Corpus

Herméneutique et dé-construction. Parcours italiens

par Gianfranco Dalmasso  Du même auteur

      Paolo Quintili  Du même auteur

© Giulia Delprato

Traduit de l’italien par Paolo Quintili
1. Il est aujourd’hui bien difficile de donner une définition univoque et claire du mot herméneutique au sens philosophique. L’acception du terme tel qu’il a été introduit par Schleiermacher (ermeneuein signifiant interpréter, comprendre, mais en même temps traduire), a été reprise explicitement dans la pensée postromantique. Pensons à la Vie de Schleiermacher de Dilthey, ouvrage dans lequel la circularité ouverte de l’interprétation chez le philosophe romantique est mise en valeur par Dilthey comme le vécu des sciences de l’esprit. Et de toute façon il s’agissait là d’une calibration du sujet du savoir et du comprendre, un sujet bien différent de celui de Kant, car il est dépourvu de structures transcendantales universelles et nécessaires,.

2. Chez Husserl, le sujet du savoir, qui est la question centrale, s’appauvrit et se radicalise ultérieurement dans son être propre, qui se fonde par lui-même (la conscience interprétante est examinée, en effet, dans sa limite). Avec Heidegger, le problème du sujet est renversé par le biais d’une absence radicale de fondation qui institue l’acte interprétant comme étant lui-même fondateur. À partir de ce geste décisif, Heidegger devient en quelque sorte le patron stable de toute projectualité et pratique herméneutique.

3. Le Heidegger d’Être et temps arrive en Italie dans les années dix-neuf cent quarante. Sa perspective philosophique est reçue à l’intérieur d’un cadre de pensée composé par la ligne historiciste (Benedetto Croce), en rapport dialectique et complémentaire avec le problématicisme (issu des développements de l’actualisme de Gentile). Complètent ce tableau d’autres composantes découpées et nuancées par des contaminations réciproques : à titre certain, l’existentialisme, le personnalisme, le pragmatisme, le marxisme.

Heidegger attira l’intérêt de philosophes d’inspiration catholique (Mazzantini, Carlini, Pareyson), qui valorisèrent la radicalité de la question « ontologique » et surtout la position du sujet par rapport à l’acte de conférer du sens. Ces philosophes furent attirés par l’aspect de la pensée heideggérienne suivant lequel interpréter n’est pas un instrument du comprendre mais plutôt l’issue du comprendre lui-même. Dans ce raisonnement, une conception rationaliste du sujet est dépassée, aussi bien au sens idéaliste qu’au sens positiviste. Le sujet du connaître, à la manière de Heidegger, ne se pose pas comme étant propriétaire autonome, autosuffisant et contrôleur de son acte de connaître, mais semble plutôt se constituer dans une division structurale qui héberge une transcendance originaire.

L’existentialisme de marque religieuse, dans les années cinquante et le début des années soixante, dans la philosophie italienne, trouve chez Luigi Pareyson (1918-1991) une élaboration apte à articuler la notion de personne en la conjuguant avec la problématique heideggérienne de la dicibilité du vrai (Verità e interpretazione, 1971).

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