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Marx en Italie au début du XXIe siècle

par Vittorio Morfino  Du même auteur

© Giulia Delprato

L’originalité interprétative de la tradition italienne au siècle dernier a été profondément liée à l’histoire politique et sociale du pays : l’historicisme d’inspiration gramscienne, l’École de Della Volpe et l’opéraïsme, les lignes interprétatives sans aucun doute les plus influentes appartiennent à une époque où les moments théorique et politique étaient entrelacés de manière inextricable. La défaite du mouvement ouvrier d’abord, les métamorphoses subies par l’ancien PCI (Partito Comunista Italiano), et finalement le changement des équilibres géopolitiques qui ont suivi la chute du mur de Berlin, ont ouvert une nouvelle phase dans laquelle les lectures de Marx ont acquis un caractère de plus en plus académique. D’ailleurs, l’extraordinaire travail philologique mené par les éditeurs des Marx Engels Gesamtausgabe[1], repris en 1975, qui prévoit la publication de 114 volumes, a rendu disponible un nouveau matériel pour les interprètes de Marx. Il a aussi radicalement changé l’image de certains ouvrages qui ont joué un rôle central au XXe siècle, comme par exemple les Manuscrits de 1844 et l’Idéologie Allemande, Cette édition a représenté un point de repère fondamental pour le projet, dirigé par Mario Cingoli, de la continuation de l’édition des Marx-Engels Opere complete, abandonnée par les Editori Riuniti à la fin du XXe siècle et reprise par La Città del Sole (Naples) en 2008. Dans ce cadre, 2 volumes ont été publiés : le XXII qui contient les écrits des années 1870-1871[2], et le XXXI qui contient la remarquable traduction, par Roberto Fineschi, du premier livre du Capital en intégrant plusieurs manuscrits inédits et les variantes des quatre éditions allemandes et de la traduction française[3]. La publication d’un troisième volume, qui comprend les Cahiers ethnologiques de Marx[4], est en cours.

Pour avoir une idée de la variété des lectures proposées par les chercheurs italiens, ces dernières années, on peut feuilleter les actes nombreux des plus importantes conférences marxiennes, qui ont eu lieu récemment en Italie (les Actes du congrès de Naples, en 2002[5], du congrès de Bergame en 2005[6], de Milan en 2006[7], de Rome en 2007[8], de Padoue, en 2008[9]) ; il est possible de consulter aussi quelques revues, parmi lesquelles citons Critica marxista, Marxismo oggi, Quaderni materialisti et Consecutio temporum. Dans ce débat, j’ai repéré des positions interprétatives qui, pour leur netteté, me semblent paradigmatiques[10].

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