Exergue

…Où qu’il soit

par Safaa Fathy  Du même auteur

One, 2009, temple sobre tela, 200 x 230 cm.

Pour le dixième anniversaire de Jacques Derrida, nous avons organisé, Carlos Lobo et moi-même un colloque intitulé « Penser avec Derrida’ ». Ce colloque a eu lieu en décembre 2014 à l’Abbaye d’Ardenne à Caen, au siège de l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC). La correspondance de Derrida ainsi que beaucoup de ses archives y sont conservées. J’avais travaillé moi-même au siège de l’IMEC à Paris afin de classer la correspondance de Derrida, travail inachevé, car la correspondance comportait des milliers et des milliers de lettres. J’ai pu classer des lettres de la fin des années quarante jusqu’aux années soixante-dix.

Des amis de Derrida sont venus de partout dans le monde pour partager ensemble une réflexion à la fois sur l’œuvre de Derrida et son avenir. Ce numéro spécial de Rue Descartes publie certaines des contributions du colloque et d’autres textes que j’ai sollicités auprès de quelques participants au colloque mais aussi d’autres chercheurs qui nous ont fait l’honneur et le plaisir d’accepter de participer à ce numéro spécial de Rue Descartes. Je voudrais leur dire ici toute ma reconnaissance. Je tiens aussi à remercier Élisabeth Lemirre qui a fait un travail de relecture double ainsi que Claire Pagès qui, en tant que responsable de la revue Rue Descartes, a, pour sa part, coordonné l’édition de ce numéro.

Lors de la journée de commémoration que le Ciph a organisée à la Maison de la poésie le 10 décembre 2014, j’ai lu des extraits de mon livre Al Haschich, dont l’extrait ci-dessous :

 

Désert

Blanc dressé

Noir en pyramide

Et tête contre terre

Voyons

Le vent tisse le voile

Repousse les voix

Les cueille

à la minute serrée de la mémoire

Horatio

de bain en bain

se croisent les mains

se donne la naissance

se donne la mort

limpia a eu lieu

au départ

gares

Campeche

Cornell

Lyon en or

vestiges bleus

Couronne ma vue

de la galaxie

de la terre

ou uni-verse à mi

Déterre l’invisible

serrer les mailles de la nappe

ou du mouchoir

chercher avec l’aiguille

la touche

son doigt d’arbres

tenir le pas avec les mots

Au diamant manque

le D

au dire homme de l’eau

fleuve pris par deux détours

rampe à la graffité

des amants passés

ou chant contre-chant

ou feuilles voyagent

se retrouvent r-emplacées

sous signent sous cyprès

les choses jouées

les salamandres naissent du vide

rêvé

les jujubiers

les jardins japonais

les joies de naissances

les peines de morts

les jumeaux

jacinthe au lieu de moi

ou rosier

figuier

ils n’ont pas poussé de ta mort

ni de la terre d’adieu

lanterne chemine

Et, que reste-t-il ?

deux jambes plantées

journées f’tales

brille

soleil noir

un collier de perles éjecté d’une gorge en chant

una semana santa

au bord d’avril

atome matinal

ces trente années

auraient morcelé la coin-cin-dance

l’anachronie reçue

d’un ange passé

là où il y avait cendre

mouflet faute de nuit

survis à ta mort

à l’envoi

tes poumons noircis

ces déshérités

Enchaîne tes lostness

que la neige lit

enveloppe sans timbre

et la main n’écrit

l’impardonnable

graine en écorce

à semer où la terre ne manque pas

Par quelle courbe glacée

S’est outrepassé l’effondrement

de deux fleuves

du feu

la route de la cendre

mémoire

Couvre une date d’une belle fourrure

des capsules de faits

des gestes marins

de lianes en mots

des racines qui déplorent l’envol

une bulle

palingenesia

transmigre

ceigne, saigne, signe,

cygnes murmurent l’eau

de l’anacoluthe

une maison surmonte

le dos

érigée, allongée, courbée

où j’habite

l’écrin

se répand cette boule

des rayons

et ton regard fumé

valsera

sur l’ici-bas, par-dessus le toujours

***

Siamois en cire

en bois

en madrugada

en rosé

en mer de joie

ou ce désert béat

en laine

en

une fois pour toutes

perlent

les dents

assoiffées.

Safaa Fathy, Al Haschiche Poemas, livre bilingue Français/Espagnol, trad. Conrado Tostado, Ediciones Sin Nombre, Mexico, 2007