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Le nouveau management, une éthique de l’acuité

par Thierry Berlanda  Du même auteur

Est-ce que je vous conseille l’amour du prochain ? Je vous conseillerais plutôt la fuite du prochain et l’amour du lointain !
Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra

Le but de cet article est de fonder une définition du management sur une nouvelle compréhension des stakeholders (parties prenantes à une organisation). Celles-ci ne sont plus déterminées d’abord d’un point de vue social, sociologique, politique ou culturel, qui fournit chaque fois des occasions d’empêcher la conciliation des intérêts divers en vue du bien commun, mais du point de vue même de ce bien commun, compris en son sens phénoménologique, comme la source la plus originaire et la plus universelle de toutes les organisations humaines : la vie elle-même, incarnant en chaque vivant à la fois sa puissance d’agir et son contenu éthique immédiat.

1 – La notion de « bien immatériel »

Il existe des lois de la République qui ne procèdent pas des mêmes principes que celles déterminant la production des biens et des services. Par exemple, bon nombre d’articles du code de l’Environnement, du code de l’Urbanisme et du code du Patrimoine réglementent l’aspect des immeubles d’une ville en tant qu’ils sont visibles par les passants, et non du seul point de vue de leurs propriétaires : « Il y a deux choses dans un édifice : son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde, à vous, à moi, à nous tous[1] », écrit Hugo. On voit d’emblée qu’appliquer ces lois à la production de biens ou de services constituerait une révolution des priorités habituelles du management des entreprises, lui-même entièrement soumis à cette logique de propriétaire en quoi consiste l’organisation de la production[2].Or cette logique serait étrangère à des lois qui intègreraient non seulement les intérêts des propriétaires mais aussi ceux, éventuellement divergents, d’autres personnes ou groupes, rapportés à un même objet. Et elle constitue un modèle si généralisé et s’imposant si évidemment à nous, qu’on se demande s’il reste raisonnablement possible, s’il reste même pensable que la production puisse s’ordonner selon un autre principe. Plus précisément, de même que les droits de l’urbanisme et de l’environnement n’épousent pas le seul point de vue des propriétaires d’immeubles mais aussi, et même d’abord, celui des riverains et plus généralement des citoyens, ne pourrait-on pas imaginer que de nouvelles lois sociales s’affranchissent du point de vue et des intérêts des seuls actionnaires/propriétaires, et fassent davantage droit à d’autres parties prenantes : aux collaborateurs, fournisseurs, clients et consommateurs, et à la « Cité[3] » (les principes de la République, l’emploi, l’environnement, les causes humanitaires, etc.) ?

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