La nouvelle économie politique des communs : apports et limites

« La nouvelle économie politique des communs : apports et limites [1] »

par Christian Laval



Introduction

Que peut apporter dans notre réflexion du « commun » que nous tentons dans ce séminaire, les avancées qui ont été produites à la lisière de la science économique et de la science politique, sur les « communs » (commons) ?  Plus précisément, que peut nous enseigner la « nouvelle économie politique des communs », dont l’une des représentantes les plus connues est Elinor Ostrom, « prix Nobel d’économie » en 2009  ? Mon propos visera à faire ressortir ce qui dans cette élaboration pointe vers un aspect décisif pour nous, la dimension d’institution des pratiques du commun, tout en montrant les limites de cette théorisation qui reste enfermée dans les cadres de la pensée économique dominante.


Une posture classique dans les mouvements hostiles au néolibéralisme consiste à dénoncer la marchandisation du monde que ce même néolibéralisme  conduirait de façon offensive et à lui opposer en guise de défense les services publics nationaux pour les uns et les biens publics mondiaux pour les autres. Autant dire que la lutte politique se maintient sur un terrain bien connu où s’affrontent le Marché et l’État. Les « antilibéraux », sans trop le savoir ou sans trop s’en inquiéter, s’installent  en fait sur le terrain de l’adversaire lorsqu’ils prennent fait et cause pour la production de services par l’État au nom d’une opposition qui s’est constituée précisément pour faire du marché la règle et de l’État l’exception. C’est qu’en effet la théorie standard, reconnaît parfaitement l’existence de biens issus de l’intervention de l’État. Certains biens relèvent par nature de l’appropriation privée, d’autres relèvent de l’intervention gouvernementale étatique. D’où le parallélisme de la théorie économique et de la philosophie politique depuis Hobbes, quant à la double fonction de Etat qui alloue et protège des droits individuels d’utilisation et de propriété d’un côté, et qui fournit de l’autre des biens publics que les atomes égoïstes sont incapables de fournir. Marché et Etat sont les deux seuls pôles nécessaires et complémentaires envisageables. Ce travers est aussi pénalisant que l’aveuglement volontaire à l’égard des pratiques bureaucratiques étatiques au prétexte, selon certains, qu’il ne faudrait pas faire le « jeu du marché ». Sortir de ce double jeu du Marché et de l’État, telle est précisément l’ambition de ce séminaire.


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