« Miscellanées, collages et commentaires : fragments d'un discours littéraire de la Renaissance à nos jours (1) »

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« Miscellanées, collages et commentaires : fragments d’un discours littéraire de la Renaissance à nos jours (1) »

parLaurent Gayarddu même auteur

Laurent Gayard est professeur certifié d’histoire et géographie et docteur en histoire (EHESS/CESPRA). Il enseigne l’histoire et la géographie en lycée, en classes préparatoires et en BTS. Il est l’auteur de plusieurs contributions et ouvrages dans le domaine de l’histoire des idées et de la littérature et a déjà publié sur ces thématiques pour Rue Descartes.

etMarie-Françoise Andrédu même auteur

Marie-Françoise André est agrégée de Lettres Modernes, docteur ès Lettres Latines (Université Paris IV – Sorbonne) et actuellement professeur en classes préparatoires à Bordeaux. Elle a travaillé en particulier sur les thématiques du langage à la Renaissance et a participé à plusieurs ouvrages sur la question.

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L’art du collage consiste à transgresser les lois de la représentation en combinant entre eux des éléments de nature variée. En littérature, cet art implique d’abord un mode de collage des différents fragments de texte. L’artiste peut choisir un collage par juxtaposition, auquel cas les fragments de texte se trouvent côte à côte dans l’ouvrage, ou un collage par superposition des couches de texte, qui va parfois jusqu’à cacher sous de multiples couches textuelles le texte initial. Le collage en littérature est aussi la conséquence d’une intention de l’auteur qui sélectionne les morceaux de texte et choisit de les coller dans un ordre précis ou au contraire de conserver une absence d’organisation, qui est bien souvent plus apparente que réelle. Les ouvrages qui sont le fruit d’un collage impliquent, enfin, un mode de lecture particulier. En effet, la continuité linéaire traditionnelle de la narration ou de la réflexion est brisée au profit d’une esthétique de la rupture et de la fragmentation : il n’y a plus ni chronologie ni cohérence.

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La vision du monde et la conception de l’individu que reflètent les ouvrages fondés sur le collage sont donc inévitablement différentes de ce que l’on peut voir dans une littérature de forme plus traditionnelle. En effet, il ne s’agit plus d’ouvrages narratifs où les personnages s’étoffent peu à peu, solidement campés dans un univers qui prend consistance au fil du récit, ni d’essais où s’alignent méthodiquement les arguments de l’auteur, afin de proposer au lecteur une vision cohérente du monde et de la société.

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Dans l’Antiquité et à la Renaissance, on trouve trois catégories d’ouvrages assez proches qui reposent sur cette esthétique du collage : les silves, les miscellanées et les commentaires de textes qui ont radicalement modifié les représentations du lecteur. Après avoir défini ces trois formes littéraires, nous nous intéresserons à la vision du monde puis à la conception du Moi et de l’individu qu’elles véhiculent.

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Il convient d’abord de définir la silve, la miscellanée et le commentaire de texte, trois genres littéraires anciens aujourd’hui bien méconnus.

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La silua, selon le grammairien latin Servius [1][1] Servius, Commentaire? sur? l’Énéide, I, 310 : « nemus?..., est d’abord une forêt composée d’essences diverses qui, par opposition au nemus, bois sacré et bien ordonné, connote le désordre et surtout la variété. Le mot silua est ensuite devenu le titre d’un recueil de poèmes écrit par Stace, poète latin du Ier siècle ap. J.C.. Ce livre contient des poèmes de circonstance variés, ce qui explique son titre. De fait, le lecteur peut feuilleter à loisir cet opuscule et y lire tout aussi bien l’éloge funèbre de l’esclave Glaucias Melior, celui d’un perroquet apprivoisé, la description (ekphrasis) de la magnifique villa de Pollius Felix située à Sorrente ou les vœux d’anniversaire que Stace adresse au poète Lucain. À la Renaissance, plus précisément en 1417, l’humaniste italien Poggio Bracciolini redécouvrit les Silves de Stace dont les manuscrits s’étaient perdus au cours du Moyen Âge. Les poètes italiens puis français cultivèrent alors à leur tour ce genre. C’est Ange Politien (1454-1494) qui en relança la mode avec sa Sylua in scabiem, description de la gale qui oscille en permanence entre l’horreur et le grotesque, puis avec les praelectiones qu’il composa sous forme de silves. La praelectio (prae-lectio signifie en latin « avant la lecture, avant le cours ») est la leçon inaugurale que prononçait à la Renaissance un professeur d’université avant d’entamer ses cours annuels et qui lui permettait de présenter l’auteur sur lequel il comptait travailler tout au long de l’année scolaire. Ces leçons étaient habituellement en prose et suivaient un schéma très rigide. Politien créa quatre leçons inaugurales sous forme de silve, donc en vers latins, pour introduire les cours qu’il dispensait au studio de Florence où il fut nommé par Laurent de Médicis en 1480. Ainsi, il composa en 1483 la silve Rusticus (le Paysan) qui ouvre un cours sur Les Travaux et les jours d’Hésiode et les Géorgiques de Virgile et entrelace citation des textes antiques et réflexion de Politien. Avec lui, la silve devint un véritable cours érudit, comme on le verra par la suite.

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Le mot « miscellanée [2][2] P. Laurens, « La poétique du philologue : les Miscellanea... » vient du latin miscere, « mélanger ». Les miscellanées constituent l’équivalent en prose des silves poétiques [3][3] C’est ce qui explique la définition très large de la.... Jean-Marc Mandosio propose deux définitions de cette forme littéraire. Au sens large, la miscellanée est un ouvrage qui se caractérise par sa variété. Au sens restreint, il s’agit d’un recueil de notes éparses, d’essais plus ou moins longs, type d’ouvrage qui existait déjà dans l’Antiquité, même si son nom n’a été créé qu’à la Renaissance. Il est composé d’une multitude de textes brefs sans lien entre eux et met donc en œuvre une esthétique du fragment, du disparate. À l’origine, les miscellanées étaient des recueils d’exempla et d’anecdotes mémorables. C’est le cas par exemple des Nuits attiques d’Aulu-Gelle en vingt livres composées au ier siècle ap. J. C. Le titre fait référence aux veilles studieuses d’Aulu-Gelle alors qu’il se trouvait en Attique, et il suffit de lire quelques titres de chapitres du livre i pour prendre conscience de la variété de ses travaux :

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chapitre i. De quelles mesures et de quels calculs se servit Pythagore, suivant Plutarque, pour déterminer quelle était la taille d’Hercule, pendant son séjour sur la terre.

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chapitre v. Où l’on rapporte que Démosthène se vit en butte aux railleries et aux reproches les plus outrageants, à cause du soin extrême qu’il prenait de ses vêtements et de son extérieur ; et qu’Hortensius, pour la même recherche dans sa mise, et pour les gestes d’acteur qu’il faisait à la tribune, reçut le nom de la danseuse Dionysia.

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chapitre xi. Que les Lacédémoniens, suivant un passage de Thucydide, s’avançaient sur le champ de bataille, non au son de la trompette, mais au son de la flûte. Citation du passage. Que, d’après Hérodote, le roi Halyatte menait avec lui des joueurs d’instruments en allant au combat. Quelques observations, à ce propos, sur la flûte dont Gracchus empruntait le secours à la tribune.

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chapitre xxiv. Épitaphes des trois anciens poètes Nævius, Plaute et Pacuvius, composées par eux-mêmes et gravées sur leurs tombeaux.

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chapitre xxv. Comment M. Varron définit le mot trêve. Recherches attentives de l’auteur sur l’étymologie de ce mot.

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chapitre xxvi. Quelle réponse me fit le philosophe Taurus, un jour que je lui demandais si le sage se mettait en colère.

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À l’origine, les sujets évoqués « doivent être singuliers et remarquables pour être retenus » et « à caractère philosophique et érudit [4][4] J.-M. Mandosio, « La Miscellanée : histoire d’un genre »,... », pour reprendre les propos de Mandosio. À la Renaissance, les miscellanées deviennent philologiques : au lieu de regrouper des anecdotes récréatives ou morales, ils regroupent des commentaires de savants antiques et contemporains au sujet d’un vers, d’une phrase ou d’un mot qui pose problème chez un auteur. C’est à nouveau Ange Politien qui lança ce genre avec ses deux centuries (groupe de cent chapitres) de Miscellanées, dont la première fut publiée en 1489 et la seconde, retrouvée et publiée au xxe siècle.

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La miscellanée, qui commente un mot, une phrase, se distingue du commentaire de texte qui traite une œuvre de façon exhaustive. Le commentaire de texte à la Renaissance est différent du commentaire médiéval qui repose le plus souvent sur une application aux textes païens antiques des quatre sens de l’écriture biblique (sens littéral ou historique, sens allégorique, sens moral ou tropologique et sens anagogique) qui plaque donc sur les textes une interprétation qui ne leur correspond en rien. C’est le cas par exemple de tous les Ovide moralisés. À la Renaissance, les humanistes souhaitent remplacer cette pratique par celle du commentaire philologique. Il s’agit en général d’un commentaire linéaire et mot à mot exhaustif d’un texte le plus souvent antique, corrigé au préalable, qui fait appel à toutes les disciplines, littéraires (grammaire, rhétorique, poétique) comme scientifiques (médecine, météorologie), qui a pour objectif de clarifier les sources, le sens des mots et parfois les realia, c’est-à-dire les coutumes de l’époque. L’imprimeur français Josse Bade rédigea de nombreux commentaires « familiers », de Térence ou d’Horace par exemple, destinés à des étudiants. L’humaniste orléanais Nicolas Bérauld (1450-1570) proposa, quant à lui, un commentaire de la silve Rusticus de Politien, destiné à des érudits.

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Ce n’est pas un hasard si ces trois genres issus de l’Antiquité ont connu un renouveau à la Renaissance, époque qui connut tant de bouleversements : grands voyages, création de l’imprimerie, redécouverte des textes antiques, apparition des études philologiques… Ces trois formes littéraires sont la preuve qu’une nouvelle construction et sens et qu’une réorganisation des savoirs étaient nécessaires, afin de rendre compte d’une nouvelle vision du monde et de la place que l’homme y occupe.

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L’esthétique du collage induit une vision particulière du monde dans les commentaires, les miscellanées et les silves.

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Le commentaire repose sur un collage par superposition et juxtaposition tout à la fois : au texte de base, on superpose le commentaire de nombreux érudits eux-mêmes juxtaposés les uns à la suite des autres, comme le montre le commentaire de la silve Rusticus de Politien rédigé par Nicolas Bérauld. Politien évoque, dans sa silve, la roche incurvée sous laquelle le poète s’abrite du soleil, et Bérauld analyse un seul terme : « curuus », « incurvé » :

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« Incurvée » : sous une roche escarpée et voûtée. En effet, « voûte » signifie à la fois « toit incurvé » et « arc » selon les grammairiens, un ouvrage « voûté », « à plafond incurvé », et, si je puis dire, « en forme de carapace ». De fait, le poète ailleurs : « Là où, creusée par l’érosion, la roche poreuse forme le toit en carapace de l’antre[5][5] A. Politien, Rusticus, 306. ». Les poètes disent que les Néréides habitent des roches escarpées. Stace : « D’elles-mêmes, toutes vertes, les Néréides jaillissent hors de leurs antres pourpres[6][6] Stace, Silves, III, 144-45. ». La « voûte » renvoie chez Horace au « lieu de prostitution des courtisanes[7][7] Horace, Satires, I, 2, 30. ». De fait, près de l’arc de Fabius que l’on nomma ensuite « Allobrogique[8][8] Arc de triomphe construit par Quintus Fabius Maximus... », près de la Regia[9][9] Ancien palais de Numa, près du temple de Vesta. sur la Voie sacrée, les courtisanes se prostituaient. Horace à son régisseur[10][10] Horace, Épitres, I, 14, 21-22. : « La voûte du lupanar et la taverne grasse t’inspirent le regret de la ville[11][11] A. Politien, Angeli Politiani Sylua cui titulus est... ».

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Bérauld part du sens de « courbé » présent chez Politien pour en arriver au sens de « lieu de débauche » par le biais de realia romaines et d’une citation des Épitres d’Horace. Le lecteur apprend ainsi tous les sens possibles de ce terme qu’il pourra rencontrer à d’autres endroits par la suite. Ailleurs dans son commentaire, Bérauld fait appel à ses connaissances en droit, poétique, agriculture et, à partir du texte de Politien propose de surprenants développements sur le fumier ou la recette de la polenta… Le commentaire exhaustif sous-tend une vision encyclopédique du savoir et un désir de tout décoder.

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Comme l’explique Michel Foucault dans Les Mots et les choses, le projet encyclopédique à la Renaissance est lié à une conception bien spécifique du monde et du langage. Il existe une similitude mystérieuse entre le monde, qui nécessite un déchiffrement permanent pour être compris, et le langage qui va permettre à l’homme de le déchiffrer. L’encyclopédisme permet donc de « reconstituer par l’enchaînement des mots et par leur disposition dans l’espace l’ordre même du monde [12][12] M. Foucault, Les Mots et les choses. Une archéologie... ». Foucault souligne l’aspect visuel de l’encyclopédisme : le collage est alors une restitution du monde à l’échelle de l’être humain qui peut ainsi mieux le comprendre.

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Les miscellanées reposent sur un collage par juxtaposition de fragments de textes, moins cohérent que le commentaire classique qui suit la linéarité d’un texte. Elles se caractérisent en effet par leur désordre, en totale opposition avec l’organisation parfaitement structurée des encyclopédies. Dans l’Antiquité, Aulu-Gelle écrit dans sa préface aux Nuits attiques : « J’ai, en vérité, organisé les informations au hasard » (« Usi autem sumus ordine rerum fortuito »), et à la Renaissance, on peut lire dans les Miscellanea de Politien : « Mais on fournit cette matière désordonnée et confuse comme une silve ou un pot-pourri » (« At inordinatam istam et confusaneam quasi syluam aut farraginem perhiberi[13][13] J.-M. Mandosio, « La Miscellanée : histoire d’un genre »,... »). Néanmoins, elles reflètent le monde en miniature, tout comme les commentaires. La uarietas des remarques est l’équivalent de la variété du monde et l’aspect fragmentaire correspond aux changements et ruptures soudains qui caractérisent la marche du monde comme il va. Les miscellanées ont d’ailleurs souvent des titres imagés qui font allusion à cette variété désordonnée qui les caractérisent, comme « siluae », « pandectas » (« fourre-tout » en grec), « pratum » parce que le pré est composé d’une grande variété de fleurs et de brins d’herbe [14][14] Titres mentionnés par Aulu-Gelle, Nuits attiques, préface,... et même « Couteau portatif » qui renvoie au fait de déchirer des morceaux de texte, pour ensuite les coller.

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Les miscellanées antiques ont la même vocation encyclopédique que les commentaires, car l’auteur aborde les sujets les plus variés. Les intitulés de chapitres des Nuits attiques cités plus haut montrent qu’Aulu-Gelle s’intéresse aussi bien aux mathématiques qu’à des anecdotes et realia, à l’étymologie qu’à la philosophie. Les miscellanées philologiques sont tout aussi variées, comme l’indique ce florilège d’en-têtes de chapitres tirés de la première centurie des Miscellanées d’Ange Politien (1489) :

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chapitre v : Ce qu’est chez Lucrèce le «  durateus equus  » (cheval de bois) et qu’il faut lire chez Valerius Flaccus non pas «  nox Dorica  » (nuit dorique), mais « Durica », ou plutôt « Duria » (nuit de bois) au livre 2 des Argonautiques.

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chapitre vi : Comment il faut interpréter le « moineau » catulléen et aussi le passage chez Martial où cela est indiqué.

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chapitre xxv : Qu’il y a beaucoup de passages dans les Épitres familières de Cicéron actuellement en notre possession, qui ne sont pas dans l’ordre. Puis selon quel ordre les restituer.

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chapitre xlv ; Que Achille est plus jeune que Patrocle, contrairement à ce que pense Eschyle ou la foule.

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Politien mêle auteurs grecs (Eschyle) et latins, des poètes de style différent (Lucrèce le philosophe, Catulle le poète élégiaque, Martial le satiriste) et le Cicéron des Lettres familières. Les problèmes philologiques qu’il tente de résoudre sont tout aussi divers : correction d’une leçon fautive, interprétation d’un texte, structure d’une œuvre, personnages… Les miscellanées finissent par devenir ludiques, et c’est bien là un paradoxe : alors que l’auteur se contente de compiler les trouvailles de ses prédécesseurs sans rien inventer, sa poétique est celle de la nouveauté et de la surprise parce qu’il pratique une esthétique du collage et du coq-à-l’âne.

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On peut aussi considérer la miscellanée comme une œuvre éminemment baroque. En effet, ces ouvrages qui proposent un savoir fragmentaire, désordonné et infini symbolisent tout à la fois l’infinie richesse du monde impossible à maîtriser, mais aussi son instabilité et son perpétuel changement. Les miscellanées pourraient donc tenir à la fois de l’émerveillement et de l’angoisse. La première miscellanée en langue vernaculaire, la Silva de varia lección du sévillan Pedro Mexía a été publiée en juillet 1540 [15][15] Voir D. de Courcelles, « Le mélange des savoirs : pour.... Dans le dernier chapitre de son livre, Mexía évoque symboliquement l’origine et les caractéristiques des différents vents, ce qui peut symboliser la fragilité, l’instabilité et peut-être finalement la vacuité de l’œuvre entreprise par l’auteur, qui était d’ailleurs gravement malade quand il a rédigé ce chapitre et a disparu avant de pouvoir l’achever. De même les Miscellanées de Mr. Schott, ouvrage moderne sur lequel nous reviendrons, se terminent ainsi :

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Les recherches effectuées pour composer ce livre ont révélé combien peuvent être flottantes des informations que l’on croirait factuelles et parfaitement établies. La liste qui suit n’indique qu’une part infime de la multitude de variations, contradictions, controverses et inexactitudes éventuelles qui sont apparues dans les nombreuses sources consultées[16][16] Ben Schott, Les Miscellanées de Mr. Schott, Paris,....

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La conception du monde et du savoir véhiculée par les miscellanées pourrait donc remettre en question le schéma rigoureux, cohérent et définitif de l’encyclopédisme et du commentaire. La silve présente, grâce au collage par juxtaposition de courts poèmes, un monde quotidien très esthétisé, émaillé de petites merveilles. Ainsi, le livre ii des Silves de Stace recèle un lion apprivoisé, un arbre magnifique ou une sublime villa. Le poète s’inspire ici de l’esthétique alexandrine du « joli petit objet » pratiquée, par exemple, par Théocrite ou Moschos qui composèrent de nombreux petits poèmes raffinés et sophistiqués sur des sujets quotidiens.

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Les silves de Politien constituent un cas particulier et reposent sur un collage par superposition. En effet, au lieu de présenter clairement l’auteur dont il va parler ensuite pendant ses cours, Politien imite la poésie de cet auteur et superpose donc sa propre création à celle de l’auteur qu’il va commenter. En créant de longs poèmes gorgés de réminiscences littéraires, Ange Politien donna aux silves une dimension didactique, érudite et métalittéraire qui complexifia ce genre déjà difficile à cerner, comme le rappelle Perrine Galand :

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Les multiples fonctions [des silves], leur érudition poussée jusqu’à l’ésotérisme, leurs images ciselées jusqu’à la préciosité, leurs tons et leurs langages divers sont malaisés à discerner et à comprendre et offrent de nombreuses possibilités de lecture. Il s’agit d’une poésie de l’ambiguïté[17][17] A. Politien, Les Silves, texte établi et traduit par....

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Le commentaire de la silve Rusticus proposé par Bérauld le prouve. On peut voir grâce à son travail que Politien fait parfois allusion à des mythes très complexes, comme celui des roses rouges [18][18] P. Galand, « “Pourquoi les roses sont rouges” ou la... mentionné au vers 183 du Rusticus (f°26v°) dans un passage qui décrit l’éveil de la nature au printemps : « Idalio pudibunda sinum rosa sanguine tinguit » (« La rose pudique teint son cœur du sang idalien »). Ce vers renvoie à toute une tradition héritée d’Aphtonius [19][19] Aphtonius est un rhéteur de la seconde sophistique.... D’après la fable que propose ce rhéteur, Mars est jaloux d’Adonis qui est aimé de Vénus. Alors que les amants sont ensemble dans un bois idalien, le dieu blesse le jeune homme et Vénus, affolée, se met à courir et se pique à des roses qui prennent la couleur pourprée de son sang. Ainsi s’explique le vers de Politien. Dès le début de la silve Rusticus, on remarque les nombreuses citations indiquées en notes de bas de page et l’identification de Politien aux poètes qu’il commente, Hésiode et Virgile :

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Les richesses de la « campagne féconde[20][20] Perse, Satires, I, 71, contaminé avec Stace, Silves,... », les tâches dont le colon empressé
Doit s’acquitter, et la beauté sacrée de la terre porteuse de toutes choses,
Elle « brûle[21][21] Virgile, Géorgiques, I, 387. » de les « jouer[22][22] Virgile, Bucoliques, I, 10. » ma « flûte à sept roseaux »,
Cette flûte que naguère, sur le bord de la rive mantouane[23][23] Idem, Bucoliques, I, 52-53. Mincio, fleuve de Mantoue...
De sa propre main, le visage tout rayonnant, Tityre me donna en me disant :
« Sur ce chalumeau, enfant, retrouve le “chant ascréen”[24][24] Virgile, Géorgiques, II, 176. Hésiode est natif d’Ascra... ».
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Dans Rusticus, Politien ne fait jamais clairement allusion à Virgile ni à Hésiode, mais la description du paysan et de son environnement peut apparaître comme une métaphore de leur poétique. Les fonctions pédagogiques et épidictiques (éloge) de la praelectio, qui reste avant tout un cours prononcé devant des étudiants, sont donc remplies, mais de façon inhabituelle, oblique. Certes, l’esthétique du collage qui est le soubassement du commentaire, des miscellanées et de la silve, dévoile une véritable vision du monde, mais cela ne va pas sans difficulté. Dans le cas des commentaires de texte et même des miscellanées, le collage par superposition des commentaires empruntés à différents auteurs sur le texte originel peut se faire à l’infini, et par là même devenir incontrôlable. Ce phénomène se trouve renforcé par l’imprimerie qui multiplie les ouvrages et donc les sources où aller puiser. Au lieu de dévoiler le monde, le commentaire pourrait finir par le cacher sous la superposition des couches de gloses. Montaigne était parfaitement conscient de ce danger et écrit au livre iii des Essais : « Il y a plus affaire à interpréter les interprétations qu’à interpréter les choses, et plus de livres sur les livres que sur autre sujet : nous ne faisons que nous entregloser [25][25] M. de Montaigne, Essais, III, 13. ».

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Les silves d’Ange Politien posent, quant à elles, un problème de compréhension, puisque, paradoxalement, il est nécessaire de faire cours sur un cours pour les décoder ! Ainsi en 1513-1514, l’humaniste orléanais Nicolas Bérauld a passé toute une année scolaire à décoder la seule leçon inaugurale de Politien intitulée Rusticus. La praelectio sous forme de silve est donc réservée à une élite et devient anti-pédagogique. L’art du collage se métamorphose en véritable science de l’ésotérisme. Or, Politien fut l’élève de Marsile Ficin, traducteur de Platon et féru de littérature hermétique.

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Le collage en littérature peut provenir d’une louable volonté de tout savoir, de tout comprendre et de rendre la variété du monde jusque dans le détail, mais finit par engendrer une œuvre hybride, proliférante et monstrueuse.

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Qu’en est-il de la vision de l’individu, du Moi, proposée par ces ouvrages ? Cette expression peut renvoyer d’une part à l’image que l’auteur donne de lui-même, qui n’est pas la même dans les silves et dans les commentaires ou les miscellanées, et d’autre part au lecteur lui-même, à la catégorie de lecteurs à laquelle l’auteur cherche, plus ou moins consciemment, à s’adresser et qui sera séduite en priorité par l’esthétique du collage. Les recueils de silves comportent des poèmes de circonstances souvent très personnels. Les siluae sont, en effet, intimement liées au quotidien de l’auteur, rythmé par les commandes de différents mécènes, par les bons et mauvais moments. Ainsi, Stace alterne éloges funèbres, vœux d’anniversaires et éloges de ses amis. Même si certaines pièces sont encore très dépendantes d’un paradigme littéraire, puisque les consolations ou éloges funèbres sont des genres très codifiés, l’individualité de l’auteur transparaît tout de même. Grâce à un collage par juxtaposition d’impressions, de petites circonstances de la vie quotidienne, Stace met en avant son individualité, ce qui est relativement nouveau à l’époque, puisque les artistes composaient auparavant une poésie beaucoup plus impersonnelle. La poésie épique (L’Énéide de Virgile) aboutissait systématiquement à l’effacement de la présence de l’auteur et, comme l’a brillamment démontré Paul Veyne dans son fameux ouvrage intitulé L’Élégie érotique romaine, la poésie élégiaque d’artistes comme Properce mettait en scène un Moi totalement fictif.

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P. Galand a montré que la silve correspond également à un mode d’écriture en deux temps : la rédaction spontanée, le « premier jet », fait ensuite l’objet d’une correction. Ce type d’ouvrage n’est donc pas le fruit de l’inspiration divine, mais de ce que Stace appelle le calor, chaleur créée par la coïncidence entre la culture du poète, sa psychologie et les circonstances. Le poème « coule » alors comme un flux sous la plume du poète. L’auteur doit ensuite canaliser ce calor grâce à la relecture minutieuse de son texte. Néanmoins, le collage doit rester empreint de spontanéité et ne pas laisser transparaître de structure précise. Le passage du furor, enthousiasme divin capable d’inspirer des textes aussi longs que L’Iliade, au calor est assimilé par les écrivains eux-mêmes à une décadence de la poésie. Dans l’Antiquité tardive comme à la Renaissance, les écrivains estiment, en effet, qu’ils sont contraints de créer une juxtaposition de petits poèmes parce que depuis l’Antiquité, l’inspiration divine s’est tarie. Les hommes ne sont à présent capables d’avoir qu’une inspiration épisodique sur une courte période pour écrire sur d’humbles sujets dont ils sont les modestes héros.

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L’ethos de l’auteur dans les commentaires et les miscellanées est bien différent. Les commentateurs de la Renaissance se détachent nettement de la tradition médiévale. Ils partent du texte pour en proposer ensuite un commentaire philologique, au lieu de lui appliquer une interprétation allégorique toute faite comme cela se pratiquait au Moyen Âge. Pour reprendre les termes de T. Chevrolet, ils substituent à l’interprétation médiévale « substitutive et appropriative » une interprétation « restaurative et différentielle [26][26] T. Chevrolet, L’Idée de fable : théories de la fiction... » qui prend davantage en compte l’intention de l’auteur du texte étudié. De plus, les commentateurs, qui ne sont plus limités par le carcan de l’interprétation religieuse des textes, ont davantage de marge de manœuvre que leurs prédécesseurs pour donner leur vision du texte. Cette liberté est encore plus grande dans les miscellanées. Contrairement au commentaire, les sujets variés dont il est question font l’objet d’une sélection, d’un dilectus (choix, en latin) de l’auteur qui a donc plus de liberté et qui peut orienter son œuvre à sa guise. Dans les deux genres, l’auteur est conscient d’être formé par l’innutrition c’est-à-dire par la lecture et l’imitation de nombreux auteurs très variés : c’est l’autre qui le construit. Autrement dit, pour reprendre la phrase de Paul Valéry, « Le lion est fait de mouton assimilé ». L’œuvre, tout comme l’individu qui l’a créée, est constituée par collage, par superposition de multiples couches de savoir. À la Renaissance, on donne souvent l’exemple du peintre Zeuxis qui sculpte la belle Hélène à partir des parties du corps des plus belles femmes qu’il a sélectionnées et atteint donc la perfection grâce à un patchwork, un collage.

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À la Renaissance apparaît, en outre, un phénomène ponctuel : le commentaire subit une invasion du Moi. Progressivement, le texte commenté est enfoui non seulement sous les remarques de toutes sortes, mais aussi sous les digressions et les allusions autobiographiques. Ce phénomène se produit du début du xvie siècle jusqu’à la période des Lecteurs royaux (années 1540-1550). Ensuite, on s’achemine vers le commentaire limité aux notes de bas de page. Pour reprendre l’exemple du commentaire de Bérauld, il donne des renseignements sur les cours qu’il donne au moment où il écrit le commentaire, fait une digression sur la bombarde, une arme de guerre. De même Giovan Battista Pio, commentateur du De rerum natura de Lucrèce, évoque la mort de sa mère ou un séisme qu’il a vécu et Niccolo Perotti fait allusion à sa villa de Sassoferrato dans son Cornu copiae.

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Venons-en au lectorat qui va se procurer en priorité le type d’ouvrages que nous étudions ici. À la Renaissance, commentaire, miscellanées et silves s’adressent à une catégorie de lecteurs bien précise : des érudits qui n’ont pas à leur disposition tous les commentaires qu’ils voudraient. Ils retrouvent dans ce genre d’ouvrages l’essentiel des gloses rédigées par leurs collègues. Les miscellanées et, dans une moindre mesure, les commentaires ont ainsi pour vocation de proposer au lecteur une « cornucopie », une « corne d’abondance » qui lui permette de créer son interprétation personnelle du texte, voire sa propre œuvre. Le lecteur est considéré comme capable de ressaisir ou de constituer une cohérence dans sa lecture, de comprendre les allusion érudites et littéraires. Le lecteur devient donc actif, contrairement à l’acceptation passive d’une interprétation des textes souvent forcée du Moyen Âge [27][27] Sur cette idée, voir M. Jeanneret, Le Défi des signes,.... C’est encore plus vrai dans le cas des silves de Politien. Selon P. Galand, « il s’agit d’une poésie par la culture sur la culture où le professeur livre d’emblée à ses étudiants la totalité du savoir qu’il ne devrait leur dévoiler que progressivement [28][28] A. Politien, Les Silves, Introduction, p. XVI. ». La silve fonctionne sur le mode de l’allusion qui doit être comprise par un lecteur d’élite, doté d’une érudition considérable et sophistiquée. Le lecteur est parfois même impliqué dans l’œuvre. Les miscellanées sont souvent construites sous forme de question/réponses qui mettent en place une sorte de dialogue à distance entre l’auteur et le lecteur, comme dans les Nuits attiques ou les Miscellanées de Politien. C’est encore plus évident dans le cas des miscellanées écrites sous forme de banquet où un groupe d’amis entame un dialogue teinté d’humour et de haute tenue intellectuelle (Saturnales de Macrobe, Conviviorum libri de Francesco Filelfo). Dans ce cas de figure, le collage imite l’évolution d’une conversation à bâtons rompus, et le lecteur peut se considérer comme participant au banquet.

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De nos jours, les miscellanées connaissent un regain d’intérêt avec par exemple le succès surprenant des Miscellanées de Mr Schott, mais aussi la publication d’ouvrages aussi inattendus que les Miscellanées du rugby. On retrouve dans les Miscellanées de Mr. Schott des mots rares et des citations (comme le programme de travail de Gargantua pour Pantagruel). Néanmoins, les miscellanées privilégient à présent l’anecdotique et le visuel, ce qui rend le collage encore plus évident. Dans les Miscellanées de Mr. Schott, on trouve le schéma de la disposition d’un orchestre, de la façon de draper un sari, de nouer un nœud papillon… Il y a aussi une esthétique de la liste et du catalogue (liste des présidents des États-Unis, des pop stars mortes prématurément…). Il existe aussi les Miscellanées culinaires qui « se proposent de ramasser les miettes oubliées sur la table de la conversation », ce qui renvoie à nouveau à la convivialité d’un banquet. On y trouve la liste des aliments face auxquels Homer Simpson dit « Hmmmm », le schéma du rituel de la coupe de l’amitié ou les différents logos de Coca Cola dans le monde. Ce type d’ouvrage correspond bien à une civilisation du zapping : on commence le livre où l’on veut, on peut passer d’un article à l’autre très rapidement, parfois sans même en finir la lecture. Il est aussi associé à la prééminence de l’individu qui a une liberté totale dans sa lecture. Néanmoins, on observe un renversement par rapport à la Renaissance férue de philologie. L’allusion littéraire et érudite, l’anecdote merveilleuse laissent place au petit fait quotidien, à l’anecdotique qui n’a même plus valeur d’exemplum comme dans l’Antiquité.

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L’esthétique du collage est donc un reflet de la bigarrure du monde qu’elle permet de déchiffrer. Elle engendre par là même une vision du monde baroque, dont la merveilleuse richesse tourne rapidement à la prolifération angoissante. Entre l’Antiquité et la Renaissance, la philologie prend une part de plus en plus considérable dans les silves, miscellanées et commentaires et cette vision du monde est donc fortement médiatisée par une littérature érudite et raffinée qui finit par devenir totalement ésotérique. La renaissance est aussi l’époque de l’émergence d’une littérature du Moi qui n’a fait que se développer jusqu’à nos jours, souvent au détriment de la connaissance du monde extérieur. Grâce au collage, l’auteur raconte son quotidien avec modestie, exerce son libre-arbitre et son esprit critique. Il s’adresse au départ à un lecteur savant avide d’encyclopédisme et de nos jours à un individu post-moderne pressé, qui a une capacité de concentration limitée et vit sur un mode ludique. La « marqueterie mal jointe » dont parle Montaigne dans ses Essais n’est plus le fruit de la variété du monde mais des infinies nuances du Moi de l’auteur et du lecteur.


Bibliographie

  • Ouvrages littéraires

    • Aulu-Gelle, Nuits attiques, tomes I-IV : livres I-xx, texte établi et traduit par René Marache puis Yvette Julien, Paris, Éditions Les Belles Lettres, 1967-1998.
    • Politien, Ange, Angeli Politiani Sylua cui titulus est Rusticus/cum docta elegantissimaque Nicolai Beraldi interpretatione, éd. de Parisiis Regnault Chaudière, 1519, ressource électronique Politien, Ange, Les Silves, texte établi et traduit par P. Galand, Paris, Éditions Les Belles Lettres « Classiques de l’humanisme », 1987.
    • Schott, Ben, Miscellanées de Mr. Schott, Paris, Éditions Allia, 2005.
      Id., Les Miscellanées culinaires de Mr. Schott, Paris, Éditions Allia, 2007.
    • Stace, Silves, texte établi et traduit par Henri Frère, Paris, Éditions Les Belles Lettres, 1961.
  • Ouvrages critiques

    • Ouvrages miscellanées et théories de la connaissance à la Renaissance. Actes des journées d’études organisées par l’École Nationale des Chartes (Paris, 5-6 avril 2002), dir. D. de Courcelles, Paris, École des Chartes, « Études et rencontres de l’École des Chartes », 2003.
    • Laurens, Pierre, « La poétique du philologue : les Miscellanea de Politien dans la lumière du premier centenaire », Euphrosyne, revista de filologia clàssica, nova serie volume 23, Lisboa, Centro de estudos clàssicos, faculdade de letras de Lisboa, 1995, p.349-67.

Notes

[1]

Servius, Commentaire? sur? l’Énéide, I, 310 : « nemus? composita? multitudo? arborum,? silua diffusa?et?inculta » (« nemus : multitude d’arbres ordonnée ; silua : éparse et sauvage »).

[2]

P. Laurens, « La poétique du philologue : les Miscellanea de Politien dans la lumière du premier centenaire », Euphrosyne, revista de filologia clàssica, nova serie vol.23, Lisboa, Centro de estudos clàssicos, faculdade de letras de Lisboa, 1995, p.349-67 ; J.-M. Mandosio, « La miscellanée : histoire d’un genre », Ouvrages?miscellanées?et?théories de?la?connaissance?à?la?Renaissance. Actes?des?journées?d’études?organisées?par?l’École Nationale? des? Chartes (Paris,? 5-6? avril? 2002), éd. D. de Courcelles, Paris, École des Chartes, « Études et rencontres de l’École des Chartes », 2003, p.7-36.

[3]

C’est ce qui explique la définition très large de la silve proposée par J. Lecointe et P. Galand : « Le terme peut avoir une valeur très floue de brouillon, “essai poétique” ; il s’applique souvent aussi à des recueils de morceaux disparates, en vers ou en prose » (J. Lecointe, Habilitation à diriger des recherches : la? Poetica de François Dubois, Paris IV-Sorbonne, soutenue en janvier 2000, p.23 et J. Vaccaeus, Un professeur-poète humaniste : Johannes Vaccaeus, la Sylve parisienne (1522),? édition, traduction et commentaire de P. Galand, avec la collaboration de G. A. Bergère, Genève, Éditions Droz, « Travaux d’Humanisme et Renaissance », n°369, 2002, introduction, p.XLIIII).

[4]

J.-M. Mandosio, « La Miscellanée : histoire d’un genre », p.9 et 12.

[5]

A. Politien, Rusticus, 306.

[6]

Stace, Silves, III, 144-45.

[7]

Horace, Satires, I, 2, 30.

[8]

Arc de triomphe construit par Quintus Fabius Maximus l’Allobrogique appelé aussi Fornix?Fabianus.

[9]

Ancien palais de Numa, près du temple de Vesta.

[10]

Horace, Épitres, I, 14, 21-22.

[11]

A. Politien, Angeli Politiani Sylua cui titulus est Rusticus / cum docta elegantissimaque Nicolai Beraldi interpretatione, éd. de Parisiis Regnault Chaudière, 1519, ressource électronique publiée en 1995, n° FRBNF37302080, NUMM-72151, f°2v°.

[12]

M. Foucault, Les Mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines, Paris, Éditions Gallimard, collection « Tel », 1998,?p.53.

[13]

J.-M. Mandosio, « La Miscellanée : histoire d’un genre », p.8 et p.12.

[14]

Titres mentionnés par Aulu-Gelle, Nuits attiques, préface, VI : « silves », VII : « pandectes », VIII : « prés ».

[15]

Voir D. de Courcelles, « Le mélange des savoirs : pour la connaissance du monde et la connaissance de soi au milieu du XVIe siècle dans la Silua de varia leccion du sévillan Pedro Mexia », Ouvrages miscellanées et théories de la connaissance à la Renaissance,?p.103-115.

[16]

Ben Schott, Les Miscellanées de Mr. Schott, Paris, Éditions Allia, 2005, p.153.

[17]

A. Politien, Les Silves, texte établi et traduit par P. Galand, Paris, Éditions Les Belles Lettres ; « Classiques de l’humanisme », 1987, Introduction, p.11.

[18]

P. Galand, « “Pourquoi les roses sont rouges” ou la couleur du mythe, d’Aphtonius à Ronsard », Les Fruits de la saison. Mélanges de littérature des XVIe et XVIIe siècles offerts au Professeur André Gendre, Genève, Droz « Travaux de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université de Neuchâtel », 48e fascicule, 2000, p.153-166.

[19]

Aphtonius est un rhéteur de la seconde sophistique (IV-Ve siècle) qui rédigea des Progymnasmata (exercices de style) plusieurs fois réédités à la Renaissance. Dans le cadre de l’exercice scolaire du diègèma, récit qui expose des faits réels ou donnés comme tels, il propose la fable étiologique des roses rouges.

[20]

Perse, Satires, I, 71, contaminé avec Stace, Silves, II, 2, 98-99.

[21]

Virgile, Géorgiques, I, 387.

[22]

Virgile, Bucoliques, I, 10.

[23]

Idem, Bucoliques, I, 52-53. Mincio, fleuve de Mantoue près duquel Virgile composait ses poèmes.

[24]

Virgile, Géorgiques, II, 176. Hésiode est natif d’Ascra en Béotie.

[25]

M. de Montaigne, Essais, III, 13.

[26]

T. Chevrolet, L’Idée de fable : théories de la fiction poétique à la Renaissance, Genève, Droz, « Travaux d’Humanisme et Renaissance 423 », 2006, p.45.

[27]

Sur cette idée, voir M. Jeanneret, Le Défi des signes, Rabelais et la crise de l’interprétation à la Renaissance, Orléans, Paradigme, 1994, « L’exégèse à la Renaissance », p.21-31, « Philologie », p.23-25 et T. Chevrolet, L’Idée de fable, Première partie : « Poétique de l’allégorie », Prologue : « Renaissance(s) de l’allégorie », 3. « Le sens de l’autre », p.39-47.

[28]

A. Politien, Les Silves, Introduction, p. XVI.