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La démocratisation des savoirs

par Mireille Delmas-Marty  Du même auteur

      Françoise Massit-Folléa  Du même auteur

Mais la réflexion est devenue globale avec l’organisation au sein des Nations Unies du Sommet Mondial sur la Société de l’Information (smsi)[16], à Genève en 2003, puis à Tunis en 2005. En décembre 2003, la Déclaration de Genève avait marqué une première étape. Le plan d’action proposé se fondait sur le lien entre l’information et le développement et définissait « des cibles indicatives » pour améliorer la connectivité et l’accès aux technologies de l’information et de la communication (tic), proposant même la création d’un « Fonds de solidarité numérique ». Reconnaissant la nécessité de situer la coopération entre les États et le secteur privé dans le cadre de l’onu, et non de l’omc, il confiait au Secrétaire général lui-même la tâche de créer un groupe de travail sur « la gouvernance Internet ». Il s’agit d’un processus « ouvert et inclusif » faisant intervenir dans un multi-partenariat (multi-stakeholderism) les organisations internationales ainsi que les acteurs économiques et civiques. L’objectif était d’étudier la gouvernance de l’Internet et de « formuler des propositions sur les mesures à prendre », notamment en ce qui concerne les « questions d’intérêt général » et la délimitation des sphères de responsabilité respectives des différents partenaires.

Les contours de cette gouvernance restent imprécis, en particulier du fait que la mondialisation des industries culturelles ne se confond pas avec celle de la culture : on découvre que l’abondance d’informations ne supprime pas les différences culturelles et que le rêve du village global pourrait conduire « au cauchemar de l’incommunication »[17]. Par cette mise en garde, Dominique Wolton invitait à privilégier plutôt l’objectif d’une « société de la communication », afin de rendre compte du véritable enjeu « qui n’est pas l’information et sa transmission, mais les conditions de sa réception ».

Le débat a été repris lors du sommet de Tunis dans une perspective plus politique qui tenait compte de la diversité des partenaires et des intérêts qu’ils défendent, amorçant un nouveau « discours sur la société de l’information »[18]. Mais il reste inachevé. À l’issue du sommet de Tunis, des coordinations de chercheurs, comme le réseau Vox Internet (constitué entre scientifiques, juristes et spécialistes des sciences humaines et sociales pour mutualiser les recherches sur les enjeux de régulation de l’Internet), considèrent que cette question « reste un chantier complètement ouvert, […] d’autant plus que les évolutions technologiques en cours engendrent de nouvelles incertitudes »[19].

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