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Il n’y a plus de nationalisme de gauche. National-développementisme et virage conservateur au Brésil après juin 2013

par Rodrigo Guéron  Du même auteur

L’indépendance, l’abolition de l’esclavage, la proclamation de la République sont des conquêtes de notre peuple, voilà pourquoi je les défendrai jusqu’à la mort. Même quand j’exerce la violence, je suis conscient de ce que je défends les droits humains les plus sacrés.
Le Christ conquérant, personnage principal du film Idade da Terra (L’âge de la Terre), de Glauber Rocha.

Scène 1

Un idéologue national-développementiste écrit un article après l’autre, en regrettant la soi-disant dépolitisation de la jeunesse et de la société brésilienne en général. Presque apocalyptique, il regrette le manque d’intérêt pour les partis et décrit une scène catastrophique, résultat d’une prétendue grande manipulation des jeunes désinformés et des « hommes communs » par les moyens de communication. Nostalgique dans ses lamentations, il rappelle un passé presque mythique, où il y avait des leaders et des partis politiques que la population respectait, et une véritable et authentique militance de gauche dont il se croyait, semble-t-il, l’un des derniers représentants.

Scène 2

À la veille de la Coupe du Monde de 2014, « l’intellectuel marxiste » officiel du parti au pouvoir suggère aux Gaviões da Fiel (les « Faucons de la Fidèle »), association de supporteurs de l’une des équipes de football les plus populaires du pays, « de rouer de coups » un groupe de sans-abris campés dans un terrain vague à côté du stade de cette équipe, récemment construit, où aurait lieu la cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde. Sa position sur les grandes manifestations de juin 2013 est à peu près la même ; celle qui a donné le ton au discours des « militants » de l’appareil du parti : ou bien ils sont de droite, ou bien ils sont manipulés par la droite, sans compter qu’ils n’ont pas de propositions’ Bref, une campagne de dépréciation et de dénigrement pur et simple, comme support politique d’une stratégie de répression policière, qui a réuni dans un même discours la Présidence du Brésil (dans les mains du PT Parti des Travailleurs), aussi bien que les gouvernements des États dominés par des partis d’opposition, et même les grandes corporations de communication qui font une opposition systématique au PT.

Scène 3

Un haut dirigeant d’un parti communiste, autrefois « maoïste », a aujourd’hui un poste également important dans le gouvernement du PT, l’une de ses principales fonctions étant celle de favoriser, à n’importe quel prix, les travaux pour la Coupe du Monde, sans tenir compte des objections, quelles qu’elles soient, et aussi de l’opposition populaire. Membre d’un parti qui, dans les années soixante-dix, en pleine dictature militaire, a été l’organisateur d’une tentative mi-héroïque, mi-donquichottesque, de créer un foyer de guérilla, ce dirigeant milite désormais systématiquement contre la démarcation des terres indigènes et contre toute tentative de faire réglementer écologiquement l’exploitation agricole de la terre, ayant aujourd’hui les mêmes positions politiques que les représentants les plus conservateurs de l’agrobusiness.

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