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Des terroristes dans l’Inde du Nord-Est ? L’improbable hypothèse d’un dialogue

par Samir Kumar Das  Du même auteur

Le Nord-Est de l’Inde est composé des États d’Arunachal Pradesh, Assam, Manipur, Meghalaya, Mizoram, Nagaland, Tripura. Ces États sont communément connus sous l’appellation des « sept sœurs » avec l’État de Sikkim qui a été le dernier à rejoindre cette partie de l’Inde largement considérée comme la région où se trament les insurrections et le terrorisme. Ces actions n’atteignent cependant jamais un point critique, comme c’est souvent le cas au Cachemire, ni ne se trouvent complètement résolues comme ce fut le cas au Pendjab au début des années 1980.

Il est rare que cette région, inaccessible et enclavée, ait un quelconque effet sur la politique de l’État central. Il ne semble pas que la classe politique en Inde s’inquiète de voir une partie du pays rejoindre un autre pays ou demeurer en Inde. Lorsque le PRA[1] s’est lancé jusqu’à l’endroit appelé Bomdila dans le cours de la guerre sino-indienne (1962) et que tout le Nord-Est était sur le point de tomber entre les mains des Chinois, le premier ministre Nehru donnait à l’adresse du peuple d’Assam une « allocution d’adieu » controversée. Cela s’est reproduit en 2007 au sujet de l’Arunachal Pradesh. La place du Nord-Est dans la carte politique de l’Inde est pour le moins incertaine ; sa possible sécession ne semble pas créer des « inquiétudes cartographiques » comparables à celles au sujet du Cachemire.

Notre argument principal repose sur l’idée que la connaissance supposée des terroristes et du terrorisme a beaucoup à voir avec la manière dont un État – dans notre cas, l’État Indien – perçoit son propre moi collectif et que les perceptions par l’État des éléments potentiels de son moi collectif ne sont ni uniformes ni homogènes à cet égard. Cette région était considérée, par rapport au terrorisme, uniquement comme base arrière après l’indépendance, alors que le pouvoir central était occupé par le Cachemire, puis par le Pendjab à la fin des années 1980. La nature dérivée de ce processus d’appellation remet en question les articulations et hiérarchisations qui en découlent dans d’autres régions. Une représentation paradigmatique d’un terrorisme mondial accable imperceptiblement notre compréhension des spécificités locales.

Histoire de la terreur ou la terreur de l’histoire -

Bien que le Nord-Est de l’Inde ait connu l’une des premières et des plus longues insurrections au sud de l’Asie, la « terreur » et le « terrorisme » n’ont fait leur apparition dans la région qu’au début des années 1990. L’histoire de la violence et des insurrections est certainement plus ancienne que l’histoire de la « terreur ». Tout d’abord les Britanniques étaient arrivés tardivement dans le Nord-Est. La première annexion britannique avait eu lieu en 1826[2] et avait pris presque un siècle pour s’établir. À la différence des « terroristes » du Bengale, aucun des administrateurs, historiens ou ethnographes coloniaux ne s’était jamais référé aux populations des régions « tribales » comme étant des terroristes. « Les tribus » du Nord-Est ont été vues comme en dehors de la sphère de gouvernementalité de l’État colonial. Le Bengale, alors partie indivise de l’Inde, pouvait être administré, mais pas ses frontières orientales. Seuls les sujets pouvaient être des terroristes. Les terroristes sont considérés essentiellement comme des sujets potentiels transformés en terroristes en raison d’un concours particulier de circonstances. Les « primitifs », eux, sont, en soi, opposés à n’importe quel système d’administration moderne et de civilisation établie. Les terroristes-sujets sont cependant opposés – de manière contingente seulement – à la règle coloniale.

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