Mick Jagger et les camarades

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Mick Jagger et les camarades

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Septembre 1973. Les Rolling Stones entament une nouvelle tournée européenne. Alors que le groupe s’était installé en France pour l’enregistrement d’Exile on Main Street l’année précédente, il évite soigneusement cette fois-ci le pays pour cause d’ennuis judiciaires de leur guitariste Keith Richards, poursuivi pour infraction à la loi sur les stupéfiants. Afin de calmer la déception des fans français, est alors mis sur pied un dispositif inédit : un concert, qui leur sera réservé, est programmé à Bruxelles le 17 octobre. Le jour dit, un train spécial, baptisé le « rock’n’roll express » quitte Paris. À son bord, ou peut-être dans la flottille d’autocars et de voitures particulières prenant d’assaut l’autoroute du Nord, se trouvent les envoyés spéciaux de Rouge[1][1] Hebdomadaire de la LCR. et de L’Humanité-Dimanche qui rendront compte de ce concert dans leurs éditions respectives des 26 et 31 octobre suivants [2][2] Eugène Vincent, « Les Stones à Bruxelles », Rouge,.... Et tout de suite, devant la foule bigarrée envahissant les rues de Bruxelles, une interrogation quasi existentielle : « Qu’est-ce qui les avait fait courir là [...] les petits “durs” cloutés des banlieues, les nantis nonchalants de la rue de la Pompe, les “nanas” alanguies et les lycéens timides et les hippies fatigués, les “prolos” qui trimballent la dure grisaille de la vie et les jeunes bourgeois en bottes vernies, les “cool”, les “super”, les “flippés”, les “défoncés”, ceux du Tout-Paris si contents de se ressembler et ceux des HLM qui tombent le soir de sommeil sur le formica de la table de la cuisine... ? Qu’est-ce qui les avait fait courir là ? La musique, le mythe, la mode, le scandale, la révolte, la violence, le désespoir [3][3] HD, ibid. ? » Ajoutons quelques questions de notre fait : Qu’est-ce qui les avait fait courir là, pour assister à un concert du « dernier et du plus grand des groupes rock du monde » [4][4] HD, ibid. les représentants de ces deux périodiques pourtant peu connus pour être à la pointe de l’actualité musicale ? Que venaient-ils y chercher ? Dans ce voyage Paris-Bruxelles, que peut-on lire de l’histoire de la musique rock revue et corrigée par les camarades [5][5] Cet article étudie plus particulièrement la question... ?

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Du « Rock around the clock » de Bill Haley en 1955 à la sortie de « Come on », premier 45 tours des Rolling Stones en 1963, le rock’n’roll passe, dans les colonnes de la presse communiste, du statut de danse à la mode qui devrait faire long feu – ce qui n’est ni plus ni moins que l’avis général de l’époque – à celui de phénomène qui rassemble autour de lui une partie de la jeunesse [6][6] Même si la chanson française reste le style musical..., phénomène que le Parti doit donc prendre en compte ne serait-ce que parce qu’il « est de notre devoir d’éclairer la jeunesse sur l’utilisation que l’on veut faire de son engouement pour les rythmes actuels, engouement fort compréhensible car il est difficile de ne pas vibrer à leur écoute [7][7] André Thomazo, membre du Bureau Politique de la JC,... ».

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Et l’exemple vient d’en haut. Le 9 mai 1958, « devant les participants au stage national des Jeunesses Communistes », Maurice Thorez, après avoir évoqué le film La Fureur de vivre, titre qui est « maintenant une expression à la mode », précisait en effet : « Qu’en est-il réellement de la fureur de vivre ? Est-ce qu’on peut dire que le goût de l’aventure […] est un péché, un mal, une chose condamnable en soi ? Je ne le crois pas. A-t-on le droit de dire aussi que le goût de couplets plus ou moins extravagants, voire le goût excessif du “rock and roll” peuvent caractériser la jeunesse et être considérés comme blâmables? Je ne le crois pas non plus [8][8] Maurice Thorez, « Que vaut la jeunesse d’aujourd’hui? »,.... » Au cours des années suivantes, ces phrases seront réutilisées à plusieurs reprises dans les colonnes de la presse de jeunesse communiste dès qu’il sera question de démontrer l’intérêt du Parti pour les jeunes et leur musique [9][9] Phrases qui ne devaient tout de même pas aller de soi....

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La prise en compte apparente de ce « goût excessif » franchit une étape supplémentaire en mai 1963 : le journal des Jeunesses Communistes, l’hebdomadaire L’Avant-Garde, fait place au mensuel Nous les Garçons et les Files (NGF), en référence évidente à une chanson à succès de Françoise Hardy mais aussi au magazine Salut les Copains (SLC)[10][10] L’éditorial du n°1 est d’ailleurs titré « Salut, les.... L’ambition paraît claire : dépasser le cercle des militants en traitant régulièrement de l’actualité musicale et espérer que, par capillarité, les articles politiques – qui ne disparaissent pas pour autant – trouvent un lectorat nouveau. Les stars yéyés du moment (Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Richard Anthony, Sheila…) se succèdent en couverture. Ce sera le tour de Mick Jagger en juillet 1966 à l’occasion d’un dossier de quinze pages sur l’Angleterre dont cinq consacrées aux Rolling Stones – mais seulement deux pages de texte – le temps d’un article banal où l’on ne rate rien de la couleur de la moquette du bureau dans lequel se déroule l’interview (vert olive) ou du sparadrap qu’arbore Mick Jagger à un doigt de la main gauche et pour lequel il est précisé « cause inconnue » [11][11] « Les méga-Stones », NGF, juillet 1966, p.31-35.. Rien par contre à propos de leur chanson « (I can’t get no) Satisfaction » sortie l’année précédente et dont la thématique semble pourtant rejoindre, au moins superficiellement, ce que dénonce la presse communiste à longueur de colonnes, à savoir la non-prise en compte des aspirations légitimes de la jeunesse et la frustration qui en résulte.

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Dès les premiers numéros de NGF, certains lecteurs réagissent violemment contre ce qu’ils considèrent comme un dévoiement de leur journal et la rubrique courrier est le lieu naturel de manifestation de leur amertume. Principal reproche, le magazine ne remplit plus son rôle : « Vous n’avez pas honte de parler de Sylvie Vartan, alors que vous pourriez faire des articles sensationnels (sic) sur les abus d’Hitler pendant la guerre » ; « Vous accordez trop de place aux chanteurs. Vous devriez faire un article sur la puissance de destruction de la bombe A et sur les dépenses militaires » ; « Le numéro de décembre est dég… Vous remettez en cause l’orientation de NGF en lui ôtant tout ce qui faisait de lui le journal des JC. Je n’ose pas dire que vous imitez SLC. C’est pire! » Trois exemples [12][12] Respectivement NGF, avril 1964, décembre 1964 et février... parmi beaucoup d’autres.

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Il est vrai que durant toute cette période, NGF manque singulièrement de recul dans son traitement de la scène yéyé et propose souvent des articles qui n’auraient pas déparé dans la presse jeune traditionnelle. En une seule occasion, le magazine offre à ses lecteurs une analyse du rock’n’roll, des raisons de son succès et de son rapport à la société contemporaine. Sous le titre « Le tango du temps des h.l.m. », Claude Kroès dresse, à l’occasion de la mort de Sam Cooke, un premier bilan qui ne se limite pas aux vedettes du genre : il y est fort peu question d’Elvis Presley, un accent est mis sur les grands noms disparus – Eddie Cochran, Buddy Holly – et, pour la France, là où « l’histoire du rock’n’roll est moins spectaculaire, […] plus courte aussi, et moins violente. Plus bourgeoise » [13][13] Claude Kroès, « Le tango du temps des h.l.m. », NGF,..., Eddy Mitchell est mis en avant plutôt que Johnny Hallyday, ce dernier s’étant « éloigné non de la musique rock mais des traditions du milieu » [14][14] NGF, ibid.. Le journaliste définit « l’avènement du rock [comme] le plus grand événement de musique populaire de tous les temps, sans doute parce qu’il a eu la chance de correspondre au développement du microsillon qui a mis le disque à la portée de tous » ; il conclut en rappelant que « le rock est une musique de masse. Par ses origines et par le mode de diffusion dont il a bénéficié. Les gens qui travaillent, qui courent, vivent sur un tempo rapide. Et le temps du rock est rapide. Très simple aussi. C’est une musique d’usines. C’est le tango du temps des h.l.m. » Cet article, en rupture de ton totale avec le traitement réservé habituellement à la musique dans le magazine, préfigure en fait l’argumentation qu’on retrouvera dix ans plus tard quand il s’agira de sauver le rock des effluves démobilisateurs de la musique pop.

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Une série d’articles plus critiques publiés en 1963 dans L’Humanité-Dimanche permet de nuancer l’image d’un Parti communiste tout entier converti au yéyé et à ses « idoles ». La parole est d’abord donnée au rédacteur en chef de NGF au moment de la parution du magazine. Sur un ton beaucoup plus militant que dans ses propres colonnes, il décrit celui-ci comme une réponse nécessaire à SLC, coupable de servir uniquement à « placer [de la] marchandise, qui n’est pas que du disque ou de la verroterie. La marchandise, c’est aussi et surtout les idées, celles qui servent la bourgeoisie. Les idées qui mettent l’éteignoir sur la flamme combative de la jeunesse, la vie est comme ça, laissons les “vieux” se débrouiller avec leurs “vieilles” histoires, la politique, les revendications, tous ces “machins-là” [15][15] Robert Lechêne, « Un journal est né », HD, 21/04/1963,.... » Et l’article de dénoncer vigoureusement un récent reportage de SLC qui présentait une tournée d’Eddy Mitchell dans les casernes [16][16] Deux ans plus tard, à l’occasion du mariage de Johnny.... L’objectif ici est bien de démontrer l’absolue nécessité de la création de NGF et d’en justifier aux yeux d’un lectorat plus politisé les petits arrangements avec la mode yéyé.

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Deux mois plus tard, c’est encore Robert Lechêne qui relate dans L’Humanité-Dimanche mais aussi dans NGF les événements de la place de la Nation où de violents incidents ont eu lieu à l’occasion d’un rassemblement de plus de 150000 jeunes venus écouter leurs chanteurs préférés [17][17] Robert Lechêne, « A qui profite la casse de la Nation? »,.... Le contenu de ces deux articles se ressemble évidemment beaucoup (insistance sur le caractère inévitable des incidents au vu de l’inadéquation de l’organisation par rapport au public attendu, dénonciation de l’exploitation partisane des incidents et de la guerre contre la jeunesse menée par le pouvoir…) si ce n’est que celui de L’Humanité-Dimanche contient une variante d’importance : « [À ceux qui réduisent] les jeunes à la caricature qu’à présent on fait d’eux, d’énergumènes qui ne pensent qu’à leurs idoles, je répondrais : Qui les a faits comme cela? Qui les a privés du moyen d’être plus instruits, plus cultivés? […] Qui leur a donné des idoles et qui en vit? C’est vous! Vous les capita-listes, vous êtes solidaires. […] Vous qui tâchez de persuader les jeunes que leur seul souci dans la vie c’est Johnny, vous êtes solidaires de De Gaulle qui n’a pas besoin de cervelles sous les casques. Et vous qui pleurnichez sur l’abrutissement, vous êtes de jolis hypocrites [18][18] HD, 30/06/1963, op. cit.. » Sous la plume du propre rédacteur en chef de NGF, cet argument sonne comme un aveu indirect de la stratégie à l’œuvre dans la création du magazine mais annonce aussi le revirement de la fin de la décennie.

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À la rentrée 1963 enfin, une série de cinq articles intitulée « Des idoles à la chaîne » revient d’ailleurs sur la question des profits gigantesques réalisés sur le dos des « copains ». Le premier volet, qui a les faveurs de la une de l’hebdomadaire, contient cet avertissement : « Il ne saurait davantage être question de blâmer les préférences des jeunes que de passer sous silence les moyens mis en œuvre par d’habiles commerçants pour exploiter ces goûts et en tirer profit [19][19] « Des idoles à la chaîne. Plus ça “chauffe”, plus les.... » Réserve d’importance.

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Au milieu des années soixante, le discours communiste sur la musique rock est donc totalement intégré au discours sur la jeunesse. La critique y laisse de côté la musique proprement dite pour se consacrer uniquement à la dénonciation des manœuvres capitalistes d’enrichissement par exploitation des goûts mais aussi peut-être – ce qui n’est jamais dit franchement, et en tout cas jamais directement – d’une certaine crédulité des « copains ». Par ailleurs, la jeunesse est encore présentée comme un tout contre lequel le pouvoir mène une guerre d’image pour mieux réprimer ses aspirations légitimes. Dans ce raisonnement, quand il est question d’une forme ou une autre de conflit des générations, il s’agit seulement d’éviter son isolement du reste du peuple en lutte et non pas encore d’y réaffirmer l’existence des classes sociales, comme ce sera le cas dans l’après-68. Quant à la musique elle-même, elle n’a qu’à suivre le mouvement.

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Il est vrai que cette dernière, en général et plus encore sa variante populaire, occupe une faible place dans la théorie marxiste de l’art, historiquement centrée sur la littérature. En France, la réflexion est au mieux noyée dans la dénonciation de la culture de masse issue de l’École de Francfort, mais reste en fait le plus souvent inexistante. Les écrits extrêmement sévères d’Adorno sur le jazz rencontrent apparemment aussi peu d’écho, celui-là étant même souvent érigé en modèle face à la musique pop (en 1976, l’annonce d’un festival de jazz organisé par Avant-Garde dans L’Humanité Dimanche indique : « Il y a des milliers de jeunes qui sont dévoyés par une fausse musique, la “pop”. Par rapport à elle, le jazz est anormalement méconnu [20][20] HD, 14/01/1976, p.19.. »).

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Pour trouver une réflexion plus aboutie, on peut se tourner vers le parti frère britannique. Le CPGB (Communist Party of Great Britain) comprend en son sein un Music Group qui édite un bulletin ronéoté de parution irrégulière, Music and Life, et dont les principaux membres sont, au début des années soixante, tous compositeurs classiques. Le débat sur la musique ne se limite toutefois pas à ce petit cercle. Il apparaît également de façon régulière dans Marxism Today, la revue théorique du CPGB. À l’automne 1958, un article sur la nature de la musique [21][21] Thomas Russel, « The nature of music », Marxism Today,... pose notamment la question des rapports entre musique et nation. Cet aspect est repris de manière plus substantielle dans l’édition de janvier 1959 [22][22] Katharine Thomson, « On nationality in music », Marxism.... L’auteur rappelle que Jdanov, en son temps, voulait que la musique « possède un lien organique et étroit avec le peuple et avec ses musique et chants traditionnels » [23][23] Katharine Thomson, ibid. et que c’était également la position du compositeur britannique Vaughan Williams qui, dans son ouvrage National Music paru en 1934, écrivait que « toute musique nationale doit se servir de la matière première de ses chants traditionnels. […] Le compositeur qui se veut cosmopolite échouera vis-à-vis du monde mais aussi vis-à-vis du peuple duquel il est issu. »

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La certitude de la nécessité absolue du caractère national de la musique – d’un anachronisme surprenant à la fin des années cinquante – semble partagée par les membres du Music Group (certains critiqueront même le succès du jazz en Grande-Bretagne comme celui d’une musique qui, pour être la musique folk des Noirs américains, n’est que cela et n’a pas forcément vocation à être écoutée ailleurs). Elle dépasse le cadre de la musique classique pour être appliquée à la musique populaire, ce qui conduira à la promotion des différents mouvements folk nationaux [24][24] Voir à ce sujet l’article cité ci-dessus mais aussi....

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Cette dimension nationale pourrait-elle constituer une grille de lecture éclairante des rapports entre le PCF et la musique populaire ? Va dans ce sens la création des Relais de la chanson française en 1958 (bientôt sponsorisés par Pepsi Cola !), puis la rapide acceptation apparente du yéyé, avatar national du rock’n’roll certes, mais qui très vite, pour nombre de ses artistes vedettes, se rapproche de la chanson française traditionnelle, seul lien possible, en l’absence d’une scène folk politisée comme en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, vers la chanson engagée. Répondre à cette question conduirait à étendre la réflexion au-delà de la musique rock. Car, en ce qui la concerne, la fin de la décennie positionne le débat sur une tout autre problématique.

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Projetons-nous en décembre 1969. En quelques mois, les années soixante ont vécu consécutivement ce qui est traditionnellement considéré comme leur apogée (le festival de Woodstock en août) et leur nadir (le concert des Rolling Stones à Altamont en décembre où un spectateur est tué par les Hell’s Angels en charge du service d’ordre !). Au cours des trois années précédentes, le traitement du rock par la presse communiste a connu de profonds changements. À partir de 1967, NGF retrouve une ligne éditoriale moins sensible aux dernières nouveautés musicales. Les sujets politiques et historiques redeviennent plus nombreux, et si des artistes occupent encore régulièrement la couverture, cet honneur concerne quasi exclusivement des représentants de la chanson française « classique » – Adamo, Georges Chelon ou l’omniprésent Jean Ferrat [25][25] 1967 est pourtant l’une des années charnière de l’histoire....

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En janvier 1968, NGF consacre sa couverture au « Dossier des crimes américains au Vietnam », première une politique de l’histoire du magazine (si l’on excepte un spécial URSS deux mois auparavant). Les numéros suivants respecteront cette nouvelle ligne. L’heure n’est apparemment plus à la recherche d’un lectorat nouveau à tout prix, mais à un retour à des bases idéologiques clairement identifiées. Ce mouvement se poursuivra pendant et après les événements de mai 1968 et aboutira presque logiquement en décembre 1969 à la parution du n°1 de la nouvelle série d’Avant-Garde, qui dès son numéro 3, proposera un « Spécial Lénine ». Les articles consacrés au mariage de Johnny et Sylvie semblent bien loin [26][26] En Grande-Bretagne, une évolution similaire, qui verra...!

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Au moment où la musique rock quitte les pages du magazine de la Jeunesse Communiste, elle fait par contre une entrée fracassante à la fête de L’Humanité. De 1970 à 1972, celle-ci accueillera en effet successivement Pink Floyd, Soft Machine, The Who mais aussi les groupes français (Gong, Triangle, Magma…) qui occupent à l’époque les premières places du référendum annuel de Rock & Folk, la revue rock de référence. Alors que la dénonciation de la contre-culture est vive dans les pages de la presse communiste (voir infra), le récit de ces journées de fête file souvent la comparaison avec le festival de Woodstock, que ce soit en ce qui concerne l’affluence « la pop music – tous lieux réunis 150000 personnes, enfin un Woodstock français » [27][27] Jack Ralite, in HD, 22/09/1971, p.18. Il faut noter... ou l’identité des musiciens présents [28][28] L’édition de L’Humanité du 12 août 1972 précise que.... Le but est clair – et d’ailleurs clairement énoncé à l’occasion de l’édition 1972 : « Il restera de cette fête l’étonnement de ces jeunes […] aux cheveux longs et en blue jeans, découvrant au gré des stands que les idées de fête et de débat, de lutte pour un monde plus fraternel, qu’ils avaient cru découvrir en 1968, vivaient ici grâce au communisme [29][29] L’Humanité, 11/06/1972, p.14.. » Il y a donc un changement de stratégie, ou plutôt une redéfinition des rôles : les articles les plus critiques – ou le silence journalistique – deviennent la spécialité de la presse de jeunesse (recentrée sur son noyau militant à la fois par crainte de la contamination gauchiste mais aussi pour tenter de concurrencer les efforts de théorisation dont se réclament les nouvelles organisations d’extrême-gauche), tandis que l’ouverture au plus grand nombre, à la jeunesse inorganisée, passe par les concerts de la fête de L’Humanité. Sur quelles bases la musique rock est-elle critiquée? Il est tout d’abord dit avec force que la jeunesse n’est pas – n’a jamais été – un groupe homogène et que « tout est bon à la classe dominante de ce qui peut dévoyer l’élan de la jeunesse vers une vie plus heureuse. Ainsi se sont d’un coup multipliés les discours savants sur le “conflit des générations”. La lutte des classes, explique-t-on, fait place à la bataille des jeunes (toutes classes mêlées) contre les adultes (toutes classes mêlées). Comme si on n’avait jamais vu un vieil ouvrier exploité par un jeune patron [30][30] Guy Besse, membre du Bureau Politique, France Nouvelle,... ! » Cette idée que le conflit des générations est une invention destinée à faire échouer la lutte des classes – et que la musique rock joue un rôle important dans cette stratégie, se retrouve plus ou moins explicitement dans l’ensemble des articles étudiés sur la période. On la retrouve même dans un ouvrage consacré à l’histoire du rock paru en 1972 et dont l’introduction comporte l’avertissement suivant : « À maintes reprises, nous utilisons le terme de jeunesse. Il faut entendre par là le concept employé par l’idéologie dominante pour désigner une catégorie d’âge dans le but de masquer l’existence de classes antagonistes [31][31] P. Daufouy et J.-P. Sarton : Pop music/rock, Champ.... »

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Cette dénonciation va de pair avec celle du mythe de la contre-culture. Il est vrai que, de Jerry Rubin à Theodore Roszak, ses principaux théoriciens ont un avis très tranché sur la question. C’est d’abord Roszak qui écrit que « le conflit des générations est une des constantes des affaires humaines. […] Dans tout l’Occident, ce sont les jeunes qui incarnent la seule opposition effective. Pas tous les jeunes bien sûr, peut-être ne s’agit-il que d’une minorité d’étudiants [32][32] Theodore Roszak, Vers une contre-culture, trad. de... ». C’est ensuite le fondateur du mouvement Yippie [33][33] Pour Youth International Party, soit « Parti international... qui renchérit que « la Nouvelle Gauche est sortie du pelvis ondulant d’Elvis Presley » [34][34] Jerry Rubin, Do it, traduit de l’amérikain (sic) par... et que « la révolution a commencé avec le rock » et attribue aux seuls enfants de la bourgeoisie (ceux qui avaient les moyens de consommer ces nouveaux produits culturels) le statut d’avant-garde de cette révolution. Tous deux ajoutent, pour faire bonne mesure, une critique de l’attitude des partis révolutionnaires classiques (notamment l’opposition déclarée du PCF à la révolte étudiante de mai 1968), qui ne fait que confirmer les pires soupçons de ces derniers.

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Cette identification de la contre-culture aux enfants de la classe moyenne et exclusivement à celle-ci permet de critiquer sévèrement la musique pop et le mode de vie qui y est associé sans crainte d’être incompris de la jeunesse ouvrière. Quand le PCF prenait la défense de la jeunesse contre le stéréotype du « blouson noir » amateur de rock’n’roll, ou plus tard, de celui du « casseur de la place de la Nation », il restait l’illusion que cela concernait celle-ci dans son ensemble. Ce n’est plus le cas.

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La cartographie des subcultures jeunes – entendues comme moyens de résistance à l’hégémonie de la classe dominante – dressée à peu près à la même époque par les chercheurs britanniques du Centre for Contemporary Cultural Studiesde l’Université de Birmingham aboutit à la même segmentation. Ils prennent bien soin d’analyser séparément les subcultures issues de la classe ouvrière (Rockers, Teds, Mods, Skinheads…) et le mouvement hippie (et la contre-culture en général) identifiés à la classe moyenne [35][35] La synthèse de leurs travaux, qui s’étendent sur toute.... Mais là où, dans ce dernier cas, les partis français ne voient que jeunes en mal de sensations fortes qui rentreront tôt ou tard dans le rang, les sociologues britanniques repèrent un vrai pouvoir de remise en cause de la société : « La contre-culture de la classe moyenne, ayant son origine à l’intérieur de la culture de la classe dominante, est devenue une force émergente de rupture pour la société tout entière [36][36] Op. cit., p.69.. » Au-delà de cette divergence cette étude met en lumière l’existence, à côté de la pop, de sous-genres de la musique rock, authentiquement liés à la classe ouvrière, non pas tant en raison de l’origine sociale des musiciens que de celle des auditeurs qui se reconnaissent en eux. Existence que le PCF prendra progressivement en compte quelques années plus tard.

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Mais le temps est encore à la critique. La musique pop est ainsi également dénoncée comme un symptôme de l’impasse dans laquelle se trouve la jeunesse par la faute du capitalisme mondial, comme dans ces lignes extraites de la chronique qu’Avant-Garde consacre au film Woodstock : « Ce festival est un double témoignage : témoignage sur l’ampleur de la révolte des jeunes américains, mais aussi témoignage sur ses impasses et ses ambiguïtés. […] Parce que le monde n’est pas toujours beau, on fume de “l’herbe” pour l’oublier. [Ce qui est évoqué ici] est une jeunesse qui n’arrive pas à traduire son malaise en termes politiques ou qui le fait avec tant de confusion que l’inefficacité le dispute au romantisme et que toutes les tentatives de dévoiement sont appelées à faire mouche [37][37] AG, septembre 1970, p.45.. »

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Ainsi donc, le seul message véhiculé par la musique pop a pour conséquence l’oubli de sa condition, l’évasion (chimiquement aidée ou non) vers un ailleurs éphémère qui, la dernière note évanouie, laisse désarmé face aux réalités de l’existence. C’est ce que rappelle cet autre article d’Avant-Garde qui, pour avoir été publié assez tardivement dans la décennie, résume pourtant bien des argumentations des années précédentes : « Pour le commun des spectateurs, c’est le rêve, l’oubli. Pendant plusieurs heures, bouche bée ou gesticulant frénétiquement, il va ingurgiter une telle dose de décibels et de lumières qu’il en oubliera l’ANPE ou les tracasseries lycéennes [38][38] AG, « La pop en question », novembre 1976, p.18.. » Rouge en son temps avait même été plus direct. Dans ce qui se veut une description du raisonnement des politiciens, on peut lire : « Donnons des loisirs à la jeunesse et ils nous foutront la paix. Mieux vaut encadrer et récupérer la pop que de lui taper dessus. Cela peut permettre de fabriquer de gentils abrutis, toujours préférables aux individus trop politisés [39][39] Rouge, 06/09/1971, « Du sous-vêtement à la culture.... » On ne saurait être plus clair.

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Et les Rolling Stones ? Sont-ils considérés comme partie prenante de cette entreprise de décérébration ? Quel est leur statut auprès des révolutionnaires ? Petit retour biographique avant inventaire. En 1967, Mick Jagger et Keith Richards ont été les acteurs d’un procès retentissant pour détention de drogue à l’occasion duquel une partie de l’establishment les a soutenus plus ou moins ouvertement [40][40] Le rédacteur en chef du Times, W. Rees-Mogg, signera.... Le groupe retrouve à deux reprises, et de façon autrement dramatique, la rubrique faits divers en 1969, tout d’abord au moment de la mort de son guitariste Brian Jones, puis à l’occasion du festival d’Altamont. À l’aube des années soixante-dix, la combinaison de l’aura héritée de la décennie précédente et de la démesure du show-business international lui confère une notoriété inégalée. Les tournées rivalisent d’excès et de luxe [41][41] La tournée américaine de 1972 est magistralement racontée... et la consommation de drogues de Keith Richards [42][42] C’est à peu près à cette époque que naît l’incroyable... – guitariste et co-compositeur du groupe avec Mick Jagger –, est la cause de leur éloignement de la France en cette année 1973. Comme le résume le journaliste de Rouge à l’occasion du concert de Bruxelles : « [Les Rolling Stones] ont été ceux qui ont assumé à l’extrême la contradiction de faire une musique de révolte dans le cadre bien aseptisé de l’industrie du spectacle. […] Ils ne doivent leur influence, leur pouvoir et leur fulgurance qu’au système et sur ce système ils crachent avec un dédain spectaculaire [43][43] Rouge, 26/10/1973, op. cit.. »

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L’origine de cette contradiction remonte aux débuts du groupe. Issus majoritairement de la classe moyenne, ses membres, grâce notamment à l’habileté de leur manager, Andrew Loog Oldham, revendiquent pourtant très vite le statut de révoltés de la musique rock face aux « gentils » Beatles, aux origines plus populaires : les cheveux sont un peu plus longs [44][44] Le Daily Mirror titrera en 1964 « Beatle your Rolling..., les vêtements plus bohèmes, les individualités de chacun plus marquées. Certaines de leurs chansons sont pour beaucoup dans la persistance de cette image. C’est le cas par exemple de « Street fighting man » (« le combattant de la rue »), enregistré en 1968 pour l’album Beggars Banquet, qui, à première vue, parle de révolte, voire de révolution. Il s’agit en fait d’un constat d’impuissance (à l’instar de « Revolution » [45][45] « Tu dis que tu veux une révolution. Ouais bon tu sais,... des Beatles), prônant le refuge dans la musique :

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« Le moment est venu de combattre dans la rue, mon gars, Mais qu’est ce qu’un pauvre type peut faire À part chanter dans un groupe de rock’n’roll. »

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Cet aveu d’impuissance, de renoncement face aux luttes nécessaires, couplé au mode de vie que le groupe adopte au début des années soixante-dix, avec son cortège d’excès en tous genres, aurait dû logiquement le décrédibiliser aux yeux de la presse communiste et d’extrême-gauche. Pourtant, dans leur cas, cela est toujours la faute du système, comme le rappelle cet article sur Gimme Shelter, film consacré au festival d’Altamont : « Les Stones sont la preuve qu’aucune musique nouvelle, originale, ne pourra être entendue de manière satisfaisante, tant que les moyens de production et de diffusion appartiendront aux “autres”. Gimme Shelter montre la face sombre du “divertissement” qu’est la musique pop. Il doit aider ceux qui écoutent cette musique – avec toute l’idéologie qu’on lui fait véhiculer – à tirer toutes les conclusions qui s’imposent [46][46] Eugène Vincent, « Gimme Shelter : la face sombre de.... » Il n’est donc jamais question de jeter les Rolling Stones avec l’eau du show-business.

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Tout cela nous ramène à Bruxelles en cette journée d’octobre 1973. Les lumières s’éteignent et « tout à coup l’apocalypse électrique. Ca ronfle, ça stride, ça cogne, ça gratte, ça hurle, ça râle. Dans leur forge métallique, quelques types se sont mis à moudre une musique d’enfer. La fin du monde commence. […] Mick, inaccessible, scintillant, solaire, luisant et poisseux dans la canicule artificielle des projecteurs, raffiné et canaille, avec des gestes obscènes de prostituée de luxe ou des déhanchements de pédéraste crapuleux, qui râle, bondit, bave, crie, gémit, pleure et se couche comme s’il allait mourir [47][47] HD, 31/10/1973, op. cit.. » Et l’article de décrire ensuite Keith Richards avec le même lyrisme. Rouge n’est pas en reste dans ce registre quand est décrite la fin du concert où Mick Jagger « joue le flagellant et le flagellé, […] en saupoudrant la foule de paillettes, cadeau dérisoire, mais cadeau, puis de gouttelettes d’eau avant de lui balancer un plein seau d’eau : baptême bien sûr, mais aussi j’ai chaud-tu as chaud-nous avons eu chaud ensemble et je te rafraîchis [48][48] Rouge, 26/10/1973, op. cit.. » À quel rite païen, en marge complète de la réalité, ont-ils donc été conviés? Certes tout de même pas à « un épisode de la lutte des classes à l’échelle internationale. Mais quand Jagger, haletant et seul dans l’éclat du projecteur, répète à en mourir “I can’t get no” pendant que rugissent les amplis, c’est peut-être du vieux monde inhumain et lézardé où nous sommes qu’il s’agit ».

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Soudain, la musique rock a enfin quelque chose à dire. Loin de dissimuler la réalité de la vie et d’être un agent de l’apathie instrumentalisée par la classe dominante, elle la rend visible le temps d’un riff ou d’un refrain. Ce qui sauve les Rolling Stones tient en fait en peu de mots : le groupe n’a jamais véritablement appartenu à la musique pop [49][49] « Le terme “pop” a souvent été utilisé à tort et à... (quand les Beatles chantaient « Let it be », eux rétorquaient « Let it bleed »), mais au rock. Ce rock qui a été mis à l’honneur à la Fête de L’Humanité du mois précédent avec la présence de Chuck Berry et Jerry Lee Lewis et que la musique des Kinks, qui reflète la condition des « jeunes couples de travailleurs perdus dans les rues grises des quartiers pauvres de Londres » [50][50] L’Humanité, 07/09/1974., fera résonner l’année suivante.

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Ce rock dont le retour est annoncé (« Aujourd’hui, plus que jamais, le rock renaît de ses cendres » [51][51] « Rock, le retour », AG, octobre 1975, p.20-21.) alors que la musique pop dans son ensemble continue à être critiquée dans des termes identiques à ceux du début de la décennie. Il y a là, dans les rythmes « extravagants » dont parlait Maurice Thorez, quelque chose qui peut être enfin rattaché aux luttes.

Allen Ruppersberg, The Singing Posters, 2003-2005. Collection Frac Nord-Pas de Calais. © DR. Exposition « Sound of Music », curateur Hilde Teerlinck, Maastricht, janvier – mars 2008.

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Pour étayer un peu plus cette nouvelle argumentation, il convient de rechercher dans les origines du rock’n’roll ce qu’il faut d’oppression et d’exploitation. L’origine sociale des musiciens est alors plus systématiquement mentionnée. La musique rock est aussi présentée comme une musique noire volée par les capitalistes blancs (ce qu’elle est, il est vrai, dans une certaine mesure [52][52] Les premiers tubes de Bill Haley et d’Elvis Presley...) et quand il s’agit d’évoquer les grands anciens, c’est Chuck Berry, « le roi du rock » [53][53] « Rock, le retour », AG n°60, octobre 1965, p.20-2..., qui est, dans un premier temps, mis en avant au détriment du King lui-même.

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Si le rock est donc doublement une musique de la dépossession, – celle qui la voit naître et celle qu’elle révèle au grand jour –, il est alors possible de le dissocier du courant général de la musique pop et de lui réserver un sort critique différent. Opération certes artificielle dans le contexte français [54][54] À l’inverse de la Grande-Bretagne (où les subcultures..., mais pourtant nécessaire. Cette musique, vilipendée il y a peu encore comme auxiliaire de l’entreprise de dissimulation de la réalité et de la nécessité de la lutte, devient alors un facteur de dévoilement de cette même réalité. Le discours qu’elle suscite quitte la question spécifique de la jeunesse pour être raccroché à la situation sociale. Et les Rolling Stones, dont le succès planétaire n’a pas entièrement dissipé l’aura sulfureuse et quasi-révolutionnaire, en sont, à ce moment précis, les médiateurs les plus efficaces. Pourtant, quand le groupe revient en France en 1976, l’accueil est beaucoup plus mitigé. Si Rouge et L’Humanité Dimanche dénoncent surtout l’encadrement policier des concerts, les commentaires recentrent à nouveau le débat sur l’argent du show-business : « Aimer les Stones? Les détester? Le problème est ailleurs. Aimés ou détestés, ça va très bien pour eux merci. […] On ne sait plus très bien ce qu’il y a encore de vrai dans les révoltes des cinq petits garçons de Londres, étouffés aujourd’hui entre des matelas de livres sterling [55][55] « Stones. La provocation », HD, 26/05/1976, p.31-35..... »

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Le rock considéré comme reflet de la réalité aurait-il déjà vécu ? Bien au contraire. Cette tâche a simplement été réassignée à l’émergente scène rock française, souvent d’origine populaire, qui a apparemment déjà – et aura de plus en plus – une plus grande légitimité dans ce domaine : « Le renouveau du rock français colle avec cette France qui bascule dans la crise. […] Le rock prête sa voix aux oppressions muettes de la ville, aux jeunes à qui le régime oblitère le futur [56][56] HD, 22/05/1979, p.2.. » En cette fin de décennie, la reconnaissance du rock’n’roll et de ses descendants directs comme mode d’expression de la jeunesse ouvrière ne souffre plus d’objection.

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Deux ans auparavant, le traitement journalistique de la mort d’Elvis Presley permettait déjà de mesurer le chemin parcouru. Lui dont « [le] père est ouvrier agricole, [la] mère ouvrière du textile [et qui] sera lui-même ouvreur, ouvrier, conducteur de camions », est dépeint à cette occasion comme celui qui, dès ses débuts à Memphis, « permet d’extérioriser une révolte profonde de toute une jeunesse américaine ». Et l’article de conclure que « [le rock] est aujourd’hui une musique classique (au bon sens du terme). Et qu’il soit “hard” ou “punk”, c’est le même rythme qu’Elvis avait dans les hanches [57][57] « Elvis est mort, vive le rock! », AG, septembre 1.... » Ce rythme que les Rolling Stones, malgré toutes leurs contradictions, n’auront jamais autant incarné, aux yeux des camarades, qu’un certain jour d’octobre 1973. Dans les années soixante-dix, au mépris de la géographie la plus élémentaire, la route de Memphis passait par Bruxelles.

Notes

[1]

Hebdomadaire de la LCR.

[2]

Eugène Vincent, « Les Stones à Bruxelles », Rouge, 26/10/1973 ; Claude Cabanes, « Le Rolling Stones Circus », Humanité Dimanche (HD), 31/10/1973, p.4 et 5.

[3]

HD, ibid.

[4]

HD, ibid.

[5]

Cet article étudie plus particulièrement la question du point de vue du Parti communiste, ce qui n’exclut pas les références à d’autres organisations, notamment la LCR.

[6]

Même si la chanson française reste le style musical préféré des jeunes – et le restera d’ailleurs jusqu’au début des années 80 (voir les enquêtes sur les pratiques culturelles des Français réalisées par le Secrétariat d’État à la Culture en 1973 et 1981).

[7]

André Thomazo, membre du Bureau Politique de la JC, « Rock and Roll! », L’Avant-Garde, 11/10/1961, p.6-7.

[8]

Maurice Thorez, « Que vaut la jeunesse d’aujourd’hui? », L’Avant-Garde, 18/09/1958, p.10-15.

[9]

Phrases qui ne devaient tout de même pas aller de soi puisqu’en une occasion elles seront présentées de la façon suivante : « Les lignes que vous venez de lire, […] peut-être surprendrai-je quelques-uns en disant qui les a écrites. […] Eh bien, c’est Maurice Thorez. » in Robert Lechêne, « De mon temps », NGF, février 1964, p.7.

[10]

L’éditorial du n°1 est d’ailleurs titré « Salut, les garçons et les filles ».

[11]

« Les méga-Stones », NGF, juillet 1966, p.31-35.

[12]

Respectivement NGF, avril 1964, décembre 1964 et février 1965.

[13]

Claude Kroès, « Le tango du temps des h.l.m. », NGF, janvier 1965, p.30-31.

[14]

NGF, ibid.

[15]

Robert Lechêne, « Un journal est né », HD, 21/04/1963, p.2.

[16]

Deux ans plus tard, à l’occasion du mariage de Johnny et Sylvie, la publication par NGF d’une photo de Johnny Hallyday en uniforme déclenchera un chœur de protestations parmi les lecteurs.

[17]

Robert Lechêne, « A qui profite la casse de la Nation? », HD, 30/06/1963, p.3, et « Le traquenard de la Nation », NGF, juillet-août 1963, p.7.

[18]

HD, 30/06/1963, op. cit.

[19]

« Des idoles à la chaîne. Plus ça “chauffe”, plus les affaires sont bonnes », HD, 6/10/1963, p.10-11.

[20]

HD, 14/01/1976, p.19.

[21]

Thomas Russel, « The nature of music », Marxism Today, septembre 1958, p.268-272.

[22]

Katharine Thomson, « On nationality in music », Marxism Today, janvier 1959, p.27-28.

[23]

Katharine Thomson, ibid.

[24]

Voir à ce sujet l’article cité ci-dessus mais aussi David Laing, The Marxist Theory of Art, Harvester Press, Sussex, 1978, p.117-118.

[25]

1967 est pourtant l’une des années charnière de l’histoire de la musique rock, avec la parution du « Sergeant Pepper’s » des Beatles, mais aussi les premiers albums de Pink Floyd, des Doors et du Velvet Underground. Elle marque aussi la naissance médiatique du mouvement hippie grâce au Summer of Love de San Francisco et au festival de Monterey, et plus généralement l’avènement de la musique pop, qui s’éloigne encore un peu plus du rock’n’roll des origines.

[26]

En Grande-Bretagne, une évolution similaire, qui verra les trendies (ceux qui suivent la mode) de la Young Communist League devoir faire des concessions aux tankies (les tenants d’une ligne dure, en référence à la répression du printemps de Prague par les tanks soviétiques), touchera le magazine Challenge à peu près à la même époque.

[27]

Jack Ralite, in HD, 22/09/1971, p.18. Il faut noter que les déboires répétés des festivals français de l’été 1970, de changement de lieu en interdiction pure et simple, étaient encore présents dans les mémoires.

[28]

L’édition de L’Humanité du 12 août 1972 précise que The Who et Country Joe McDonald, présents à la fête le mois suivant, se retrouveront pour la troisième fois sur une même scène, après Monterey et Woodstock.

[29]

L’Humanité, 11/06/1972, p.14.

[30]

Guy Besse, membre du Bureau Politique, France Nouvelle, 15/10/1969, p.5.

[31]

P. Daufouy et J.-P. Sarton : Pop music/rock, Champ Libre, Paris, 1972, page 9.

[32]

Theodore Roszak, Vers une contre-culture, trad. de l’américain par Claude Elsen, Stock, Paris, 1970, p.14-15.

[33]

Pour Youth International Party, soit « Parti international de la jeunesse » mais aussi « Fête internationale de la jeunesse ».

[34]

Jerry Rubin, Do it, traduit de l’amérikain (sic) par le gang Yippie de Paris, Combats, Seuil, Paris, 1970, p.17.

[35]

La synthèse de leurs travaux, qui s’étendent sur toute la décennie, a été publiée dans J. Clarke, S. Hall, T. Jefferson, B. Roberts « Subcultures, cultures and class », in Resistance through rituals, sous la direction de Stuart Hall et Tony Jefferson, WPCS, Hutchinson, 1976, p.9-81.

[36]

Op. cit., p.69.

[37]

AG, septembre 1970, p.45.

[38]

AG, « La pop en question », novembre 1976, p.18.

[39]

Rouge, 06/09/1971, « Du sous-vêtement à la culture ».

[40]

Le rédacteur en chef du Times, W. Rees-Mogg, signera même, le 1er juillet 1967, un éditorial célèbre « Who breaks a butterfly on a wheel », dénonçant la trop grande sévérité de la condamnation prononcée.

[41]

La tournée américaine de 1972 est magistralement racontée par R. Greenfield, STP. A journey through America with the Rolling Stones, nv. éd., Da Capo, Cambridge, 2002.

[42]

C’est à peu près à cette époque que naît l’incroyable rumeur qui veut qu’il se rende tous les ans dans une clinique

suisse pour se faire remplacer son sang anémié par les excès.

[43]

Rouge, 26/10/1973, op. cit.

[44]

Le Daily Mirror titrera en 1964 « Beatle your Rolling Stone hair » pour relater l’histoire de lycéens sommés par leur professeur de revenir à une coupe de cheveux plus proche de celle des Beatles, càd relativement plus correcte. Cette image de rebelle est encore d’actualité, puisque pour de nombreux fans – mais aussi pour Keith Richards, l’anoblissement récent de Mick Jagger par Elisabeth II a constitué un véritable choc.

[45]

« Tu dis que tu veux une révolution. Ouais bon tu sais, on veut tous changer le monde ».

[46]

Eugène Vincent, « Gimme Shelter : la face sombre de la pop music », Rouge, 25/09/1971, p.11. Rendant compte du même film, Avant-Garde qualifie les Stones de « sublimes » et Mick Jagger « d’incandescent » in AG, octobre 1971, p.45.

[47]

HD, 31/10/1973, op. cit.

[48]

Rouge, 26/10/1973, op. cit.

[49]

« Le terme “pop” a souvent été utilisé à tort et à travers. C’est particulièrement vrai en France, où, pendant presque une décennie (de la fin des années 60 au milieu des années 70), toute espèce de musique rock a été affublée de l’étiquette générique “pop music” », in Dictionnaire du rock, sous la dir. de Michka Assayas, Robert Laffont, Paris, 2000, p.1412.

[50]

L’Humanité, 07/09/1974.

[51]

« Rock, le retour », AG, octobre 1975, p.20-21.

[52]

Les premiers tubes de Bill Haley et d’Elvis Presley ont presque tous été écrits par des artistes noirs dont les versions originales étaient jugées trop suggestives et qui, du fait de la ségrégation, n’étaient pas diffusées sur les radios « blanches ».

[53]

« Rock, le retour », AG n°60, octobre 1965, p.20-21.

[54]

À l’inverse de la Grande-Bretagne (où les subcultures ouvrières font presque toutes référence à une musique plus proche du rock que de la pop), il est plus difficile d’identifier des sous-cultures au sein de la jeunesse ouvrière française de la décennie. Par ailleurs l’écoute du rock ne peut être assignée à une classe sociale précise (voir l’inventaire à la Prévert des spectateurs du concert de Bruxelles).

[55]

« Stones. La provocation », HD, 26/05/1976, p.31-35. À noter que l’article comporte quatre pages de photos pour une de texte, ce qui relativise la critique du vedettariat. Cet article suscitera un abondant courrier des lecteurs qui sera publié avec un souci apparent d’équilibre pro/anti Stones.

[56]

HD, 22/05/1979, p.2.

[57]

« Elvis est mort, vive le rock! », AG, septembre 1977.