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Qu’est-ce que l’existence ?

par Alain Chauve  Du même auteur

On objectera sans doute qu’un fait est quelque chose, un événement qui arrive, un état de choses que l’on peut observer et constater comme on peut observer et constater des choses. Et si l’on ne peut pas dire d’une chose qu’elle existe ou n’existe pas on ne pourra pas davantage le dire d’un fait. C’est exact et il est vrai qu’un fait peut être constaté empiriquement, mais il n’est pourtant pas comme une chose que l’on constate. Qu’est-ce qui distingue un fait d’une chose ? On peut désigner et nommer des choses ou des individus mais on ne peut pas désigner ou nommer un fait. Comme Russell le précise dans sa 8ème et dernière conférence sur La Philosophie de l’atomisme logique (1918), les faits sont ce qu’affirment ou nient des propositions – c’est d’ailleurs le propre d’une proposition d’être ce qui affirme ou nie – « On ne peut pas nommer les faits, on peut seulement les nier ou les affirmer. » Si je dis : « la pluie », je ne fais que nommer quelque chose, mais je ne dis pas qu’il pleut. Je parle de la pluie qui tombe dans mon c’ur, mais pas de celle qui tombe dehors. En nommant et en évoquant « la pluie », je ne dis pas qu’il pleut dehors, je dis « qu’il pleure dans mon c’ur. » Mais si je dis qu’il pleut, cette déclaration n’a de sens que parce qu’elle réclame que l’on sache si ce qu’elle dit est vrai ou si c’est faux. Pour le savoir, je vais à la fenêtre pour voir s’il y a réellement de la pluie qui tombe. Il faut donc que, lorsque je dis « il pleut », j’ai mis en rapport ce que je dis avec le vrai et le faux de sorte que, avant d’aller voir à la fenêtre pour savoir si c’est vrai ou si c’est faux, il a bien fallu que je présuppose que « il pleut » est vrai ou faux. Ceci est la caractéristique d’une proposition et ce qui lui permet d’être une affirmation ou une négation. C’est exactement ce qu’avait déjà dit le vieil Aristote. Une proposition est une expression vraie ou fausse qui dit que si elle est vraie, alors il y a ce qu’elle dit et que si elle est fausse, il n’y a pas ce qu’elle dit. En ce sens, une proposition, et seulement elle, peut être l’expression d’un fait.

Il faut alors bien comprendre que le fait qu’exprime une proposition ne doit pas être confondu avec ce qui la rend vraie, avec, par exemple, la réalité empirique de la pluie qui tombe. Le fait qu’exprime la proposition est ce qui la rend vraie ou fausse. Il est, pourrait-on dire, ce qui la rend porteuse de deux valeurs : Vrai/Faux.

Pour dire les choses autrement, un fait est ce qui peut faire l’objet d’une « assertion », c’est-à-dire d’une affirmation ou d’une négation. Il est ce qui est asserté par une proposition. Avec la proposition « il pleut », nous avons affaire à un fait, c’est-à-dire à quelque chose qui peut faire l’objet d’une assertion. Elle exprime que l’on a affaire à ce qu’elle exprime ou que l’on n’a pas affaire à ce qu’elle exprime.

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