Traverses

La poésie d’après le 11 mars 2011

par Makiko Nakazato  Du même auteur

Pleurer en devenant une île isolée sous la couverture.

Les gens qui ont perdu leurs maisons dans le tsunami étaient obligés de vivre longtemps dans des refuges avec d’autres sinistrés. Alors, quand ils voulaient pleurer sur leurs morts, ils ne pouvaient pas s’isoler dans un coin. Tout au plus, ils pouvaient « pleurer en devenant une île isolée sous la couverture ». Un autre haïku évoque l’odeur terrible dans les refuges, odeur qu’on ne peut jamais ressentir à travers les seuls médias.

Hirondelle, l’odeur de mort plus forte de jour en jour.

Après le tsunami, il était difficile de retrouver et de reconnaître les dépouilles des victimes. Les gens devaient visiter toutes les morgues, même celles qui étaient dans des villes éloignées, jusqu’à ce qu’ils retrouvent les dépouilles de leurs parents proches. Ainsi, ils rapportaient involontairement aux refuges l’odeur de mort qu’ils avaient prise dans les morgues. Dans ce haïku, l’odeur de mort s’oppose à la vie, représentée par une hirondelle. Les hirondelles reviennent chaque printemps pour construire leurs nids, où elles élèvent leurs petits.

Tout en décrivant divers aspects de la réalité, les haïkus de Midori Terui s’appuient aussi sur une imagination riche.

Nuit de lune voilée, la tête mutilée appelle son corps.

Ce haïku est ouvert à plusieurs interprétations, mais je suis tentée de considérer que la lune voilée, comparée à la tête mutilée, recherche le corps séparé brutalement et perdu dans les vagues du tsunami. Il fait ainsi ressentir la violence du tsunami.

Première luciole, tu es enfin venue me voir.

Juste après le sinistre, Midori Terui a vu l’âme des victimes dans chaque étoile et chaque flocon de neige. Ici, elle présente l’image d’un mort qui revient sous la forme d’une luciole.

Voyons maintenant trois haïkus qu’elle a écrits à l’été 2013, deux ans et demi après le séisme[7].

La luciole, enfermée dans la main, s’est éteinte.

De même que la luciole que l’on garde soigneusement dans la main disparaît, de même peut-on perdre des êtres précieux dans la vie à un moment inattendu.

Elle parle. Applique ton oreille sur le sac de lucioles.

Ce haïku suggère la possibilité d’écouter parler une luciole, qui est l’incarnation d’un mort. Outre la luciole, la cigale est un insecte souvent évoqué dans les haïkus.

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