Traverses

La poésie d’après le 11 mars 2011

par Makiko Nakazato  Du même auteur

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Parmi les auteurs des poèmes du 11 mars, il y a d’un côté des écrivains, comme Midori Terui, qui écrivent depuis longtemps, et de l’autre, il y a de nombreux auteurs qui ont commencé à écrire après cette date. Je vais maintenant présenter quelques textes écrits par des amateurs, ainsi que les façons dont ils ont réussi à les publier.

Commençons par évoquer les trois séances de lecture de tankas du 11 mars organisées et diffusées par NHK, une chaîne publique de télévision au Japon. Les deux premières séances se sont tenues à Sendaï, et la troisième à Iwaki, dans la préfecture de Fukushima. Pour chaque séance, des poètes, comme Michimasa Satô, ont fait une sélection parmi les tankas envoyés par des amateurs. Les tankas sélectionnés ont été lus en public, et la lecture a été diffusée à la télévision par la suite. Enfin, les tankas ont été publiés[12]. J’ai choisi de présenter cinq tankas écrits par des lycéennes.

Dire adieu à ma grand-mère de ma main droite, triste, qui ne peut la toucher.
Haruka Hino (Lycée Kesen-numa, Miyagi)

Les dépouilles de ceux qui sont morts dans le tsunami devaient être autopsiées. Pour cela, les proches des victimes étaient parfois obligés de leur dire adieu sans pouvoir les toucher. Le regard d’une lycéenne a saisi cette réalité impitoyable, et le tanka est né.

À la clarté des étoiles, sur les routes aux feux éteints, on voyait l’invisible, cet hiver-là.
Ami Yasuda (Lycée Shirayuri de Sendaï, Miyagi)

Avec la panne d’électricité généralisée qui a suivi le séisme, les feux tricolores ne fonctionnaient plus. Et ce tanka exprime le fait que cela a permis de bien voir les étoiles et de mieux sentir la douceur des gens. Le tanka suivant dit aussi que les gens étaient bien plus solidaires dans l’état d’urgence.

Auparavant, on se saluait seulement, mais on n’hésite plus désormais à s’entraider.
Moe Kohori (Lycée Shirayuri de Sendaï, Miyagi)

En revanche, le tanka suivant, écrit par une autre lycéenne, exprime une tout autre réaction.

Le bruit de la télé faisant l’éloge du lien, je change de chaîne. Tel est mon état d’esprit.
Rei Ôkubo (Lycée Shirayuri de Sendaï, Miyagi)

Le tanka suivant semble transmettre la même émotion.

Est-ce seulement le pin qui va se flétrir sous le poids des mots innombrables ?
Shiori Shishido (Lycée Natori, Miyagi)

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