Traverses

La poésie d’après le 11 mars 2011

par Makiko Nakazato  Du même auteur

Tant on perd, tant il neige.

Pour Midori Terui, le premier objectif de l’écriture de haïkus après le 11 mars était d’approfondir la réflexion sur le regret des vingt mille morts. Habitant à Kamaishi, ville détruite par le tsunami, elle a vu elle-même un grand nombre de cadavres. Trois jours après le tsunami, quand elle est allée du refuge à son appartement à pied, elle a vu un spectacle infernal. Lisons la suite de la postface de son recueil de haïkus.

Un homme âgé rôde en murmurant que c’est encore pire que la guerre. Des cadavres sont retirés de tous les fossés et de tous les trous comme des canaux d’écoulement : cadavre d’une mère qui serre un bébé dans une position fœtale, cadavre d’une personne qui s’est débattue pour sortir des décombres, cadavre enfoncé dans un arbre et plié, cadavre emporté comme une poupée faite de boue, cadavre qui n’a plus la forme d’un être humain. Est-ce un rêve ? Dieu n’existe-t-il plus sur cette terre[4] ?

À partir du spectacle de ces morts, Midori Terui a écrit quelques haïkus.

Au fond de la boue, l’enfant et la mère reposent tel un cocon.
Le même visage des sœurs jumelles mortes : une fleur de pêcher.

On peut considérer ces haïkus comme une prière dite pour apaiser les âmes des victimes. En lisant le premier haïku, on a l’impression que l’enfant et la mère retrouvés morts au fond de la boue sont recouverts par un linceul blanc en forme de cocon. Et avec le deuxième haïku, on dirait que la poétesse dépose des fleurs de pêcher sur le cercueil des sœurs jumelles mortes. Citons un propos de Midori Terui où elle révèle le motif de l’écriture : « En tant que survivante, j’ai ressenti le besoin de penser au regret des morts. Je me demandais ce que les morts auraient voulu dire à la fin, ce qu’ils auraient voulu laisser. J’ai ressenti un besoin pressant d’écouter les paroles des morts, et de regarder leur dignité en face[5]. »

Néanmoins, les haïkus de Midori Terui n’existent pas uniquement pour les morts. Ils ont soulagé les sinistrés qui devaient vivre dans des situations extrêmes après la catastrophe, ainsi que les gens qui ont perdu des parents proches et des amis. En outre, obligée de vivre un mois au refuge, la poétesse a trouvé dans l’écriture de haïkus une sorte de soutien : « Le moment où je regardais distraitement les fragments de poèmes inscrits sur les bouts de papier, c’était un moment pour moi seule. Alors, je pouvais m’éloigner de la réalité un instant[6]. » Les haïkus ainsi écrits nous permettent d’entrevoir les conditions d’existence et les émotions des sinistrés.

Pages : 1 2 3 4 5 6 7 8 9