Corpus

La démocratisation des savoirs

par Mireille Delmas-Marty  Du même auteur

      Françoise Massit-Folléa  Du même auteur

On commence à prendre conscience du fait que « les pronétaires sont en train d’inverser les rapports de force traditionnels »[20]. À partir de nouveaux réseaux d’intelligence collective, des groupes peuvent se constituer, soit pour des actions ponctuelles comme une manifestation de rue ou le boycott de certains produits, soit plus largement pour entrer dans le jeu politique et médiatique. On l’a vu non seulement lors des derniers grands votes, en France comme aux États-Unis, mais aussi avec les mobilisations altermondialistes.

Quant aux médias, l’Internet commence aussi à modifier l’équilibre des forces entre les médias classiques et les médias émergents. Outre les « blogs d’opinion », sortes de carnets d’actualité, plus ou moins partisans et subjectifs, mais offerts à tous, on commence à parler de « journalisme citoyen » ou « participatif » pour désigner « les sites qui éditent et centralisent des informations provenant d’individus – témoins/capteurs – qui proposent des images, de l’audio ou des vidéos »[21], et de « citoyens reporters », pour désigner les milliers d’internautes qui contribuent à la collecte d’informations. Le projet coréen OhMYNews ou le projet français Agoravox sont l’illustration de ce « journalisme participatif » – même si certains considèrent le journalisme citoyen non pas comme la remise en cause des grands médias mais comme leur expansion[22]web.

Mais la question de la gouvernance consiste surtout à savoir comment cette interactivité entre individus qui caractérise l’échange d’information sur l’Internet pourrait garantir une véritable démocratie informationnelle, avec les critères d’indépendance et d’impartialité que cela suppose.

Les aspects positifs ne sont pas négligeables, tant dans les pays qui répriment la liberté d’expression que là où le journalisme citoyen, qui fait circuler l’information de façon horizontale (de « tous vers tous »), permet de relier le niveau local au niveau mondial de façon beaucoup plus large que les médias traditionnels qui font descendre l’information de haut en bas (de « un vers tous »)web.

Mais il ne faut pas être naïf. Les risques de manipulation, de désinformation, voire d’informations à des fins criminelles, se développent au même rythme que les effets positifs. C’est pourquoi la question persistante des contenus constitue une dimension majeure de celle de la gouvernance.

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