La nouvelle chair à canon : la créativité périphérique prise dans l'étau de la lutte des élites

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La nouvelle chair à canon : la créativité périphérique prise dans l'étau de la lutte des élites

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RADA IVEKOVIC : Au colloque auquel tu as participé, certains avaient voulu maintenir la distinction classique, mais encore utile, entre terreur (d?État) et terrorisme en réponse à celle-ci, les deux faisant système. Le langage politique journalistique a été fortement influencé par un brouillage sémantique et par l'aplatissement historique, de sorte que certains finissent par utiliser le seul terme de « terreur » indistinctement, ce qui a pour effet d?ignorer la terreur d?État. À la « terreur » ainsi créée répond alors la « guerre contre la terreur », justifiée comme guerre juste a priori par le plus fort (d?où les relents d?impérialisme attribués aux États-Unis). Les terroristes, ce sont les autres. S?impose alors d?analyser le rapport entre la guerre et le « terrorisme », ce que certaines présentations au colloque avaient tenté. S?impose aussi la question de la traduction, ainsi que du rôle du langage dans la perception et l'analyse de ces phénomènes. Je rappelle à ce propos que tu fus à tes débuts de ceux qui, en ancienne Yougoslavie, avaient étudié et critiqué le discours politique officiel et produit ainsi une torsion qui permettait une ouverture. Finalement, notre débat sur le terrorisme a bien eu lieu dans l'après 11 septembre 2001 ; c?est à partir de là que, selon plusieurs analyses, non seulement les proportions et l'échelle dans cet ensemble terreur/terrorisme ont changé, tout en renvoyant à de nouvelles guerres impériales et à l'internationalité de la mondialisation, mais encore toute la qualité du contexte socio-politico-historique. Simultanément, on entrevoit, avec la stagnation ou la récession économique, la fin de l'ère de la suprématie étatsunienne planétaire, même si elle peut encore faire beaucoup de dégâts. Or, c?est sans doute à cette dernière que correspondaient les attaques spectaculaires dont on a parlé. C?est la traduction de la terreur qui désormais va nous intéresser, dans les assemblages qui sont transétatiques et n?ont pas de limites territoriales ou même strictement idéologiques. Tu définis la terreur comme une verwandelte Form des contradictions du capitalisme. Cela voudrait-il dire que, dans cette phase du capitalisme qui fait apparaître plus que jamais ses contradictions, la terreur serait inévitable et serait finalement l'autre face de la mondialisation ?

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RASTKO MOCNIK : Rien de ce qui touche les hommes n?est inévitable ; toutes les choses humaines sont également susceptibles d?être autrement qu?elles ne sont. L?approche par die verwandelte Form, « la forme altérée » [1][1] Joseph Roy traduit die Verwandlung par « la conversion » :..., peut paraître précieuse : cette catégorie que Marx ne conceptualise qu?implicitement ouvre une voie vers l'analyse des articulations entre des processus hétérogènes et des effets qui proviennent de leur interaction. Elle s?impose à propos du « terrorisme » qui paraît être une condensation décalée des contradictions fondamentales du capitalisme contemporain. Les jeunes idéalistes qui se font exploser pour combattre la domination exploitatrice de l'Occident impie vont à la lutte entre des élites périphériques pour la position des serviteurs compradores.

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Chez Marx, le profit est die verwandelte Form de la plus-value, le prix est la forme altérée de la valeur, le salaire est la forme en laquelle se convertit, dans la circulation, ce qui est, au niveau de la production, la valeur de la force de travail. Ce concept marxien désigne donc une relation non symétrique entre les inscriptions d?un « même » élément dans des registres aux logiques hétérogènes et dont l'un détermine l'autre. La logique de la production capitaliste détermine la valeur d?un produit selon la quantité de travail abstrait investi en lui ? tandis que la logique de la circulation assigne des profits aux capitaux selon leurs quantités investies dans un cycle de valorisation du capital. Cette hétérogénéité des logiques interdit que le rapport plus-value/profit ou valeur/prix soit celui de représentation ou de simple transformation.

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Le problème structurel de la double inscription des éléments dans la production et la circulation [2][2] Le « problème de la transformation des valeurs en prix »:... ne peut être théoriquement résolu qu?à travers son insertion dans la problématique historique de la lutte des classes et des formes particulières de l'existence historique des classes qui en découlent ? le taux général de profit, par exemple, étant dans cette perspective l'existence matérielle de la solidarité de la classe capitaliste.

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Le concept de la forme altérée revêt une importance stratégique pour la théorie matérialiste, car il confronte la pratique théorique à son extérieur spécifique, c?est-à-dire à l'idéologie de la classe capitaliste. Dans la conceptualité théorique marxienne, les produits sont saisis comme des produits de travail ? dans l'idéologie spontanée capitaliste ils figurent comme des produits du capital. Ici, la théorie matérialiste confronte, en elle-même et comme problème théorique, le choc historique travail/capital dont elle est elle-même un effet non nécessaire.

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R. IVEKOVIC : Les nouvelles formes de terreur (autrefois terreur d?État, mais maintenant dépassant celui-ci), issues des nouveaux modes de production mais aussi des nouvelles formes transnationales et transétatiques qui fonctionnent en réseaux polycentrés multiples et coordonnés mais irréductibles les uns aux autres, vont se traduire néanmoins en de nouvelles formes de résistance, de terrorisme, nées en leur sein. Le discours sécuritaire de nos gouvernants traduit cela en instrumentalisant la panique. Cela se passe par-delà les formes de travail et les modes de production, y compris dans des « poches » socio-économiques particulières insérées comme exception dans le nouveau capitalisme.

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R. MOCNIK : Le concept de la forme altérée m?a justement paru productif pour l'explication de ce que l'idéologie dominante appelle « terrorisme ».

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D?abord intuitivement : c?est une stratégie militaire mais dont le succès se décide dans la sphère idéologique ; c?est un type d?action qui délie les rapports sociaux dans le présent ? mais en vue de sanctifier les rapports à venir ; c?est un acte qui se pose en exemple de sacrifice et de pureté ?mais qui existe comme tuerie non-discriminatoire. Il faut se garder de l'horizon de la « guerre contre le terrorisme » qui se prétend « sainte » ou du moins indiscutable. L?approche devient moralisatrice, se transforme en apologie de l'un ou l'autre des terrorismes existants : terrorisme high-tech de la coalition euroatlantique ou terrorismes artisanaux de certaines résistances locales.

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R. IVEKOVIC : Je me méfierais du concept trop rapide de « coalition euroatlantique », même si une telle dimension existe certainement surtout face au reste du monde (Est/Sud). C?est en faire un tout conceptuel qui me semble aplatir la grande complexité des rapports de force internationaux. Il est curieux que tu reprennes positivement (sous l'angle de l'intégration souhaitée) un concept très galvaudé dans les pays de l'ex-Yougoslavie et de l'ancienne URSS. La coalition euroatlantique devient pour toi négative. Assimiler le côté atlantiste et le côté européen me paraît alors très unidimensionnel et ne prenant en compte que la critique du capitalisme. Des pays du Pacte de Varsovie et la Slovénie elle-même ont voulu rejoindre et l'Europe et l'OTAN qui, vus de loin sont peut-être la même chose, mais vus de près pourraient ne pas l'être du tout dans leurs projets et ne le sont pas selon tous les points de vue. (Je ne nie ni le manque de projet politique européen, ni la toile de fond capitaliste des deux.) Tout « terrorisme » n?est-il pas désigné, nommé à partir d?une position d?État ou de la « communauté internationale » ? Même si, désormais, l'État lui-même est dépassé par les rassemblements transétatiques et transfrontaliers.

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R. MOCNIK : Évidemment, puisque passent pour « terroristes » des violences qui ne sont pas référables à un appareil étatique. Les résistances « terroristes » combattent un impérialisme anachronique avec un projet encore plus atavique imposé par des élites qui pourraient tout aussi bien collaborer avec les grandes puissances du monde [3][3] Samir Amin, Modernité, religion et démocratie. Critique.... Les impérialismes euroatlantiques défaillants essaient de gérer le monde sur les registres économique et juridique. Mais alors que la gestion économique possède ses cadres institutionnels, il n?y en a pas, à proprement parler, pour le registre juridique. Le mode d?opération de l'idéologie juridique est déplacé vers son extérieur spécifique moral ? et son champ oscille entre l'intervention militaire prétendue « justifiée » et la politique de la reconnaissance, décidée selon des considérations stratégiques et les rapports de force, et seulement sanctionnée juridiquement.

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J?ai donc d?abord essayé de concevoir le « terrorisme » comme la limite de la politique libérale de reconnaissance [4][4] Charles Taylor : « The Politics of recognition », in :.... La logique est la même : on traduit des processus sociaux conflictuels en des états culturels homéostatiques. Là où on n?arrive pas à résorber la conflictualité en des différences tolérables sous le mode multiculturaliste, on formule la revendication de reconnaissance. Pour l'obtenir, on a besoin d?un dispositif universaliste qui comporte un appareil de domination capable d?en fournir la sanction. On refuse alors de se soumettre à la domination ? mais on garde le dispositif idéologique universaliste. C?est précisément ce que fait la coalition euroatlantique. La politique de la reconnaissance n?est pas le terme où arrêter l'analyse.

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R. IVEKOVIC : Pour le « terrorisme » il faut certes la démocratie qui permet d?articuler (par ce que l'on considère en général, au contraire, comme inarticulé et non politique) ce que les « terroristes » voient comme son insuffisance.

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Le terrorisme n?est pas possible en totalitarisme, car il a besoin d?un minimum d?espace public ; c?est certainement pourquoi le capitalisme le reproduit. Mais il me semble qu?il y a une très grande distance entre ce constat possible et ce que tu sembles affirmer, à savoir que le capitalisme serait le seul berceau du terrorisme/terreur. Il faudrait pour bien le comprendre revenir aux définitions (philosophiquement inconfortables?) de la violence?Dans quelle direction faut-il donc, selon toi, poursuivre l'analyse?

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R. MOCNIK : Prenons les actes dits terroristes qui déclarent combattre la domination euroatlantique. Ils luttent contre une domination qui n?est plus une hégémonie, car les dominés ne la perçoivent pas comme étant dans leur intérêt. Actuellement, la coalition euroatlantique exerce une suprématie militaire et de moins en moins politique, qui n?est pas perçue par les dominés comme étant dans leur intérêt. Pourquoi alors la résistance s?articule-t-elle en des termes culturalistes et non plus en des termes politiques ? comme c?était le cas dans le mouvement des non-alignés ou dans les révolutions anti-coloniales et socialistes ? Selon mon hypothèse, c?est le résultat de la coïncidence de deux processus historiques ? idéologique et socio-économique.

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La politique de la reconnaissance et sa limite, le terrorisme, s?appuient sur un dispositif juridico-culturaliste. La composante juridique s?y réduit à ce « petit supplément d?idéologie morale » constitutif de l'efficacité des appareils juridiques et de leur prise sur des « idéologies pratiques » [5][5] cf. Louis Althusser, Sur la reproduction, PUF, Paris,.... L?agression contre l'Irak était illégale, mais « justifiée » (par un mensonge). Guantanamo est illégal selon tous les systèmes juridiques, y compris celui des États-Unis ; les maîtres de la « guerre contre le terrorisme » justifient son existence par des discours parareligieux universalistes. Peu importe alors si le prétexte est fourni par quelque monothéisme (comme dans les discours du président Bush) ou par l'humanisme progressiste des Lumières européennes (comme dans le discours du président Sarkozy [6][6] Allocution de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République,...). Ces idéologies dominent par un type de cohésion sociale historiquement nouveau : celui des communautés identitaires qui, par définition, sont hiérarchisées, oppressives, et exploitantes.

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R. IVEKOVIC : Ceci pour le processus idéologique ; qu?en est-il de l'autre processus ? Nous devons arriver à la terreur et au terrorisme. L?Europe de l'Est et l'Europe balkanique ne fournissent pas la meilleure perspective pour en parler, bien qu?Artemy Magun revendique pour la Russie l'invention du terrorisme.

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R. MOCNIK : Le second processus est plus complexe. Il y a saturation de la logique du capitalisme industriel. Dans les Grundrisse? Marx envisage l'hypothèse de l'auto-liquidation du capitalisme. Le développement technologique diminue progressivement la part de travail vivant. Comme celui-ci est la seule source de la plus-value, un tel développement, pourtant exigé par la logique même de l'accumulation capitaliste, retire au capital la base même de son auto-valorisation. La contradiction entre le caractère social de la production et l'appropriation privée du produit y est poussée à son comble. L?organisation du travail et l'organisation sociale elle-même deviennent aujourd?hui un facteur décisif de la productivité. Nous l'appelons gouvernance ; dans la terminologie marxienne, on dirait que les rapports de production deviennent eux-mêmes des forces productives.

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Dans cette anticipation assez perspicace Marx cependant n?envisageait pas la possibilité de la privatisation du social. Or, c?est précisément ce qui se passe aujourd?hui : les privatisations des services publics, l'imposition du marché comme le mode exclusif du rapport social. Les intellectual property rights et des régulations analogues privatisent le general intellect. Mais ce ne sont plus des mécanismes purement « économiques », ils sont soutenus par des régulations juridiques. Le profit qui revient de ces « droits » résulte du monopole sur une ressource rare garanti par une contrainte extra-économique. Le revenu capitaliste contemporain, c?est donc la rente. CarloVercellone [7][7] Carlo Vercellone (sous la dir. de), Sommes-nous sortis... soutient la thèse du devenir-rente du profit dans le capitalisme post-industriel.

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La privatisation du social (on parle de nouvelles clôtures, enclosures, par analogie avec l'appropriation des terres communes au XVIe siècle) force les nouvelles classes productives à devenir source de la plus-value.

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Ce qui poussait, dans le capitalisme industriel, les masses laborieuses sur le marché du travail et donc à contracter leur soumission à l'exploitation capitaliste, c?était leur séparation ? Trennung ? des moyens de production, tant matériels (outils, machines, etc.) qu?intellectuels (compétences relevant de la maîtrise du processus de production dans son ensemble). Or les luttes des classes du XXe siècle, tant dans leur variante réformiste au centre du système capitaliste mondial que dans celles du socialisme réel à la périphérie, avaient, surtout par la scolarisation de masse, largement brisé la séparation qui interdisait aux travailleurs l'accès aux moyens de production intellectuels.

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R. IVEKOVIC : Nous sommes certainement en retard d?une révolution épistémologique ; mais le capitalisme a été lui-même exporté dans le monde à partir de l'Europe qui s?est nourrie de l'exploitation des colonies pour accumuler son capital. Y a-t-il moyen de traduire cette prise en considération du capital en une perspective, lecture et analyse par tout ce qui s?y soustrait?

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R. MOCNIK : Avec la grande transformation en cours qui instaure la production cognitive dans une position hégémonique [8][8] Karl Marx, Introduction à la critique de l'économie..., la survie du capitalisme dépend de la capacité du capital à « capter » les porteurs du travail cognitif. L?appropriation des potentiels intellectuels de la production par les masses est bien la condition structurelle de leur émergence historique. C?est justement par ces régulations extra-économiques « rentières » que le capital contraint les porteurs des capacités cognitives, les agents de la nouvelle production hégémonique, à se présenter sur « le marché du travail » et à y souscrire le contrat de soumission qui les intègre aux processus de l'exploitation.

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R. IVEKOVIC : On est encore loin d?une explication du « terrorisme ». Tu sembles suggérer que les « terroristes » désignés le sont forcément selon des critères uniquement liés à la production. Pour les migrants, on peut souvent, bien que pas toujours, l'entendre ainsi. Certains, comme les « musulmans/islamistes » semblent devenir « terroristes » indépendamment de cela, indépendamment de toute division du travail ou organisation de la production.

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R. MOCNIK : À la limite, on pourrait bien expliquer le terrorisme euroatlantique (l'occupation de l'Afghanistan, de l'Irak, la guerre contre le peuple palestinien, le bombardement par l'OTAN de ce qui restait de la fédération yougoslave, etc.) par la logique économique du capitalisme occidental défaillant.

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On peut présenter les grandes lignes de ces articulations à l'aide de la problématique de la « composition de classe » élaborée par l'opéraïsme italien [9][9] Cette problématique était produite avec une grande....

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L?expression « composition de classe » a été forgée par analogie avec le concept marxien de la « composition organique du capital » [10][10] Par le concept de la « composition organique du capital »... : or, le concept marxien vise à saisir comment la soumission structurelle de l'ouvrier comme force de travail et donc comme capital variable à la domination du capital, est elle-même surdéterminée par la logique historique du capital qui est la révolution technique permanente et donc autodestructive. Si on réintroduit, dans la problématique opéraïste, cette tension entre structure et histoire, on obtient le schéma suivant :

  • à une composition technique de la force de travail historiquement donnée répond une certaine composition politique de la classe ouvrière historiquement produite par la lutte de classe ;

  • la composition de classe de la classe ouvrière est le résultat des luttes sous des conditions historiques déterminées, en première instance, par le mode particulier de la domination du capital cristallisé en la composition technique de la force de travail ;

  • par conséquent, la composition technique de la force de travail, c?est la réponse de la classe capitaliste à la composition de classe de la classe ouvrière historiquement précédente.

Le prolétariat aurait donc toujours de l'avance ? à condition de réussir la composition politique de classe. Justement, ce n?est plus le cas aujourd?hui.

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Cet enchaînement transparaît de l'histoire des luttes de classes au XXe siècle. Le « fordisme », avec la chaîne de montage etc., était introduit pour briser les syndicats, pour empêcher l'organisation de la classe ouvrière, pour la déqualifier, etc. [11][11] cf. Maria Turchetto, « Fordismo e postfordismo. Qualche... Or, dans le cadre de la composition technique de la force de travail fordiste, les ouvriers ont su trouver des réponses historiques et inventer une composition de classe qui était capable d?établir l'état social du XXe siècle. Les acquis de l'état social étaient alors idéologiquement conçus comme le « salaire social », c?est-à-dire comme les conditions a priori sous lesquelles seulement on peut contracter tout contrat de travail concret possible. C?est contre cette composition de classe de la classe ouvrière « fordiste » que se fait actuellement la destruction de l'état social. Dans la situation actuelle, les arrangements de l'état social sont idéologiquement conçus comme la « rente sociale », comme des privilèges qui proviennent de la contrainte juridique et donc extra-économique doublement nocifs à l'accumulation du capital : ils soustraient une partie de la valeur produite de la valorisation capitaliste ; et ils interdisent au capital d?entrer dans des domaines où il pourrait réaliser de vastes profits (santé, éducation, services publics). La lutte politique prend alors la forme de la bataille des rentes : contre la rente sociale, la renteprofit. L?imposition du marché comme modèle exclusif de la coordination des activités sociales pulvérise les champs sociaux, sépare les individus des conditions sociales de leur existence. Dans le cadre de l'État social, les formes de socialité alternatives au marché étaient, pour une grande partie, étatisées (par exemple, sous forme de services publics). Elles étaient donc gérées collectivement aumoyen des processus politiques, et par la médiation de la sphère politique (de la sphère de la liberté et de l'égalité formelles, « abstraites ») instaurée par la révolution française. La marchandisation généralisée subvertit la sphère politique, anéantit la possibilité des processus politiques et délie les rapports sociaux. Le supplément de socialité pour ce qui est perdu est actuellement fourni par les mécanismes de l'identité; les identités ont toujours besoin d?être reconnues, c?est-à-dire d?être sanctionnées par un dispositif protojuridique universaliste, comme les droits de l'homme, la tolérance, le dialogue interculturel, interreligieux, etc. L?effet majeur des mécanismes de dépolitisation, c?est d?empêcher d?avance la recomposition politique des classes exploitées.

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R. IVEKOVIC : Il y a des airs de « L?Empire contre-attaque » dans le rapport qui existe entre le « terrorisme » tout provoqué qu?il est, et l'histoire coloniale. Les attentats identitaires « islamistes » sont en proportion de l'humiliation historique subie (alors que l'islam en tant que fantasme remplace pratiquement le communisme de l'époque de la guerre froide). Peter Sloterdijk[12][12] Sloterdijk, Si l'Europe s?éveille, Mille et Une Nuits,... par exemple se pose la question de savoir si l'Europe saura se construire ? quand elle se réveillera ? autrement qu?en empire ? Cela pourrait se passer autrement ailleurs qu?en Occident, et l'on pourrait jeter un autre regard sur l'histoire de la terreur et du terrorisme, par exemple comme spécificité européenne, puis occidentale, exportée de par le monde. Exportée aussi par et avec l'histoire du travail et le mode capitaliste, bien sûr.

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R. MOCNIK : Je disais que c?est ainsi que les choses se passent au centre du système capitaliste mondial. À la périphérie, cependant, la situation est différente, et les « mêmes » processus y prennent une allure différente. À la périphérie, le capitalisme est majoritairement industriel, et donc structurellement subordonné au capitalisme cognitif implanté au centre. (Il faut de moins en moins entendre l'opposition centre/périphérie en des termes spatiaux ; il faut la concevoir en des termes structurels, à l'intérieur d?un même ensemble ; la périphérie, ce sont aussi bien les Balkans que les banlieues en France : les banlieues étaient de nature « industrielle » ? mais il n?y a plus assez d?industrie pour les « résorber ».) Il faudra peut-être bientôt parler de la « balkanisation » généralisée du capitalisme : la carte du monde ressemblera à un patchwork aux taches multicolores des divers modes de production capitaliste appartenant aux diverses « époques » historiques.

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R. IVEKOVIC : Seulement, aujourd?hui, le centre du capitalisme cognitif n?est certainement pas en Europe, mi même aux États-Unis ni de manière générale en Occident ? il est en Asie, où le capitalisme n?est plus majoritairement industriel. Le centre est à la périphérie. Peut-on alors continuer à utiliser toujours la même grille cognitive ? N?est-elle pas périmée, et une révolution épistémologique ne s?impose-t-elle pas ? Or, tu utilises les mêmes catégories, ton point de départ est toujours le travail.

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R. MOCNIK: À la périphérie, donc, les processus capitalistes en tant qu?ils restent surtout industriels, sont beaucoup moins « socialisés », c?est-à-dire qu?il y reste assez de place pour des formes de socialité non-marchande et insoumise à la hiérarchisation industrielle, et même aux processus productifs « pré-capitalistes ». Dans ces conditions, les constructions identitaires promues par les appareils idéologiques de la culture néo-libérale mondiale (Hollywood, MTV, etc.) et par des partis intéressés locaux voient leur succès est lié surtout à la ré-articulation de l'État nation ; les constructions identitaires y détruisent elles-mêmes des socialités en place, coupent les individus de leurs conditions sociales. Pour soutenir les restructurations identitaires actuelles, les anciens monothéismes universalistes s?avèrent encore fonctionnels. Ils sont capables de justifier n?importe quel système d?oppression-exploitation parce qu?ils ne se réfèrent à aucun système en particulier.

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Les spécialistes de la production idéologique saisissent dans ces processus l'opportunité de s?accaparer le pouvoir étatique par une surenchère d?orthodoxie et de radicalisme qui mène éventuellement à la violence dite terroriste. Le fait particulièrement dramatique consiste en ceci que le trait qui fonde l'attraction de l'idéologie identitaire pour ses novices, sa plasticité abstraite, est le même que celui qui qualifie une certaine élite à prétendre au pouvoir : justement cette élite qui n?hésite pas à envoyer ses recrues commettre des actes violents.

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R. IVEKOVIC : Tu distingues entre le capitalisme industriel classique et les nouvelles formes de capitalisme, pour comprendre les nouvelles formes de terreur et de « terrorisme ». Peux-tu élaborer un peu ?

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R. MOCNIK : Ce qui se passe actuellement, l'offensive néo-libérale et ses effets, y compris le « terrorisme », provient de la défaite de la première révolution postindustrielle, celle de 1968. La jeunesse des années soixante, celle qui avait profité des acquis des luttes de la génération précédente et qui s?était réappropriée les potentiels intellectuels de la production, s?attaquait, comme le note l'économiste Daniel Cohen [13][13] Daniel Cohen, Trois leçons sur la société post-industrielle,..., aux trois piliers institutionnels du fordisme : l'usine, l'école, la famille. Comme la révolte avait bien secoué ces institutions, mais n?avait pas proposé d?alternative, c?est le capitalisme postfordiste qui a imposé les nouvelles articulations :

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? L?usine et le contrat de travail permanent sont remplacés par l'introduction du marché dans le processus de production jadis continu et intégré (outsourcing, subcontracting) et par la précarité.

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? Au lieu de la scolarisation publique pour tous on nous impose le life-long learning ; on privatise le système scolaire, on constitue un monopole rentier sur le savoir. Or, toute rente produit une rareté factice du bien monopolisé : nul n?aura jamais assez de savoir pour faire ce qu?il fait ; s?ensuit une double dépendance : du patron et des monopolistes du savoir.

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?Enfin, à la famille libérale et permissive des années soixante-dix se substitue une famille « re-traditionalisée » et qui appuie son pouvoir gérontocratique sur les appareils idéologiques ajournés ou post-modernes : la famille contemporaine fait appel aux églises, aux professionnels de la direction de conscience, aux entrepreneurs des identités.

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R. IVEKOVIC : En effet, les différentes formes de « terrorisme » sont aujourd?hui souvent liées à la revendication d?identité, plutôt que de liberté ou d?émancipation. Et ce sont maintenant apparemment les projets identitaires et particularistes qui sont porteurs de revendications de justice.

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R. MOCNIK : C?est justement ce moment de l'identité qui trahit la complicité des politiques néo-libérales et des actes « terroristes ». Les identités sont un nouveau mécanisme de domination. La construction politico-juridique précédente, celle de la nation, était mise en place pour combattre la radicalisation des revendications révolutionnaires, pour les retenir au niveau de l'émancipation politique sans suivre leur logique vers une émancipation sociale. De même, l'idéologie « nationaliste », c?est-à-dire identitaire des années quatre-vingt-dix avait diverti la révolte populaire contre des systèmes oppressifs du socialisme réel ? et l'avait empêchée de poursuivre, dans le cadre socialiste, vers une émancipation politique qui, rétroactivement, aurait doté l'état social périphérique du socialisme réel d?un potentiel d?émancipation sociale.

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Le socialisme autogestionnaire yougoslave était le moins oppressif des socialismes réels. Il offrait un large champ pour des luttes proprement politiques qui allaient en s?intensifiant surtout pendant les années quatre-vingt. Ces luttes des années soixante-dix et quatre-vingt étaient progressivement hégémonisées par ce qu?on appelait à l'époque « l'alternative » ? pour distinguer cette position (de gauche non orthodoxe, anarchisante, féministe, pacifiste, écologiste?) de la « dissidence » alors déjà devenue le partenaire subordonné qui partageait le pouvoir avec la bureaucratie politique et assumait le contrôle du champ culturel. Les partenaires de la coalition au pouvoir, la bureaucratie politique et culturelle, se positionnaient de plus en plus vers la droite nationaliste ? tandis que « l'alternative » était fédéraliste et surtout liée à la culture de masse progressiste qui provenait de l'auto-organisation de la jeunesse culturellement expropriée (le punk, mais aussi d?autres variantes de rock ? y compris ce qui deviendra plus tard l'ethno-rock). Ses acquis n?étaient pas négligeables : la liberté d?expression en Slovénie à partir de 1984-1985, l'échec, à la même époque, du dernier procès politique à Belgrade contre six intellectuels qui avaient organisé « l'université libre », l'abolition de la peine de mort en Slovénie en 1989?Le processus politique était déjà entamé pour l'ensemble de la Yougoslavie. On voit bien qu?une ré-articulation émancipatoire du socialisme était en cours et que l'enjeu des constructions identitaires qui ont détruit la fédération yougoslave était bien plus que d?instaurer des petits États compradores et de restaurer le capitalisme dans sa forme brutale néo-libérale : c?était, en premier lieu, d?empêcher les processus d?émancipation socialiste. Tout comme, dans d?autres secteurs de la périphérie, c?est l'émancipation des peuples qu?empêche le « terrorisme ».

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R. IVEKOVIC : Veux-tu résumer pourquoi le « terrorisme » serait, selon ton hypothèse, la forme altérée des contradictions du capitalisme, ce qui peut bien être le cas, mais là ne me semble pas être la question ; et pourquoi as-tu recours à ces explications alambiquées et compliquées pour parler du terrorisme ? Tu poses le principe d?une société qui serait pacifique s?il n?y avait pas le capitalisme. Il faudrait voir alors comment tu entends la violence, car ce que tu dis signifierait qu?elle est « ajoutée » et peut donc être « retirée » à la société, comme s?il n?y avait pas primauté du politique et avec lui, aussi, de la violence ? en tant que possibilité incalculable ! Et c?est curieux que, au sujet de la Yougoslavie, tu cites le punk, l'« alternative » plurielle, mais aucune critique théorique. À mes yeux par exemple le travail de Radomir Konstantinovi?[14][14] Radomir Konstantinovi?, Filozofija palanke (La philosophie..., pour ne citer que lui, reste fondamental, à condition de le relire à la lumière de ce qui s?est passé depuis 1989.

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R. MOCNIK : Il faut garder du concept marxien ce qui y est théoriquement productif. Donc abandonner le sous-entendu que la forme altérée s?opposerait à une forme qui, elle, serait « vraie », « bonne » ou « non altérée ». Il s?agit d?une double inscription d?éléments en des systèmes aux logiques hétérogènes et dont l'un détermine l'autre. À cette définition « ontologique » s?ajoute une dimension « gnoséologique » : c?est le système déterminé, celui des formes altérées, qui s?offre à l'appréhension immédiate. On ne « voit » pas le processus de production de la plus-value. Les verwandelte Formen sont donc des éléments idéologiques : les formes altérées suffisent aux agents pour gérer et le domaine des formes altérées (la circulation) et la sphère qui les détermine (la production). Pour les agents, il s?agit d?un seul et même processus, celui de la valorisation du capital.

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Le statut de l'inconscient, dit Lacan [15][15] Jacques Lacan, Le Séminaire XI. Les quatre concepts..., est éthique. La plus-value n?existe qu?en théorie. Les agents pratiques et l'économie bourgeoise s?en passent [16][16] Paul Samuelson, « Undestanding the Marxian notion of.... Dans le problème de la forme altérée, on théorise donc le rapport entre la théorie et l'idéologie. Cette théorisation comporte, dans Marx, un moment d?indétermination : chez lui, il est impossible d?engendrer les formes altérées de tous les éléments à la fois. L?indétermination du procédé théorique est l'empreinte du « pas-tout » de l'objet de connaissance. C?est justement ce moment, considéré généralement comme une faiblesse de la théorie marxienne, qu?il faut garder. Car ce qui fait le pas-tout du « système économique », c?est la lutte des classes : et l'élément incongru qu?il faut garder dans l'analyse pour la faire marcher, c?est justement celui qui tient lieu, dans l'élaboration théorique, de la lutte des classes : le taux de profit tient lieu de taux d?exploitation ; la composition organique du capital représente le rapport entre des classes comme il est déterminé par la domination du capital sur le travail.

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C?est un peu la même chose avec l'explication du « terrorisme » : on y considère comme acquise l'opposition entre le centre et la périphérie du système capitaliste.

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R. IVEKOVIC : Mais qui la considère comme acquise ? On la considère surtout comme dépassée aujourd?hui dans la mondialisation, et depuis le tournant de 1989. Tu utilises des concepts spatiaux que tu as toi-même présentés comme désuets?Où est le centre, où la périphérie si c?est l'Asie qui est le « centre » du capitalisme cognitif et non pas simplement une périphérie du capitalisme industriel'Par les exemples que tu donnes tu ne sembles pas envisager de sortir de la zone « euroatlantique »?

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R. MOCNIK : Cette opposition veut dire qu?on part de la supposition que le type d?explication théorique de cette opposition n?a aucun effet sur l'analyse du « terrorisme ». Or une fois l'explication analytique faite, on s?aperçoit qu?elle exige une explication de l'opposition centre/périphérie en termes de la captation de la plus-value, traitée comme l'inscription de la lutte des classes dans le procédé théorique.

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En une première approximation, nous avions défini le « terrorisme » comme stratégie militaire dont le succès se décide dans le champ idéologique?

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R. IVEKOVIC : Tu donnes certes une signification spécifique à « militaire »?

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R. MOCNIK :?Or le « terrorisme » est déjà défini à partir d?une position idéologique qui s?y oppose et que les pratiques de la violence terrorisante ne sauraient jamais conquérir idéologiquement. Le « terrorisme » est saisi du point de vue de la « guerre contre le terrorisme ». Qui dit « terrorisme » dit « guerre contre le terrorisme ».

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R. IVEKOVIC : Tu parles là du partage de la raison. Tout concept porte son double opposé!

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R. MOCNIK : Le vocable « terrorisme » combat ce qu?il désigne. Toutefois, la position d?où se fait « la guerre contre le terrorisme » n?est pas la cible des pratiques de la violence terrorisante. Les maîtres de cette dernière sont un peu comme César en Gaule : il devait conquérir la Gaule pour prendre le pouvoir à Rome. La différence entre César et les maîtres de la violence terrorisante consiste en ceci que le premier devait prendre une province pour conquérir l'empire ? tandis que les seconds combattent l'empire pour s?emparer de la province.

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On peut se représenter le capitalisme comme un ensemble de processus de production qui traversent le monde et qui apparaissent aux yeux de leurs agents sous la forme de chaînes d?échanges marchands [17][17] J?emprunte l'image des chaînes marchandes à la présentation.... Leur distribution n?est pas égale : son différentiel établit l'opposition entre le centre et la périphérie. La sur-appropriation de la plus-value résulte de la monopolisation de quelque segment de la chaîne marchande : le monopole peut être technologique ou organisationnel, il peut aussi bien s?appuyer sur les réglementations imposées par des institutions internationales, sur du chantage militaire, donc sur une contrainte extra-économique. C?est à cette dernière que recourent de plus en plus les centres défaillants euroatlantiques. Dans le cas du monopole extraéconomique, l'appropriation du surplus ne se fait plus selon le mode du profit, mais prend la forme de la rente. Le devenir-rente du profit renforce la constitution identitaire.

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Les élites du centre ont toujours besoin d?alliés locaux à la périphérie qui y organisent l'extorsion de la plus-value. Les élites technocrates qui dominent au moyen de la démocratie bourgeoise sont préférables ? mais dans les temps de crise et quand les résistances deviennent trop fortes, des technologies de pouvoir plus autoritaires et brutales peuvent devenir nécessaires. Les élites spécialisées dans la production idéologique acquièrent alors une importance sans précédent. Vois le rôle des intelligentsias littéraires dans la recomposition identitaire en Yougoslavie ? et leur contribution à l'accomplissement de la constitution identitaire par les guerres. Ce qui qualifiait les intelligentsias littéraires pour ce rôle macabre, c?était leur implantation dans des appareils scolaires et médiatiques, donc leur capacité d?interpeller les masses d?une manière systématique et continue. En Yougoslavie, ce n?est que dans un second temps que les appareils religieux et leurs professionnels, dont la portée, à l'origine, était beaucoup plus restreinte, se sont associés à la besogne.

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La recomposition identitaire des sociétés exige donc un effort idéologique auquel sont appelés ceux des spécialistes de l'idéologie qui ont déjà un accès privilégié aux masses populaires. Si ce sont des littéraires, alors la constitution identitaire prend la forme d?une fausse résurrection de 1848. Si c?est le clergé, alors la forme peut être celle que l'idéologie dominante appelle « le fondamentalisme » religieux.

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Si cette fraction de classe dominante spécialisée en production idéologique estime que, dans la conjoncture, elle peut prétendre au pouvoir d?État, elle peut bien recourir à la violence dite « terroriste ». Cette violence condense alors les énergies créatrices accumulées tout au long de la chaîne de déplacements des contradictions : de la contradiction entre les classes productrices et les classes appropriatrices aux contradictions entre des fractions centrales et périphériques des classes parasitaires, jusqu?aux contradictions entre des fractions des classes périphériques compradores.

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Avec chaque déplacement, la forme de l'efficacité historique de la contradiction change. Au bout d?une telle chaîne, la jeunesse expropriée se fait exploser en massacrant ses camarades dans le train qui les mène vers l'exploitation.

Notes

[1]

Joseph Roy traduit die Verwandlung par « la conversion » : Le Capital, Livre I, Tome III, Section VII, Introduction. Julian Borchardt et Hippolyte Vanderrydt traduisent par « la transformation » (titre de la section I du Livre III du Capital); ils évitent de traduire en entier l'expression die verwandelte Form (Le Capital, Livre III, chapitre 1.)

[2]

Le « problème de la transformation des valeurs en prix »: voir Roger Establet, contribution à Lire le Capital (« Présentation du plan de Capital ») [1965]. C?est Merab K. Mamardavili qui a mis le concept de la forme altérée au centre de sa réflexion, d?ailleurs plus philosophique que théorique, dans le texte « Prevrascennye formy » [1970]; cf. http:// www. philosophy. ru/ library/ mmk/ forms. html

[3]

Samir Amin, Modernité, religion et démocratie. Critique de l'eurocentrisme, critique des culturalismes, Parangon/Vs, Lyon, 2008, p. 73.

[4]

Charles Taylor : « The Politics of recognition », in : Multiculturalism, sous la dir. d?Amy Gutmann, Princeton University Press, Princeton, 1994 (1992).

[5]

cf. Louis Althusser, Sur la reproduction, PUF, Paris, 1995, p. 99; voir aussi p. 203.

[6]

Allocution de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, prononcée à l'université de Dakar le 26 juillet 2007.

[7]

Carlo Vercellone (sous la dir. de), Sommes-nous sortis du capitalisme industriel' La Dispute, Paris, 2002; Carlo Vercellone (sous la dir. de), Capitalismo cognitivo, manifestolibri, Rome, 2006.

[8]

Karl Marx, Introduction à la critique de l'économie politique [1857-1858], « Méthode de l'économie politique ».

[9]

Cette problématique était produite avec une grande perspicacité dans les années soixante et soixante-dix par les théoriciens-militants comme R. Alquati, Raniero Panzieri, Mario Tronti, Sergio Bologna, Antonio Negri et autres. cf. Maria Turchetto, « L?Opéraïsme », in Dictionnaire Marx contemporain, éd. par J. Bidet et E. Kouvélakis, PUF, Paris, 2001.

[10]

Par le concept de la « composition organique du capital » Marx relie les deux aspects sous lesquels on peut envisager le capital agissant dans la production : sa composition technique et sa composition-valeur : Karl Marx, Le Capital. Critique de l'économie politique. Livre premier, traduction française de J. Roy entièrement revue par K. Marx, Éditions sociales, Paris, 1950, p. 150. La composition organique du capital est donc la proportion entre le capital investi en moyens de production et le capital investi en force de travail, qui seul produit de la valeur nouvelle, en tant qu?elle est surdéterminée par la composition technique du capital.

[11]

cf. Maria Turchetto, « Fordismo e postfordismo. Qualche dubbio su un?analisi (troppo) consolidata », in Edoardo de Marchi et al., Oltre il fordismo. Continuità e trasformazioni nel capitalismo contemporanéo, Unicopli, Milano, 1999.

[12]

Sloterdijk, Si l'Europe s?éveille, Mille et Une Nuits, Paris, 2003.

[13]

Daniel Cohen, Trois leçons sur la société post-industrielle, Le Seuil et La République des Idées, Paris, 2006.

[14]

Radomir Konstantinovi?, Filozofija palanke (La philosophie de bourg), Belgrade, Nolit, 1981 (1e éd. 1969), dont en fr. les chapitres : a) « Le nazisme serbe », Lignes n° 6, septembre 2001; b) « Le style du bourg », Transeuropéennes n° 21, 2001 ; Dekartova smrt (La mort de Descartes), Agencija « Mir », Novi Sad 1996 ; Beket prijatelj, (Beckett l'ami), Belgrade, Otkrovenje, 2000 (il existe une traduction espagnole de ce dernier); sur Konstantinovi?: R. Ivekovic, « Radomir Konstantinovi?, La philosophie de bourg, La mort de Descartes » in République internationale des lettres, 1998 : www. republique-deslettres. com/ k1/ konstantinovic. shtml; également : « La mort de Descartes et la désolation du bourg (R. Konstantinovi?) », Transeuropéennes n° 21, 2001, p. 174-178.

[15]

Jacques Lacan, Le Séminaire XI. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Le Seuil, Paris, 1973, p. 34 sq.

[16]

Paul Samuelson, « Undestanding the Marxian notion of exploitation : A summary of the so-called transformation problem between Marxian values and competitive prices », in The Collected Scientific Papers of Paul A. Samuelson, vol. III, MIT Press, Cambridge (Mass.), p. 277. Traduction française d?après Claude Gnos, Les Grands auteurs en économie, Éd EMS, Caen, 2000, p. 132.

[17]

J?emprunte l'image des chaînes marchandes à la présentation lucide et succinte d?Immanuel Wallerstein dans « Development : lodestar or illusion? », in Unthinking Social Sciences, Temple U.P., Philadelphia, 2001.