Corpus

La démocratisation des savoirs

par Mireille Delmas-Marty  Du même auteur

      Françoise Massit-Folléa  Du même auteur

Si l’on prend l’exemple du changement climatique, le transfert de connaissances a été organisé par le Groupe International d’Experts sur le Climat (giec) à une grande échelle entre le milieu scientifique et le milieu politique. En revanche l’information de la population semble être restée limitée, notamment en raison des multiples contraintes qui pèsent sur les moyens de communication de masse :

  • contraintes quantitatives : à peine 1/4000e de l’information disponible dans les publications scientifiques sera finalement accessible dans les médias[7] ;
  • contraintes qualitatives : le cloisonnement des rubriques fait obstacle à la cohérence d’informations qui relèvent à la fois des sciences, des relations internationales et de nombre de rubriques sociales, de l’environnement aux transports, en passant par le logement, l’alimentation, etc.
Il s’agit donc de renforcer le « principe d’information »[8]. Différentes voies sont déjà ouvertes : référendums locaux, nouvelles procédures d’enquête publique et de débat public, obligation d’informer les populations des risques auxquels elles sont exposées web. Un jeu de nouvelles pratiques participatives les complète désormais, comme les conférences de citoyens, lancées d’abord au Danemark mais également expérimentées en France, dès 1998 à propos des ogm[9]. Si la plupart des recommandations ont pu être progressivement reprises[10], le problème n’en est pas moins patent. Car bien que le législateur garde en principe toute liberté de retenir ou non les recommandations ainsi élaborées, une telle influence suscite des interrogations sur l’indépendance et la représentativité de ces panels de citoyens auto-institués comme auteurs de telles recommandations – autrement dit sur la légitimité politique de la formule.

On peut aussi s’interroger à propos d’initiatives plus officielles – et le risque de récupération que cela suppose –, comme celles de deux sénateurs français (René Trégouët et Franck Sérusclat) qui ont mis en place un système de co-écriture de textes législatifs, les internautes étant invités à réagir sur les projets de loi et à faire des suggestions[11] ; ou comme l’appel aux « citoyens experts » lancé dans le cadre de la prochaine campagne présidentielle.

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