Une conception de l’homme – Le problème de l’autonomie de la pensée

Patrick Juignet, 2012.



Nous proposons ici une conception synthétique qui tente de donner une vue d’ensemble de l’homme. Elle ne peut, évidement, être que partielle et hypothétique.  Pour situer le cadre général de l’exposé disons, tout d’abord, que nous considérons l’être humain comme un individu en interaction avec son environnement concret, relationnel, social et culturel. Chaque être humain présente une unité, une cohésion, et est pourvu d’une homéostasie et, en même temps, communique activement. C’est pourquoi nous parlons d’un individu en interaction. Nous allons présenter un modèle de l’individu ainsi conçu, c’est-à-dire un cadre général permettant de concevoir l’homme, très schématiquement, mais globalement.

I. Le concept de mode d’organisation

Brièvement, avant d’entrer dans le vif du sujet, voyons les concepts d’arrière plan sur lesquels le modèle que nous allons proposer est bâti. La rapidité d’exposition rendra malheureusement la chose obscure à ceux qui ne sont pas familiarisés avec cette conceptualisation. La proposition qui sera faite est fondée sur les concepts d’organisation, d’émergence, de complexité.  Dit plus précisément, cela signifie que ce qui fonde l’existence (l’être) c’est l’organisation elle-même. En termes philosophiques, nous dirons qu’il s’agit d’une ontologique pluraliste fondée sur l’organisation. En effet, nous remplaçons l’idée de substance par celle d’organisation, ce qui a pour effet heureux d’éviter les conséquences du substantialisme.

Nous distinguons, dans le monde, divers modes d’organisation et d’intégration, de complexité croissante et admettons que les composants des modes d’organisation supérieurs sont formés par l’association des constituants des niveaux inférieurs. Selon les connaissances scientifiques actuelles on peut grossièrement différencier trois régions relativement homogènes  : physique, chimique, biologique. Le terme de « région »  repris à Heisenberg n’est évidemment pas géographique ; il note un mode d’existence homogène dans le monde, pourvu d’une unité nomologique. Ce sont des parties du monde pourvues du même niveau d’organisation.

La relation  entre niveaux peut être comprise grâce au concept d’émergence. Cela signifie que le mode d’organisation de degré de complexité supérieur naît de celui qui le précède immédiatement. Il y a, d’une part, une hiérarchie (les modes les plus simples étant nécessaires aux plus complexes) et, d’autre part, un ajout à chaque niveau (les modes supérieurs ayant des propriétés nouvelles et différentes). Le monde évoluant, ses modes d’organisation identifiables dépendent du temps et de l’espace. (Pour plus d’explications voir : Le concept d’émergence).

Cette conception du monde est applicable à l’homme, car l’homme est inclus dans le monde et ne constitue pas une entité à part. On peut l’appliquer à l’homme dans son ensemble et mais aussi aux appareils qui le constituent. Il est possible d’appliquer cette idée de mode d’organisation au système nerveux central, car il s’organise à son tour selon des degrés de complexité croissante.

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