Corpus

Back To No Future

par Paul Mathias  Du même auteur

      Pierre Todorov  Du même auteur

À défaut d’une histoire, il faut essayer de comprendre le mode de variation du Rock et le processus de son auto-diversification. Sans doute pourrait-on parler d’« influences » ou de « mutations » tantôt musicales et tantôt générationnelles, et en même temps reconnaître l’existence de plusieurs espaces rock en fonction des styles musicaux qu’investissent les groupes et les musiciens[33]. Et de fait, la nébuleuse existentielle du nom de « Rock » n’existe pas en dehors d’une réalité soumise aux soubresauts d’une certaine histoire : luttes raciales et industrialisme « unidimensionnalisant » aux États-Unis, pauvreté ouvrière et confinement économique et social en Europe, principalement en Angleterre. À moins cependant de faire du Rock une sorte de mouvement partisan quoique décalé, venu accompagner les mutations du temps – accompagnement des révoltes étudiantes à la fin des années soixante, contestation des structures encore extrêmement rigides de l’Angleterre de la fin des années soixante-dix, etc. – il faut bien admettre que les notions d’« influence », d’« inspiration », d’« emprunt » ou même de « subversion » ne suffisent pas à dire ce qui de l’identité rock fait une diversité non pas subalterne mais constitutive. La difficulté consiste donc dans une éventuelle « dialectique de l’identité et de la différence », par laquelle quelque chose comme une « essence » du Rock existerait sous les formes diverses des styles successifs qu’il a épousés. Ou pour dire de manière exactement inverse : quel rapport le Rock entretient-il à ses propres différences, s’il ne s’agit nullement d’une relation dialectique de son « essence », indéterminable, à ses « apparences », qui ne sont rien de tel mais constituent sa réalité pure et simple - Une manière d’aborder la difficulté – manière d’antinomie archiclassique – serait de considérer le thème unificateur d’une « esthétique » rock. Comparée aux subtilités ou à la richesse du jazz, la musique rock est d’une extrême simplicité et ne mobilise guère de virtuosité musicale. Laquelle appartient d’ailleurs à de rares musiciens, qui en font très peu étalage, sinon quand ils quittent justement l’ambiance rock de laquelle ils sont issus : Jimi Hendrix ou Keith Moon ne sont jamais virtuoses dans leur virtuosité, contrairement par exemple à un Keith Emerson[34], qui s’y complaît avec ravissement. En dépit de quelques accès de « grandeur », l’esthétique rock est une esthétique minimaliste revendiquant la réduction des catégories du Beau et leur inapplication à la musique en même temps qu’à la vie du Rock.

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