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La science et la démocratie dans la Chine du XXe siècle

par Changchi Hao  Du même auteur

Je parlerai aujourd’hui du rôle joué par la science et la démocratie dans la Chine du siècle passé, et je me propose d’examiner la signification symbolique qui était celle de ces deux termes dans la vie intellectuelle et politique de la Chine de cette époque. Je montrerai dans un premier temps comment la science et la démocratie ont émergé au XIXe siècle. Puis, je présenterai une vue d’ensemble de trois personnages représentatifs du cadre culturel évoqué dans la première partie. Enfin, j’examinerai brièvement la façon dont la Chine s’est référée à l’histoire de la dernière moitié du XIXe siècle tout en lançant la politique de la « porte ouverte » en 1978.

Ma présentation est axée sur deux points principaux. Le premier est qu’en Chine, la science et la démocratie n’ont été évaluées que selon leur utilité pragmatique et non théorique, au lieu d’être sondées et étudiées sérieusement. Le deuxième est que la conscience de lutter pour survivre et pour bâtir un pays fort a éclipsé ce qui est essentiel pour fonder une société harmonieuse et juste.

I – Le contexte historique

Avant le milieu du XIXe siècle, les Chinois se considéraient comme le peuple le plus cultivé du monde. Ils pensaient occuper un territoire central sur la terre, et considéraient le reste du monde comme des Barbares qui auraient dû admettre et respecter la souveraineté de l’empereur chinois. Les Chinois de l’époque étaient dépourvus de toute communication effective avec le monde extérieur, ils nommaient le pays où ils vivaient « l’Empire du paradis ». Selon les Chinois, qui se prenaient pour les détenteurs d’une culture supérieure, et se croyaient dotés de la morale et des coutumes les plus riches de l’humanité, les peuples barbares savaient trop peu de choses pour que les Chinois en apprennent quoi que ce soit. Certes, il est arrivé au cours de l’histoire que les Han, qui sont la principale ethnie représentative de la civilisation chinoise, soient vaincus par les Barbares du Nord, mais après une courte période d’humiliation, les Chinois ont toujours repris confiance en eux parce que les gouverneurs nordiques se sont finalement assimilés à la culture han ou chinoise, et ont abandonné leur propre morale ainsi que leurs coutumes. Ce fait a renforcé la croyance dans une invincibilité de la culture et de la civilisation chinoise.

Ce rêve ou cette illusion a été brisé lorsque la Chine a été vaincue par l’Angleterre lors de la guerre de l’Opium en 1842. Après cette coupure historique, la Chine se rendit progressivement au pouvoir occidental. Le territoire chinois fut « divisé comme un melon » par les pays occidentaux. Les États-Unis, l’Angleterre, la France, la Russe, l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche, le Japon sont sur le liste des envahisseurs. C’est lors de ce conflit avec les pays occidentaux que la Chine s’est confrontée au risque crucial de vivre ou de mourir dans sa propre histoire. Tout d’un coup, la représentation que le monde se faisait des Chinois s’est trouvée bouleversée, et l’humiliation infligée à la Chine a donné de celle-ci l’image du pays le plus primitif au monde. Comment cela était-il arrivé ? Comment les « Barbares » occidentaux avaient-ils pu battre le plus cultivé et le plus important des pays ? Dès lors, la Chine avait cessé d’être le centre du monde.

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