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Problème d’expression de l’unité de la société politique : Balibar et Spinoza

par Gaye Çankaya Eksen  Du même auteur

Le terme transindividualité a marqué l’interprétation de la pensée de Spinoza depuis que dans son analyse, Balibar a mis l’accent sur la structure toujours déjà interindividuelle, interaffective et interactive de l’existence de l’individu singulier. Dans plusieurs de ses textes[1], Balibar indique, d’une façon ou d’une autre, que le concept complet d’un individu exprime un équilibre, non pas fixe, mais dynamique, qui serait immédiatement détruit s’il n’était pas continuellement reconstitué[2]. L’insistance sur la nature interindividuelle de l’existence de chaque individu (humain ou inhumain) est observable chez Balibar particulièrement dans son analyse très éclairante où il explique le « processus transindividuel de l’individuation[3] ». En se fondant sur les Lemmas 4-7 qui suivent la proposition XIII de l’Éthique II, Balibar nous rappelle que l’existence et l’identité d’un individu doivent être expliquées par une certaine proportion ou un rapport de repos et de mouvement. Donc, la question de conservation d’un individu est directement liée à la « régénération continue » d’une certaine proportion de ses parties et d’un rapport de mouvement et de repos. Ces analyses qui se focalisent sur l’Éthique II éclairent bien la condition de possibilité spinoziste de la constitution et de la conservation d’une existence particulière ou d’un Individu sous l’attribut de l’extension, donc corporelle. La question d’individualité d’une existence particulière implique sans doute une question de l’unité ou de l’intégrité de celle-ci, et cette question se réfère directement, dans le contexte spinoziste, au problème de l’unité du corps et de l’esprit.

Dans l’étude présente, à partir de notre lecture de quatre textes de Balibar qui se réfèrent à la question de l’individualité[4], nous nous proposons de montrer que Balibar n’hésite pas à attribuer une certaine individualité aux sociétés politiques en se basant sur la philosophie de Spinoza. À partir du fait que Balibar utilise une terminologie spécifique de l’individualité[5] qui sert à élaborer l’existence collective des individus humains, nous voudrions discuter la possibilité d’utiliser une autre terminologie pour exprimer l’unité des peuples, ou des sociétés politiques, à partir de toutes les variations du terme « Individu ». La sortie de la terminologie de l’individualité, quant à l’analyse des sociétés politiques chez Spinoza, peut nous aider à construire une conception plus légitime, croyons-nous, de la particularité de chaque société politique qui se présente comme la manifestation d’une certaine manière d’exister et d’agir ensemble. Dans ce cadre, l’irréductibilité de chaque individu constituant la société politique et l’augmentation de la puissance d’exister des individus dans la société se manifestent comme les thèmes centraux pour l’analyse de l’unité d’un peuple. Il est à noter que ces thèmes jouent un rôle déterminant dans la lecture de l’Éthique par Balibar[6] :

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