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L’identité entre sexe et genre chez Freud et Lacan

par Isabelle Alfandary  Du même auteur

Si Lacan s’appuie sur la découverte freudienne du complexe de castration, sa théorie de la différence des sexes est plus subversive que la théorie freudienne ne le laissait présager. Son interprétation délibérément non-tragique du destin freudien des sexes ne porte pas tant sur les conditions de la psychogenèse sexuelle infantile que sur la mise en jeu de l’identité de genre à l’adolescence et à l’âge adulte. Lacan abandonne définitivement la thèse freudienne du Penisneid[66]. Si la théorie lacanienne du genre ne compte que deux genres, féminin et masculin, définis contrastivement l’un par rapport à l’autre – ce qui exclut de facto la possibilité du neutre -, la mascarade du désir dont elle procède ouvre sur une multiplicité de performances possibles où l’identité n’est pas dictée par la nature, mais fictionnée et performée à partir de l’énigme et de l’impasse que représente la découverte du sexuel pour tout sujet.



Notes

(1) J. Laplanche, Sexual. La Sexualité élargie au sens freudien, Paris, Éditions des Presses Universitaires de France, 2007.
(2) S. Freud, Œuvres complètes, XIII, Paris, Éditions des Presses Universitaires de France, 2005, p. 213-246.
(3) G. Rubin, « L’économie politique du sexe : transactions sur les femmes et systèmes de sexe/genre », trad. Nicole-Claude Mathieu, in Cahiers du Cedref 7-1998, p. 52.
(4) S. Freud, Nouvelles conférences sur la psychanalyse (1915-1916) trad. Anne Berman, 1936, Les classiques des sciences sociales, Chicoutimi, Université du Québec, http://classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/nouvelles_conferences/Nouv_conf_psychalyse.pdf, 69.
(5) Ibid., p. 70.
(6) Ibid., p. 79.
(7) Ibid., p. 78.
(8) Ibid., p. 71.
(9) Ibid., p. 72.
(10) Ibid., p. 71.
(11) Ibid., p. 79.
(12) Ibid., p. 75.
(13) « Peut être n’est-il pas superflu de donner l’assurance que, dans cette description de la vie amoureuse féminine, toute tendance à rabaisser la femme m’est étrangère » (Pour introduire le narcissisme, op.cit., p. 233).
(14) « La femme, il faut bien l’avouer, ne possède pas à un haut degré, le sens de la justice, ce qui doit tenir sans doute, à la prédominance dans son psychisme » (Ibid., p. 81).
(15) A.-E. Berger, dans Subversion lacanienne des théories du genre, dir. F. Fajnwaks et C. Leguil, Éditions Michèle, 2015, p. 109.
(16) S. Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, in Œuvres complètes, VI, Paris, Éditions des Presses Universitaires de France, 2006, p. 59-182.
(17) Ibid., p. 158.
(18) Ibid.
(19) Ibid.
(20) Nouvelles conférences sur la psychanalyse, op.cit., p. 72.
(21) Ibid., p. 75.
(22) Ibid., p. 77.
(23) Ibid., p. 78.
(24) Trois essais sur la théorie sexuelle, op. cit., 1 p. 31.
(25) S. Freud, « Quelques conséquences psychiques de la différence des sexes au niveau anatomique » in Œuvres complètes, XVII, Paris, Éditions des Presses Universitaires de France, 1992 [1925], p. 196.
(26) Nouvelles conférences sur la psychanalyse, op. cit., p. 81.
(27) Ibid.
(28) S. Freud, « Quelques conséquences psychiques de la différence des sexes au niveau anatomique », op. cit., p. 197.
(29) S. Freud, « La disparition du complexe d’Œdipe », Œuvres complètes, XVII, Paris, Éditions des Presses Universitaires de France, 1992, p. 31.
(30) « Pour ce qui est du rapport entre le complexe d’Œdipe et le complexe de castration, il s’instaure une opposition fondamentale entre les deux sexes. Tandis que le complexe d’Œdipe du garçon périt de par le complexe de castration, celui de la fille est rendu possible et est introduit par le complexe de castration. Cette contradiction reçoit son élucidation, si l’on considère que le complexe de castration agit là toujours dans le sens de son contenu, de manière inhibante et destructrice pour la masculinité, et sur la féminité de manière favorisante. La différence dans cette part du développement sexuel chez l’homme et la femme est une conséquence compréhensible de la diversité anatomique des organes génitaux et de la situation psychique qui s’y connecte ; elle correspond à la différence entre castration accomplie et la castration simplement proférée en menace. Notre résultat est donc au fond quelque chose qui va de soi, qu’on aurait pu le prévoir » (ibid., 200).
(31) Ibid., p. 195.
(32) « Chez la fille, il manque le motif pour la ruine du complexe d’Œdipe », ibid., p. 201.
(33) I. Alfandary, « Pour compliquer un peu le complexe d’Œdipe », in Lettres de la Société de Psychanalyse Freudienne, p. 35, 2016, 50-61.
(34) J. Lacan, « L’essence de la tragédie. Un commentaire de l’Antigone de Sophocle », Le Séminaire. Livre VII. L’Éthique de la psychanalyse, Paris, Éditions du Seuil, 1986, p. 284-333.
(35) « C’est à partir de ce pari – que nous mettons au principe d’un commentaire de l »uvre de Freud depuis sept ans – que nous avons été amené à certains résultats » (J. Lacan, « La signification du phallus », in Écrits, Paris, Éditions du Seuil, 1966, p. 688).
(36) « Elle est insoluble à toute réduction à des données biologiques », ibid., p. 686. Dans Le Séminaire XVIII, Lacan ira jusqu’à reconnaître les « trébuchements » freudiens : « Quels que soient les trébuchements auxquels lui-même a pu succomber dans cet ordre, ce que Freud révèle dans le fonctionnement de l’Inconscient n’a rien de biologique », Livre XVIII : D’un discours qui ne serait pas du semblant, Paris, Éditions du Seuil, 2007, p. 30.
(37) Ibid., p. 694.
(38) Ibid.
(39) Le Grand Théâtre du genre : identités, sexualités et féminisme, Paris, Éditions Belin, 2013.
(40) J. Lacan, Le Séminaire. Livre VIII : Le transfert, Paris, Éditions du Seuil, 2001, p. 46.
(41) Ibid., p. 47.
(42) Ibid., p. 338.
(43) J. Lacan, D’un discours qui ne serait pas du semblant, op. cit., p. 31.
(44) Ibid., p. 23.
(45) S. Freud, Psychologie des masses et analyse du moi in Œuvres complètes XVI, Paris, Éditions des Presses Universitaires de France, 1991, p. 42.
(46) Ibid.
(47) Ibid., p. 44.
(48) Ibid., p. 46.
(49) Freud s’auto-cite ici, ibid., p. 47.
(50) D’un discours qui ne serait pas du semblant, op.cit., p. 34.
(51) « La signification du phallus », op.cit., p. 694.
(52) J. Rivière, « Womanliness as a Masquerade », in International Journal of Psycho-Analysis, 1929, Vol 9, p. 303-313.
(53) J. Lacan, Le Séminaire : livre IV. La relation d’objet, Paris, Éditions du Seuil, 1994, p. 155.
(54) « Pour les hommes, la fille, c’est le phallus, c’est ce qui les châtre » (D’un discours qui ne serait pas du semblant, op.cit., p. 32) ; « Pour les femmes, le garçon, c’est le phallus, mais elles n’acquièrent que le pénis, et ça les châtre », ibid. p. 34.
(55) Ibid., p. 32.
(56) Ibid., p. 32.
(57) Ibid.
(58) « La signification du phallus », op.cit., p. 695.
(59) D’un discours qui ne serait pas du semblant, op. cit., p. 32.
(60) Ibid., p. 31-32.
(61) L. Izcovich, (2008). « L’identité sexuelle et l’impossible ». in L’en-je lacanien, 10, (1), p. 84.
(62) J. Lacan, Le Séminaire. Livre XVIII : D’un discours qui ne serait pas du semblant, p. 28.
(63) J. Butler, Le Pouvoir des mots : politique du performatif. Paris, Éditions Amsterdam, 2004 [1997].
(64) D’un discours qui ne serait pas du semblant, op. cit., p. 29.
(65) « Il n’y a pas d’acte sexuel », ibid., p. 33.
(66) Voir Gilbert Diaktine, « Le Séminaire, X : l’angoisse de Jacques Lacan », in Revue Française de Psychanalyse, Paris, Éditions des Presses Universitaires de France, 2005, 3, vol. 69, p. 628.

Plan de l’article
  • Freud et le destin de l’anatomie
    • Fondamentale bisexualité
    • Une libido commune aux deux sexe
    • Activité/passivité : articulation entre sexe et genre
    • Trauma de la découverte du féminin
    • L’injustice de l’anatomie
  • Lacan et la comédie des sexes
    • Le pari du signifiant
    • Tropisme de l’Autre et identification à son désir
    • Fonction du masque
    • Subversion de genres ?

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