Traverses

La poésie d’après le 11 mars 2011

par Makiko Nakazato  Du même auteur

Le Pin des miracles, dans la ville de Rikuzentakata, a résisté au tsunami du 11 mars, mais ses racines, trempées d’eau de mer, ont commencé à pourrir. Le tanka présente l’image de l’arbre qui se flétrit sous le poids de l’espoir des gens qui veulent en faire un symbole de la reconstruction. À cette image se superpose l’image des sinistrés sur lesquels pèsent les encouragements.

* * *

Je vais ensuite évoquer un recueil de tankas, Le Ciel inchangé[13], paru en 2014. La plupart des tankas de ce livre ont été initialement publiés dans le journal Asahi. Chaque lundi, ce journal consacre une rubrique aux tankas, écrits et envoyés par des amateurs. Un jour d’avril 2011, le mois suivant celui du séisme, Isao Tsujimoto a remarqué dans cette rubrique beaucoup de tankas parlant de la catastrophe. Il a alors décidé de les traduire en anglais et d’organiser une exposition aux États-Unis pour les faire connaître. L’exposition « Voices from Japan » a été organisée à New York, à San Francisco, etc. Parmi une centaine de tankas, je choisis celui-ci.

Le ciel que je vois à travers la fenêtre est le ciel de Fukushima, inchangé depuis la semaine dernière.
Rieko Hatakeyama (Fukushima, mars 2011)

Ce tanka semble faire référence à un poème célèbre qui évoque également le ciel de Fukushima. Il s’agit de la « Conversation enfantine » de Kôtarô Takamura. Comme je suis originaire de Fukushima, et que j’ai étudié au Lycée de jeunes filles de Fukushima, où Chieko Takamura, femme de Kôtarô, a étudié également, je m’intéresse depuis longtemps au recueil de poèmes de Kôtarô Takamura, Le Livre de Chieko. La poésie de Kôtarô est très bien connue des Japonais. Lisons la « Conversation enfantine ».

Conversation enfantine
Chieko dit qu’il n’y a pas de ciel à Tokyo,
Chieko dit qu’elle veut voir le vrai ciel.
Surpris, je porte mon regard vers le ciel.
Ce que je vois à travers les jeunes feuilles de cerisier
c’est le beau ciel sans séparation ni coupure,
et qui m’est familier depuis longtemps.
L’horizon flou est tristement embrumé
dans l’humidité rose pâle du matin.
Chieko regarde au loin et dit :
le ciel sur les montagnes d’Atatara,
ce ciel bleu que l’on voit tous les jours,
est le vrai ciel de Chieko.
Voilà une conversation enfantine sur le ciel.
Kôtarô Takamura, mai 1928

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