Horizons

Horizons

par Rada Ivekovic  Du même auteur

      Ranabir Samaddar  Du même auteur

Nous partons de l’idée que le « terrorisme » n’est pas un phénomène indépendant, mais qu’il est produit puis combattu par l’État et le système international des États, en un cercle vicieux qui radicalise les positions et la violence. Nous remarquons qu’il n’est pas lié à telle ou telle idéologie, nation ou religion, mais qu’il y a tendance, dans la radicalisation dont il fait l’objet, à fixer et y rattacher des « identités » comme si elles en étaient la cause, alors qu’elles sont habituellement le résultat de violences. Le terrorisme et la terreur, c’est en général les autres. Nous comparons la résistance et le terrorisme, la guerre et le terrorisme, la contreinsurrection et le terrorisme, pour constater que la guerre produit désormais plus de victimes civiles que le second. C’est à partir de telles présuppositions que ce numéro, prolongeant une rencontre tenue au CIPh en 2006[1], rend compte de phénomènes situés en Amérique Latine, en Inde, en Russie, en Afrique, en Europe, aux États-Unis… Nous examinons la situation en particulier à partir du tournant du 11 septembre 2001, qui a donné l’occasion inespérée d’une radicalisation néolibérale sur le plan économique et dans ses implications sur le plan politique et social, une radicalisation qui légitime par avance la guerre généralisée et l’exception sécuritaire développée au mépris de la légalité. Avec la fin de la guerre froide, avec les nouvelles migrations à échelle planétaire, les catastrophes écologiques, cette nouvelle donne construit un univers unipolaire inédit où les populations civiles sont de plus en plus à la merci d’appareils de pouvoir insondables. La citoyenneté est diminuée de facto alors même que la « démocratie » est imposée par les armes. La confusion entre guerre et terreur, désormais impossibles à distinguer, est à son comble dans la dernière guerre d’Irak.

En même temps que cet état de choses est à son apogée, on en devine les limites et la fin d’une époque. Avec la multiplication et le déplacement des centres de pouvoir de l’Occident vers l’Asie, avec les divisions qui creusent de plus en plus la société états-unienne, on devine l’effondrement du château de cartes. Nos textes annoncent déjà la fin de l’ère de la suprématie des États-Unis. Les attentats spectaculaires du 11 septembre l’anticipent visuellement : ils ne viennent plus d’un extérieur, mais de l’intérieur même de l’Occident qui ainsi se déchire. Dans la recherche qui se fera à partir de là, il faudra développer l’imagination politique qui a cruellement manqué aux dernières décennies. Nous espérons que cette inventivité politique, celle de pouvoir imaginer un autre monde que celui dont nous disposons, et de pouvoir imaginer les manières de le construire, est repérable dans les écrits si divers présentés ici.

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