risques de déséquilibre entre pays riches et pauvres ».

Relever un tel défi n’est pas facile. Il faudrait privilégier la pluralité des voies d’accès à la vérité, donc valoriser le débat, la controverse, voire le conflit, mais dans la perspective d’une « concorde discordante ».

Accès aux savoirs : gouvernants et gouvernés

Le droit à l’éducation est primordial. Reliant les droits civils et politiques aux droits économiques, sociaux et culturels, il sera donc inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (art. 26).

Mais la Déclaration prévoit aussi, dans le prolongement de la liberté d’opinion et d’expression, le droit de recevoir et de transmettre, sans considération de frontières, les informations et les idées. Entre droit à l’éducation et droit à l’information, on entre ainsi dans une dynamique interactive que les nouvelles techniques de numérisation placent au cœur d’une thématique de la « gouvernance de l’Internet ».

Plus l’information est savante, plus la quête est difficile à organiser de façon démocratique, qu’il s’agisse de l’expertise judiciaire, notamment dans les affaires relatives aux atteintes au vivant[6], ou de l’expertise mondiale de gouvernance.

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