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L’identité entre sexe et genre chez Freud et Lacan

par Isabelle Alfandary  Du même auteur

Freud et le destin de l’anatomie

Fondamentale bisexualité

La conception freudienne telle qu’elle s’énonce dans la cinquième des Nouvelles conférences sur la psychanalyse (1915-1916) intitulée « Féminité » prend appui sur l’essentielle bisexualité de tout individu qu’appréhendent les praticiens de la nouvelle science analytique et que confirment les travaux de la biologie :

Enfin la science vous apprend un fait inattendu et bien propre à jeter la confusion dans vos sentiments. Elle vous fait observer que certaines parties de l’appareil sexuel mâle se trouvent aussi chez la femme et inversement. Elle voit dans ce fait la preuve d’une double sexualité, d’une bisexualité, comme si l’individu n’était pas franchement mâle ou femelle, mais bien les deux à la fois, l’un des caractères prévalant toujours sur l’autre. Soyez persuadés que la proportion de masculinité et de féminité est, chez chaque individu, éminemment variable. Néanmoins, sauf en quelques cas extrêmement rares, il n’y a chez un être qu’une seule sorte de produits sexuels : ovule ou sperme. Tout cela, certes, est bien embarrassant et vous allez être amenés à conclure que la virilité ou la féminité sont attribuables à un caractère inconnu que l’anatomie ne parvient pas à saisir[4].

Quel est donc ce « caractère inconnu que l’anatomie ne parvient pas à saisir » et qui fait le genre homme ou femme d’un sujet ? Freud juge qu’il appartient à la psychanalyse de résoudre l’énigme du devenir de genre, car la clé de cette énigme n’est pas inscrite dans la nature. C’est pour Freud une clé psychique et non pas biologique, ni simplement anatomique. La bisexualité est le fait des hommes aussi bien que des femmes, ainsi que le rappelle Freud dans cette conférence, et la réduction des positions masculine et féminine aux catégories d’activité et de passivité serait à ce titre erronée. Freud réinterprète notamment le masochisme, qu’il a identifié au féminin, à partir des conditions sociales d’existence des femmes, insistant d’autre part, une fois n’est pas coutume, sur le lien qui unit le féminin à la vie pulsionnelle :

Gardons-nous cependant de sous-estimer l’influence de l’organisation sociale qui, elle aussi, tend à placer la femme dans des situations passives. Tout cela reste encore très obscur. Ne négligeons pas non plus le rapport particulièrement constant qui existe entre la féminité et la vie pulsionnelle. Les règles sociales et sa constitution propre contraignent la femme à refouler ses instincts agressifs, d’où formation de tendances fortement masochiques qui réussissent à érotiser les tendances destructrices dirigées vers le dedans[5]. I

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