Corpus

Back To No Future

par Paul Mathias  Du même auteur

      Pierre Todorov  Du même auteur

Or cette esthétique vaguement vitaliste et en tout cas tout à fait minimaliste est le noyau d’une irréfragable variabilité du Rock. S’il confine parfois à la « pop music »[40] ou au « folk »[41], s’il s’étire dans de lourdes prétentions musicales avec des « opéras » ou de « vraies œuvres »[42], le Rock – avec les contours existentiels que prennent les modes de vie qui l’accompagnent, et qui parfois confinent à la déréliction – consiste dans le Simple en tant qu’il se fait émotion, transgression, mortalité, sexualité. « Simple » ne renvoie du reste pas à l’absence d’élaboration, qui n’en est qu’une figure suggestive et empiriquement immédiate. Mais c’est plutôt, à la lettre, dans l’absence de composition et dans une indivisibilité que consiste sa simplicité. L’extrême radicalité du « Simple » parcourt le Rock depuis cinquante ans : emprisonnée parfois dans une pose qui la trahit, elle resurgit toujours avec une force inédite, comme chez les Ramones qui, sans égal, avec une cohérence implacable – et jusqu’à ce que mort s’en suive – ont réitéré obsessionnellement les fondamentaux d’une esthétique minimaliste confinant à l’ascèse. Simplicité d’une musique perpétuellement originelle et « absolument moderne »[43], qui magnifie spontanément – du moins dans ses succès – les instants éternels et magiques qui ne reviendront « jamais jamais jamais jamais »[44].

La question de l’événementialité rock n’est ainsi pas loin de constituer un simulacre ou un avatar pittoresque – grotesque- – de la querelle très ancienne des « universaux »[45]. Quelle est effectivement la réalité de la musique rock et de l’existence qui s’en inspire ou même y puise ses plus essentiels ressorts - Et s’agit-il d’autre chose que d’un nom, donné en bonne ou en mauvaise part à des comportements ou des « attitudes », et bien évidemment des musiques dont on ne sait fondamentalement pas de quoi elles participent, sinon de dérivations multiples à partir de sources elles-mêmes multiples - L’alternative à laquelle nous serions confrontés serait celle de dénier sa réalité au Rock en l’assimilant, littéralement, à des musiques dites par commodité « populaires » et réduites en réalité à des modes variés d’expression instrumentale ; ou bien d’en postuler la « réalité », mais au risque de ne pouvoir en décider le lieu : scène - studio d’enregistrement- arts et littérature- Du réalisme à la récupération « savante » et de l’irréalisme à la réduction sociologique, le basculement incessant pourrait bien provoquer une ivresse pathétiquement dionysiaque !

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