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Qu’est-ce que l’existence ?

par Alain Chauve  Du même auteur

C’est seulement en ce sens qu’un fait peut être posé comme ce qui existe. En tant qu’objet d’une assertion, un fait n’a plus un caractère empirique. Il est le contenu « objectif » d’une proposition, un contenu qui est le même qu’il soit exprimé par l’un ou par l’autre, dans telles ou telles circonstances, de telle ou telle façon. Parler de « l’existence » de quelque chose ou de quelqu’un relève d’un acte intellectuel d’assertion d’un contenu « objectif », d’un « objet de pensée », comme on dit parfois. Ce qui a une existence n’est pas telle ou telle chose dans sa réalité concrète, empirique, observable et constatable, mais ce qui existe au sens de l’allemand « Bestehen » : un contenu de sens qui « subsiste » et qui peut être posé.

Il faut exprimer et énoncer un fait pour parler de l’existence ; soit, mais exister, n’est-ce pas un fait ? Ne pouvons-nous pas parler de l’existence de quelque chose ou de quelqu’un comme d’un fait ? Ne pouvons-nous pas considérer que « Aristote existe » est une proposition qui parle d’un fait ? Examinons bien et explicitons ce que nous avons dit en disant « Aristote existe ». Soyons attentifs à ce que nous articulons quand nous le disons : nous disons que cet homme, appelé Aristote, existe. Il faut donc pouvoir dire qu’il y a quelqu’un qui est cet homme qu’on appelle Aristote. Mais qui est donc ce « quelqu’un » ? Qui est ce mystérieux « quelqu’un » qui passe pour être un homme et qui se fait appeler « Aristote » ? Appelons-le, faute de mieux, le mystérieux x, et demandons-nous s’il existe et à quoi exactement nous avons affaire. En toute rigueur, nous ne savons de lui que ce qu’on en dit, à savoir que c’est quelqu’un, un x, qui serait un homme et qu’on appellerait « Aristote », à supposer qu’il existe ! Bref, en toute rigueur, nous ne disons pas qu’il existe.

En disant « Aristote existe », on a affaire à une classe (les hommes) et à la dénomination d’un membre de cette classe (Aristote). Or, comme on l’a vu, rien ne permet de parler d’une existence à ce propos. Si on peut en parler, c’est en parlant à propos d’un x pour dire « il y a au moins un x tel que ’ » ou, si l’on veut, « il y a quelqu’un qui ’ » ; « il existe un x qui ’ » ; « il existe quelqu’un qui ’ ». On comprend alors aisément que s’obstiner à parler de l’existence de cet x pour en dire qu’il existe, comme si cette existence était un fait, va conduire à des absurdités. Il faudra dire : « Il existe quelqu’un qui existe » ; « il existe un x qui existe » ; « il existe un existant ». Bref, nous n’aurons le choix qu’entre du charabia ou une pensée « philosophique » d’une insondable profondeur dans laquelle je me garderai de tomber.

Résumons.

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