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Management, humanisme et subjectivité : Entre analyse du travail et philosophie

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C’est du point de vue d’une philosophie qui se refuse à commencer à œuvrer « sans médiation, par elle-même[1] », nourrie au contact de la réalité des situations de travail, que nous tenterons ici de discuter le sens de l’association des notions de management et d’humanisme. Après un retour sur le référent philosophique de l’usage de la notion de management humaniste, nous commenterons le contenu d’entretiens réalisés avec deux managers, Félicie L. et Anna P., travaillant ou ayant travaillé dans des secteurs d’activité aussi différents que l’industrie pharmaceutique et le secteur agroalimentaire, et qui ont, d’autre part, suivi nos enseignements de philosophie à la Chaire Psychanalyse-Santé-Travail du Conservatoire National des Arts et des Métiers. L’accès à la parole de ces deux professionnelles se trouve, par conséquent, médiatisé par la création d’un espace potentiel[2] de dialogue entre l’expérience vécue de terrain et le discours philosophique. Au sein de cet espace s’inscrit en filigrane le développement d’une réflexion sur la définition des principes d’une éthique du management[3] centrée sur la détermination des moyens, pour les salariés, « de faire l’épreuve de la singularité radicale de leur vie[4] ». Cela sur fond d’une pensée de ce qui, au sein de la nouvelle organisation du travail[5] et de la production, contrarie l’exploration de cette singularité. Deux points seront ici principalement abordés à partir de l’étude du contenu de chaque entretien : celui de la définition du rapport entre pouvoir, activité et sens de l’action du manager ; celui de l’analyse des mécanismes subtils d’instrumentalisation des affects par le néo-humanisme managérial. Sur la base des réflexions nées à l’occasion de notre travail d’écoute, nous tenterons conjointement de rendre compte du paradoxe lié au surgissement, au sein de l’univers contemporain du travail, d’une antinomie entre la vitalité – devenue « valeur générale de l’existence[6] » – et la vie[7].

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