Traverses

Jacques Derrida et la question de l’histoire

par Hervé Ondoua  Du même auteur

Notre objectif ici est d’examiner l’enjeu de la pensée de Derrida sur l’histoire. Nous avons choisi l’histoire pour illustrer ces mutations qui ont ébranlé les fondements de la métaphysique rationnelle elle-même[1]. Les Lumières du XVIIIe siècle et Hegel, déjà, avaient associé dans un même destin Raison et Histoire, l’histoire ne pouvait échapper aux attaques dirigées contre la métaphysique rationnelle[2]. Les révisions épistémologiques et méthodologiques proposées ont pour cadre l’empire textuel. Tout au long de notre démarche, nous nous attacherons à montrer comment, à partir du postulat philosophique et méthodologique de l’idéalisme linguistique, Jacques Derrida déconstruit l’histoire en tant que composante essentielle de la métaphysique rationnelle[3]. Une question essentielle retiendra notre attention, celle du poids du paradigme textuel, le but étant de ne pas perdre de vue les enjeux de cette question sur l’histoire.

1 – Jacques Derrida et la question de la présence comme caractéristique de l’histoire

L’une des caractéristiques majeures de la pensée de Derrida est sa rupture avec l’écriture dite phonétique. Au cœur de cette écriture se trouve l’idée de présence.[4] C’est cette présence qui détermine l’histoire. Pour Derrida, « l’histoire et le savoir, istoria et epistémè ont toujours été déterminés ['] comme détours en vue de la réappropriation de la présence[5] ». Il s’agit donc pour Derrida de déconstruire « toutes les déterminations métaphysiques de la vérité[6] ». Ces déterminations sont « plus ou moins immédiatement inséparables de l’instance du logos ou d’une raison pensée dans la descendance du logos[7] ». Dans ce logos, « le lien originaire et essentiel à la phonè n’a jamais été rompu[8] ». Or comme le dit l’auteur De La Grammatologie, « L’essence de la phonè serait immédiatement proche de ce qui dans la ’pensée’ comme logos a rapport au ’sens’, le produit, le reçoit, le dit, le ’rassemble’[9] ».

Selon Derrida, ce « phonocentrisme se confond avec la détermination historiale du sens de l’être en général comme présence, avec toutes les sous-déterminations qui dépendent de cette forme générale et qui organisent en elle leur système et leur enchaînement historial[10] ».

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