Corpus

Back To No Future

par Paul Mathias  Du même auteur

      Pierre Todorov  Du même auteur

« You can’t put your arms around a memory »
Johnny Thunders, 1978

Le Rock est une musique populaire qu’accompagne un discours populaire. Discours qui possède lui-même une histoire, puisqu’on est passé en une trentaine d’années de la stigmatisation à l’éloge : pour l’une, sur le mode comique, The Delicate Deliquent de Don McGuire[1] ; pour l’autre, sur un mode historico-esthétisant, Absolute Beginners de Julien Temple[2]. D’un côté, la violence réelle ou supposée, de l’autre une « attitude » et le souffle de la liberté. Un peu paradoxalement, le discours « populaire » sur le Rock n’est pas nécessairement le discours du « peuple ». On devrait plutôt le caractériser comme discours « pop », parce qu’il est celui qui se partage le plus communément et se confond avec son objet. Quand dans les années soixante les Beatles ou les Rolling Stones rassemblaient des foules aussi bien en leur faveur qu’à leur encontre, celles-ci étaient indifféremment constituées des classes les plus populaires comme de bourgeoisies savantes et aisées. D’un côté, un peuple réfractaire à des êtres et des images hirsutes, ou bien des bourgeoisies effarées par la saleté apparente d’une « jeunesse » échevelée[3] ; de l’autre un peuple alternatif, jeune et enthousiaste, ou des bourgeoisies complaisantes ou savantes, voire avides d’expérimentations[4], pour lesquelles un monde résolument nouveau paraissait surgir du néant des conformismes : One Plus One[5] égale un, le Rock! « Pour » et « contre » traduisaient alors effectivement l’adhésion ou bien au contraire le rejet presque viscéraux d’un mode d’expression musicale, mais d’une texture également, faite d’images, de tendances – trends – une sorte d’élan fondamentalement existentiel, désignant le Rock. Car la musique seule n’était pas au centre des discours sur le Rock : l’esthétique, les modes de vie, une sorte de flamboyant ou le simulacre d’une violence, parfois des discours de contestation, c’est un ensemble musical et idéologique complexe qui était approprié par le cœur des uns, ou globalement expulsé hors de la sphère de toute acceptabilité par la tête des autres[6].

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