Traverses

Atlas #ProtestorBR : Politique, Image et Réminiscence. MediaLab.UFRJ – Dir. Fernanda Bruno

Concernant les protestations politiques qui ont éclaté au Brésil en juin 2013, nous nous inquiétions alors de la destination de cette profusion d’images se propageant au rythme croissant des manifestations. Les images les affectaient directement, en multipliant leurs échelles, leurs sens, leurs affrontements. Les manifestations connues sous le nom de Journées de Juin ont été les premières à compter, au Brésil, avec l’utilisation massive de dispositifs qui font partie de la boîte à outils des mobilisations technopolitiques contemporaines : les smartphones, les réseaux sociaux, le streaming, etc.

Le flux immense d’images, de vidéos et de récits qui ont circulé pendant les Journées de Juin est passé, en grande majorité, par le canal des grandes plates-formes et des réseaux sociaux – Facebook, Twitter et Youtube – qui, comme nous le savons, exercent le contrôle et le droit de propriété sur le contenu produit par leurs utilisateurs. En outre, les systèmes d’indexation et d’accès au contenu de ces plates-formes ne sont pas transparents, bloquant l’appropriation du contenu par les utilisateurs, surtout quand ce contenu est relativement éloigné dans le temps.

La préoccupation concernait donc la possibilité de reprendre, de revoir et de rappeler les images qui composaient les Journées de Juin. Comment les rappeler ? Et encore, où et comment les sauver pour les rendre disponibles à l’usage commun ? De cette inquiétude est paru « l’Appel à des Images Politiques Survivantes » (ChIPS, en portugais[2]), un appel public lancé en 2013, invitant les gens à envoyer des images qui avaient tissé les manifestations politiques d’alors. Cet appel a abouti à l’Atlas #ProtestosBR, une construction collective qui devrait abriter les images envoyées de manière anonyme sur la toile. Une mémoire capable à la fois de recevoir, d’héberger et de rendre à l’usage commun les images qui ont tissé et tissent toujours nos luttes urbaines.

Comme nous ne voulions pas utiliser une procédure automatisée de collection d’images sur la toile, nous avons décidé que les images qui composent cet Atlas et trouvent ici un abri où elles peuvent se rassembler seraient mobilisées par un geste, un désir, une mémoire quels qu’ils soient. Les images qui survivent ici nous arrivent donc par des sentiers peu explorables, mais très expressifs. Chaque image qui vient garde le secret de son itinéraire et mobilise secrètement des images à venir. Vie secrète des images. Mémoire collective en action.

Quatre ans après la création de cet Atlas, plusieurs images qu’on y trouve ne sont plus facilement accessibles sur Internet. Le souci derrière le projet avait du sens. L’Atlas #ProtestosBR reste indéfiniment ouvert à l’apport de nouvelles images, à travers l’appel ChIPS. C’est une mémoire politique des images, en attente continuelle d’images à venir.

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