Peur des malades, peur des médecins, peur de la maladie : quelques points pour ébaucher une histoire de la peur dans l’univers médical.

Peurs des épidémies et peurs épidémiques.




Si les épidémies font peur, en témoigne une histoire féconde en exemples et en références, comment émergent et de quoi se nourrissent les phénomènes sociétaux et comportementaux liés à ce fléau ? Une partie de la réponse peut venir de la littérature. Relisons Poe ! Alors qu’une épidémie – la mort rouge – ravage une région entière, un prince, Prospéro, décide de convier les individus les plus beaux, en général les plus riches, toujours les plus jeunes, dans un vaste château, aménagé pour un long séjour, constituant ainsi une société autarcique qui fasse de l’épidémie, un phénomène totalement extérieur et étranger à ce monde protégé. Ce monde est celui des fêtes, des abus, des luxes et des luxures. L’apothéose en est une gigantesque fête, répartie en plusieurs salles, chacune avce sa couleur. Dans la plus sombre d’entre elles, sonne à chaque heure une horloge lugubre. Les coups de minuit sonneront aussi la fin de la fête, lorsque, parmi les fêtards costumés pour l’occasion, le masque de la mort rouge diffusera son mortel venin, tuant d’abord le Prince, et décimant à sa suite tous les convives19. Folie, imagination débridée, stratégies de déni et effroi convulsif ont été analysés par les auteurs depuis l’Antiquité. Ainsi Pierre-Édouard Lemontey relate les scènes de débauche qui accompagne la propagation vertigineuse de l’épidémie : « Le moraliste et le législateur, contemplent avec inquiétude ces rapides mutations, où les uns, lassés de leur longue soumission à des bienséances convenues, brûlent de faire, sous la faux de la mort, au moins un essai de cet état de nature, dont un vague désir vit peut-être à notre insu au fond de tous les cœurs ; pendant que d’autres, abandonnés jusqu’alors à leurs penchants individuels, s’élèvent d’un seul essor aux sacrifices les plus héroïques que se soit proposé l’émulation des sociétés. Ne dirait-on pas que ces temps monstrueux de souffrance et d’iniquité se plaisent dans une révulsion générale »20. Un tel désordre atteste à quel point la cité est devenue hostile à ses habitants qui n’ont plus que le ciel vers qui se tourner ; véritable symbiose entre rituel et débauche ou désorganisation. De la peur surgit parfois la haine. Pierre Mauriac évoque, dans sa Libre histoire de la médecine française, la recherche passionnelle du bouc-émissaire : « Pour fléchir la colère du ciel, hommes et femmes se livraient face, par exemple, à la peste noire ou peste pulmonique qui, en 1348, a fait quelque soixante-quinze millions de victimes à des exercices collectifs de pénitence, errant à moitié nus dans les carrefours, se flagellant réciproquement. Ailleurs, les Juifs étaient accusés d’être les fauteurs du mal, persécutés, brûlés vifs par les Flagellants, les Bégards et les Turlupins »21. Le visible prend toujours le pas sur l’invisible, les démonstrations excessives le sont d’autant plus que les causes du mal échappent à toute détermination, se refusent à toute reconnaissance explicite, comme si tout, dans la peste, du corps transformé au comportement méconnaissable, n’était qu’extériorité ; comme si la nature ou ses divinités décidaient à un moment donné de faire la guerre aux hommes. Cette image est d’autant plus accentuée dans les textes religieux, avec notamment l’exemple de l’Ancien Testament relatant la peste des Philistins.


Une perception diffuse, surtout confuse de l’épidémie explique en bonne part de telles réactions collectives à travers l’Histoire22. Tout d’abord, qu’est-ce qui est considéré comme épidémique ? Cette question renvoie à un problème d’ampleur à l’échelle de l’histoire même de la médecine, cela jusqu’au XIXe siècle. L’épidémie rentre bien dans cet ordre de thèmes qui peuvent faire l’objet d’une analyse critique, par le prisme de cette notion d’obstacle épistémologique chère à Bachelard. Comment, à des surgissements dont la nature événementielle reste alors indéterminée, s’impose en termes de réponses un ensemble d’arguments, de notions et de références appartenant au passé, à la tradition, ou encore à l’habitude ? « Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés. Accéder à la science, c’est spirituellement rajeunir, c’est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé »23. Comment évaluer, et à partir de quels critères, ce qui est appelé épidémie ou épidémique au XIVe, au XVIIIe ou au XXe siècle ? D’autant qu’un certain point de vue, partagé par des historiens de la médecine, tend à caractériser l’histoire des maladies et de leurs représentations, comme celle du règne des épidémies jusqu’au XVIIIe siècle, approche générale qui trouve ses sources non seulement dans le domaine de la médecine, mais, plus largement, dans l’histoire culturelle à travers récits, chroniques, œuvres de philosophes et d’historiens24. D’autre part, épidémie est un terme qui dépasse le seul lexique médical : « L’étude des épidémies est ainsi au carrefour des disciplines : elle appartient, certes, à la médecine, mais aussi à la géographie humaine par ses modes de propagation et ses routes, à la psychologie sociale et à la démographie par ses effets, à l’histoire, enfin, dont elle accélère, ou freine, les transformations structurales et dont elle modifie les conjonctures »25. Un problème ne venant jamais seul, une autre diffculté complique d’autant le rapport scientifique, médical et culturel à cettte notion d’épidémie : celle de distinguer et d’appréhender, jusqu’à il y a un siècle et demi, la nature des liens entre la contagion ou la contagiosité, et l’épidémie, problème qui trouve une résonance hyperbolique dans les analyses portant sur la peste : que se transmet-il avec la peste ?


C’est souvent par le recours à une analyse de nature psychologique que se trouve évacuée l’hypothèse de la contagion de la peste. Une telle analyse a pour auteurs les médecins eux-mêmes, au moment ou peu après le surgissement de l’épidémie de peste, en l’occurrence la grande peste de Marseille des années 1720-1721. Combien de personnes ont trouvé leur arrêt de mort, combien sont mortes une seconde fois, avec les conclusions de l’enquête de quatre médecins venus inspecter et conclure de la non contagion de la peste, alors parvenue à son hyperbole épidémique : Chicoyneau, chancelier de l’Université, Deydier, Verny et Soulier, anatomiste : « Nous cherchons ici la contagion de la peste, nous n’y trouvons que la contagion de la peur »26. Peut être observé, dans ce contexte, un raisonnement qui part de l’idée générale, assez classique, qu’une épidémie sème la peur, à cette autre idée, que la cause première de la dite épidémie est la peur elle-même. Une telle analyse est justifiée par un fondement physiologique, avec l’exemple des écrits du médecin Pierre Chirac, Traité des fièvres malignes et pestilentielles, 1742 : « On verra bientôt que la peur fait souvent oublier les esprits les plus exacts et les plus géométriques, sur les matières triviales qu’on ne peut traiter exactement, qu’à la faveur des notions les plus communes et les plus généralement connues dans tous les arts [ plus loin : ] Et parce qu’une grande crainte et un grand saisissement arrêtent subitement le cours du sang dans le poumon et dans toutes les parties, et lui font perdre la chaleur et la fluidité ; il s’ensuit que le sang étant déjà disposé à l’épaississement par toutes les autres causes de la peste, celles qui surviendront seront capables de le porter au degré le plus proche de la coagulation, et par conséquent plus l’épaississement du sang est grand, plus l’engagement des vaisseaux est considérable dans les viscères, et plus les dispositions inflammatoires sont étendues, plus le danger de la gangrène des viscères doit être grand, surtout si une grande peur et un grand saisissement ont précédé l’attaque de la fièvre… »27. Des raisons idéologiques et politiques peuvent présider aux positions affichées par Chirac, récusant le caractère contagieux, en termes de germes, de l’épidémie. Attaché à une raison d’État, il convient de faire cesser des mouvements de panique qui désorganisent les cadres économiques et politiques du pays28. Mais il y a bien une base physiologique et médicale à son argumentation générale sur ce problème, liée aux représentations du sang, des états substantiels de ce liquide et ce qu’ils disent de l’état général de la santé de l’individu. Ainsi, on ne tombe pas seulement malade par contamination physique, parce que l’air est malsain, putride, mais par ce que l’air du temps est également funeste ; cet air du temps, c’est la peur, la panique, le bouleversement brutal des habitudes et comme environnement social le plus commun, la misère. Il y a dans le texte de Chirac une anthropologie de la pathologie qui étend l’organique aux frontières tant du psychologique que du social : annonce de l’épidémie qui provoque un mouvement de panique. Les hommes ont peur et cette peur a la conséquence suivante :  elle entraîne la maladie ; or, la peur et les passions de ce type épaississent le sang et ralentissent les esprits, autrement dit, au sens propre, le malade meurt de peur : « La déclaration de la peste jette l’épouvante et la terreur dans tous les esprits, et cette terreur n’est pas d’un moment ni d’un jour ; elle dure pendant tout le temps que la maladie règne dans une ville ou dans un pays. Elle occupe l’esprit nuit et jour : elle trouble le sommeil, et la peur d’une mort prochaine, dont tout le monde est saisi occupant continuellement son esprit, sus pendant et affaiblissant toutes les opérations de la machine, empêchant et ralentissant la distribution du sang dans toutes les parties, doit lui faire perdre à la longue la fluidité naturelle, et le disposer à un extrême épaississement, surtout et plus communément dans les personnes qui sont dans la disette, et qui se nourrissent de mauvais aliments; et assez souvent dans les personnes qui vivent commodément, et qui sont nées avec une complexion timide et avec une grande vivacité d’esprit »29. Peut être souligné un parallèle entre combat pour éloigner la peste autant que pour agir sur les représentations populaires de la maladie, à l’instar de ce qu’en écrit, en 1722, le médecin Philippe Hecquet : « Le premier et donc le plus grand préservatif en cette occasion, c’est de décréditer la peste dans les esprits des peuples en les persuadant de la peur qu’on leur a toujours fait de sa souveraine malignité, afin qu’en reprenant contenance, ils soient infiniment moins exposés à ces menaces : c’est pourquoi on fera regarder la peste comme une maladie, à la vérité, très dangereuse, mais envers laquelle il faut se gouverner comme on fait envers la petite vérole, pour maligne et meurtrière qu’elle puisse être, et pour laquelle on ne déplace rien dans les villes… »30. À quoi est dû l’empressement et l’opiniâtreté des médecins qui, comme Chirac, défendent vaille que vaille le caractère non contagieux de la peste, mais, en revanche, le caractère hautement contagieux de la peur ? Si l’article Contagion de l’Encyclopédie, a priori de Venel, énonce que « Les maladies contagieuses se communiquent, soit par le contact immédiat, soit par celui des habits ou de quelques meubles ou autres corps infectés, soit même par le moyen de l’air qui peut transmettre à des distances assez considérables certains miasmes ou semences morbifiques »31, insistant par la suite sur l’importance des miasmes, il stipule également que la cause de ces miasmes étant généralement inconnue, les causes et donc, en bonne partie la nature même du phénomène « contagion » restent indéterminées et qu’il vaut mieux le silence ou un scepticisme prudent que des conjectures sulfureuses. On peut retenir, également, un réflexe de préservation des médecins et de leurs bases théoriques face à l’inconnu, comme l’écrit Jean-Charles Sournia : « Quel que soit l’angle sous lequel les médecins envisagent l’évolution de la médecine, elle les inquiète : d’abord parce qu’elle leur échappe, ensuite parce qu’une profession répugne à changer ses habitudes »32.


Parmi les grandes peurs récurrentes de l’humanité, deux autres pandémies de l’effroi méritent d’être répertoriées : la peur de la transmission des maladies animales et les peurs alimentaires.


Les débats sur les épizooties se font l’écho de la peur de la transmission sous toutes ses formes, notamment la peur de la zoonose : maladies et dangers du bœuf hongrois amenés par troupeaux à travers un périple qui apparaît de plus en plus périlleux à travers toute l’Europe, pestes bovines sur lesquelles les médecins italiens, Giovanni Maria Lancisi (1654-1720) et Bernardino Ramazzini (1633-1714) se penchent plus particulièrement. Au-delà du problème de la viande consommable, ce qui est en jeu, c’est la question des rapports entre la bête malade et l’homme. Or, depuis l’Antiquité, l’on ne saurait dire à quel point ces rapports, et leurs conséquences, peuvent revêtir une tournure agressive et effroyable. La rage reste un exemple incontournable : maladie évoquée dès Homère, reprise par Aristote, Galien, Fracastor, objet d’un traité de Boissier de Sauvages (Dissertation sur la nature et la cause de la rage, 1749), d’un autre encore d’Antoine Portal (Observations sur la nature et le traitement de la rage, 1779), en Italie, de Franco Falese (Trattato della idrofobia, 1739), de Vincenzo Malacarne33, etc. Récit imaginaire et relation authentique n’hésitent pas à se côtoyer pour évoquer les atteintes de rage, exemple de ce qu’en écrit Boissier de Sauvages dans sa Dissertation sur la rage en évoquant des « voyageurs à qui un cabaretier fit manger d’un cochon enragé, devinrent furieux tout de suite, et se mordirent les uns les autres. Cette histoire est attestée par un auteur obscur, et n’est pas aisée à croire ; mais dans cette maladie, Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable. Despreaux »34. Nombreux sont les exemples d’épizooties qui révèlent une étendue d’autant plus considérable que les troupeaux traversent l’Europe. Bien avant le XIXe siècle, on assiste à une récurrence des peurs de la disette et de la famine en cas de perte de troupeaux avec des conséquences économiques catastrophiques à la clé, de la zoonose ou encore de l’empoisonnement, qui tend à occasionner une surveillance de l’animal afin de chercher le plus possible à séparer le sain du malsain. Mais cette vigilance envers la viande et toute autre alimentation, comme Vigarello le montre dans son livre sur le sain et le malsain à travers les siècles, n’empêche pas les plus pauvres de se nourrir de déchets, de viandes totalement avariées et d’en mourir.


Ces peurs rejoignent également l’épineuse question de l’alimentation carnée. Tous les médecins ne sont pas des adeptes de la consommation de nourriture carnée. L’homme qui recherche l’obtention et le maintien d’une santé durable doit-il ou non manger de la viande ? Or, l’idée que cette nourriture n’est pas nécessairement recommandée ne date pas des mouvements végétariens et végétaliens relativement récents. En témoigne l’exemple de Rousseau qui note que les plus gros mangeurs de viande sont plus féroces que les autres hommes. La consommation de viande mènerait, à un certain stade, à l’intempérance, comme l’énonce le médecin Tourtelle qui appelle Plutarque comme renfort de son plaidoyer : « Les animaux que vous dévorez, ne sont pas ceux qui dévorent les autres ; vous ne les mangez pas, ces animaux carnassiers, vous les imitez. Vous n’avez faim que des bêtes innocentes qui ne nuisent à personne, qui s’attachent à vous, qui vous servent, et que vous dévorez pour le prix de leurs services. Ô meurtrier contre nature !… »35. Derrière les envolées lyriques existe un réel problème, celui de l’assimilation et de l’animalisation ; toutes les viandes, rouges, blanches, ne se laissent pas assimiler de la même manière. L’on ne peut nier l’importance d’une histoire des méfiances populaires tenaces particulièrement focalisées sur la viande dès le XIIIe siècle, en France, avec des tentatives de réglementation. L’acte de naissance de la réglementation du commerce des viandes se comprend en résonnance avec le développement de l’urbanisation aux XIIIe et XIVe siècles. Parmi les éléments majeurs de cette méfiance très forte de l’alimentation carnée, peut être mentionnée la peur de la nourriture putréfiée issue de l’animal malade qui attise la vigilance de la population, qui conduit à réglementer les conditions d’abattage des bêtes. À partir du XVe siècle, elles doivent être tuées dans les villes, au vu et au su de tous ; c’est le mouvement inverse  qui se produit au XVIIIe siècle : il s’agit d’expulser hors de l’enceinte de la ville un certain nombre d’industries et, plus particulièrement, les abattoirs. Madeleine Ferrière36 constate en écho à ce qu’écrit également Alain Corbin une évolution de la perception de tels abattages : certaines scènes, jusque-là quotidiennes, sont devenues insupportables : « De quel œil on voit le massacre animal, de quel nez on le respire, de quelle oreille on l’entend : la perception n’est pas objective, elle évolue, et Alain Corbin a décelé combien à la fin du XVIIIe siècle le seuil de tolérance s’abaisse brutalement. Le spectacle est qualifié de hideux, bientôt il deviendra intolérable, si l’on en croit certains témoignages…. »37. C’est seulement vers le milieu du XIXe siècle que l’abattoir sera séparé de la boucherie. Se déroule une histoire des rapports entre viande et homme qui est donc, bien avant cette période, traversée par des peurs lancinantes et récurrentes : va-t-on devenir ce que l’on mange ? Va-t-on attraper la maladie dont tel mouton, tel bœuf était atteint ? Les peurs populaires et les préoccupations, les inquiétudes des sociétés de savants ne s’inscrivent pas toujours dans la même temporalité. On assiste, ainsi, à une consommation à deux vitesses, médicalement et politiquement justifiée par nombre de médecins eux-mêmes : les riches sont plus fragiles de constitution et ne sauraient supporter n’importe quel aliment, n’importe quelle viande ; les pauvres, habitués aux rudesses de l’air, endurcis, sont constitutivement beaucoup plus à même de supporter des nourritures plus douteuses ; N’oublions pas qu’il fut un temps où la pomme de terre faisait peur, et qu’il fallait d’abord voir comment les pauvres la supportaient avant de décider d’une exploitation culinaire ou pharmaceutique…


La tentation serait forte de faire se rejoindre en une exacte symétrie les pages de cette histoire ancienne et celles que nous vivons aujourd’hui. Au-delà des scandales actuels liés à la viande de cheval dans les plats cuisiné, rappelons brièvement l’autre traumatisme, celui qui date déjà d’une petite dizaine d’années. En 1986 est détectée en Grande-Bretagne l’encéphalite spongiforme (ESB), une maladie mortelle qui touche les bovins. Deux cent mille ruminants sont infectés ; en cause, la présence de farines animales dans l’alimentation des vaches. Mais c’est en 1996 que la crise atteint son apogée ; le secrétaire d’État à la Santé britannique admettant que dix jeunes gens ont succombé à la maladie de Creutzfeldt Jakob, transmise par la consommation de viande infectée. Se retrouve posé, dans des termes contemporains, avec les outils techniques d’aujourd’hui, le problème de la trace. Entre la présentation d’une barquette et la réalité du parcours des matières alimentaires, un grand voyage se fait à l’insu des consommateurs, et lorsque certaines étapes du voyage sont révélées au grand jour, quelques vertiges, voire quelques peurs nous rappellent des temps anciens. Outre l’appréhension d’attraper la maladie de l’animal dévoré, tremblante, fièvre, etc., il y a toute la cohorte de produits dont on découvre, de temps en temps, une aptitude à provoquer des maladies à retardement : cancers, infarctus, etc. Quels faisceaux de menaces derrière les plats les plus aguichants ? « Lorsque je vois, disait Addison, ces tables à la mode couvertes de toutes les richesses des quatre parties du monde, je m’imagine voir la goutte, l’hydropisie, la fièvre, la léthargie, et la plupart des autres maladies cachées en embuscade sous chaque plat »38.





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