Roumanie : main basse sur la culture.

par Pierre-Philippe Jandin.


Ma prise de parole est suscitée par des événements graves qui concernent l’Institut Culturel Roumain de Paris et plus généralement engagent, à l’échelle de L’Europe, une conception funeste des rapports qui pourraient être établis entre politique, nationalisme et culture.


Le 20 septembre dernier, Madame Katia Danila, directrice de l’Institut Culturel Roumain de paris, apprenait, en consultant par Internet le site de l’Institut Culturel Roumain de Bucarest, qu’elle était révoquée de son poste. Le lendemain ce fut le tour de Madame Simona Radulescu, directrice-adjointe de ce même Institut. Aucun courrier personnel ne leur avait été adressé, aucune raison de ce licenciement n’a été avancée. Les mêmes procédés brutaux et grossiers ont frappé les équipes directrices de Varsovie et de Budapest : on peut craindre que la liste ne soit pas close.


Il ne s’agit pas de toute évidence d’une mise en cause de la compétence des membres de l’Institut Culturel Roumain de Paris ; plusieurs médias français ont salué la qualité, la variété, l’originalité et le courage des manifestations organisées par cet Institut. La hiérarchie roumaine elle-même a jugé « exceptionnel » (sic) le bilan de l’année écoulée. Il s’agit donc, très crument, d’une « purge ».


Notre propos n’est pas de revenir sur les tensions internes de la vie politique de la Roumanie qui ont défrayé la chronique internationale il y a peu. Il est évident que cette démocratie européenne est aux prises avec une crise économique et une mémoire post-communiste douloureuse, situation que la France a connue après le régime collaborateur de Vichy et la guerre d’Algérie. Mais la vision de la culture du nouveau Président de l’Institut Culturel Roumain de Bucarest, Monsieur Andreï Marga ne saurait nous laisser indifférent : elle nous semble politiquement dangereuse et intellectuellement indigente ( les deux aspects sont liés, bien sûr ).


La mission des Instituts Culturels Roumains de par le monde devrait être revue ( disons « reprise en main » ) : distraire la diaspora et lui rappeler ses valeurs nationales pour lutter contre la mondialisation. La conception d’ »identité nationale » et celle de « peuple » sous-entendues par ce projet n’ont aucune tenue conceptuelle. Un peuple n’existe que lorsqu’il se déclare, lorsqu’il se manifeste en créant librement des formes nouvelles pour tous et dans tous les domaines, non en donnant à son folklore ( mot qui renvoie au « peuple » ) l’allure d’un culte des reliques.


Il est urgent de prendre conscience de ces exigences alors que la Roumanie est le pays invité d’honneur du Salon du Livre de Paris au mois de mars 2013.


Pierre-Philippe Jandin

Professeur agrégé de Philosophie
Responsable de séminaire au Collège International de Philosophie.

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