Preuves de pouvoir

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Preuves de pouvoir

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Traduit de l’allemand par Johanna Probst

La possession du pouvoir est un indicateur dont bon nombre de théories classiques déduisent le droit de régner. Or, le pouvoir n’est jamais concentré dans les mains d’une seule personne. Il est distribué et il constitue essentiellement une relation, bien qu’on l’entende comme la capacité de produire un effet sur autrui. Si le pouvoir ne se manifeste donc que ponctuellement et s’il ne se concrétise que de manière transformée dans des actes, se pose la question de savoir quels moyens et quelles formes de mise en scène et de présentation sont mobilisées pour prouver son propre pouvoir ou pour démontrer le pouvoir des impuissants.

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Même si, contrairement au simple acte de violence, le pouvoir entendu comme potentialité, retrait ou force latente, n’existe souvent que sous forme d’allusion, n’est représenté que comme potentialité ou comme système, il doit se constituer en tant que pouvoir, il doit prouver sa cohérence ou sa détermination, tout en démontrant ses moyens, ses buts et sa dangerosité. Il ne peut persister que dans un ensemble de relations conflictuelles avec d’autres pouvoirs. C’est là qu’on le défie, c’est là qu’il doit mesurer ses forces et sa validité avec celles de pouvoirs opposés, c’est là qu’il succombe finalement dans des luttes symboliques où se perd dans le vide. Du coup d’État jusqu’à la manifestation et la grève de faim, en passant par la révolte et le terrorisme – un large éventail de phénomènes pourraient être classés comme des démonstrations de pouvoir, mais ceux-ci n’ont jusque là pas suffisamment été abordés par les théories du pouvoir et de la représentation. Notre tâche sera dès lors d’examiner de près ces performances du pouvoir. Pourquoi et comment prouve-t-on son pouvoir ? La notion de preuve de pouvoir paraît paradoxale. Les preuves de pouvoir dépendent d’une situation et sont provisoires, aussi doivent-elles être répétées. À la différence de ce qui prévaut dans le domaine de la preuve de pouvoir, dans celui des mathématiques peu importe de savoir quand et par qui une preuve a été présentée. Il est vrai que l’on peut, en mathématique aussi, demander quelle serait la prestation spécifique de la preuve. Néanmoins, la force que la contrainte logique confère à chaque preuve permet de la soutenir jusqu’à preuve du contraire. Tout ceci ne vaut pas pour la preuve de pouvoir. Celui qui présente une preuve se soumet à des règles généralement obligatoires. Quelles pourraient être ces règles dans le cas d’une preuve de pouvoir ? Tout d’abord, il convient de distinguer entre épreuve de pouvoir, démonstration de pouvoir et preuve de pouvoir. La preuve du pouvoir est une épreuve (probatio), et non pas une démonstration ; si l’épreuve, d’après l’acception latine, n’est autre qu’un syllogisme dialectique dont les prémisses sont concédées par l’adversaire, la démonstration (demonstratio) s’appuie sur des prémisses apodictiques, c’est-à-dire vraies, élémentaires, immédiatement évidentes (par exemples des axiomes, qui doivent être acceptés comme valides ou peuvent être justifiés par induction). Lors de l’épreuve de pouvoir, un acteur donne une idée de ses compétences. Lors de la démonstration de pouvoir, il utilise ses moyens d’une manière qui est censé ne laisser aucun doute à propos de sa supériorité.

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La démonstration de pouvoir adopte le langage de ceux à qui elle s’adresse. Michel Foucault avait déjà montré que dans les formes de jugement juridique, l’épreuve (par exemple le duel) se trouve remplacé par l’examen (méthodique). Nous voici confrontés à une troisième forme de jugement : la preuve du pouvoir n’est pas un acte de violence. Ses résultats ne peuvent ni être constatés perceptivement, ni être calculés. L’adversaire auquel la preuve de pouvoir s’adresse, ne joue pas sur la même scène. Au XVIIIe siècle, la plupart des destinataires ne connaissent les mises en scène du pouvoir à Versailles que par ouï-dire. Les personnes frappées par la bombe de terroristes ne sont pas forcément leurs ennemis, mais constituent simplement un moyen pour effrayer ces derniers. De la même façon, la foule des manifestants scande ses slogans devant les concitoyens et non devant les détenteurs de pouvoir.

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La contrainte exercée par une preuve de pouvoir consiste principalement dans l’établissement d’une relation, dans la constatation d’une comparabilité, dans la désignation d’une vérité. Il s’agit d’abord de dévoiler que le pouvoir existe, quelle ampleur il peut prendre, par quels moyens il agit et comment on peut compter avec lui. La preuve du pouvoir mesure le pouvoir. Il ne suffirait pas, toutefois, que l’effet de la preuve du pouvoir se limite à démontrer l’efficacité de ce dernier dans le cadre d’une situation spécifique. L’effet doit aller au-delà de la situation concernée, dans laquelle il vaut. Pour que le pouvoir s’affirme, il doit permettre des conclusions concernant d’autres effets (beaucoup plus dévastateurs), car il doit révéler son efficacité pour toute autre situation possible. La preuve montre que la force coercitive que le pouvoir recouvre, consiste dans le caractère inévitable d’une aptitude. La force coercitive que le pouvoir recouvre, consiste dans le caractère inévitable d’une aptitude.

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On doit par conséquent compter parmi les règles des preuves de pouvoir qu’un acte politique est exécuté devant un public afin de l’impressionner et de dissiper toute possibilité de doute. L’acte doit apparaître comme aussi imprévisible qu’intentionnel. La performance du pouvoir sous forme d’une preuve de pouvoir réussit si le public est convaincu que X a contraint Y de faire ou croire quelque chose, d’obéir.

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Selon une seconde règle, la preuve de pouvoir doit annoncer le développement maximal d’une force contraignante dans un cadre spatio-temporel aussi restreint que possible, afin de rendre dispensable le recours effectif aux divers moyens disponibles. On ne parlera donc pas d’une preuve de pouvoir quand quelqu’un a dû lutter jusqu’à épuisement afin d’obtenir la victoire, mais quand la quantité d’effort nécessaire est tellement faible qu’elle en vient à être humiliante. On pourrait désigner ceci comme l’économie de la preuve du pouvoir. Troisièmement, la preuve de pouvoir n’opère pas exclusivement au niveau psychologique, mais établit également une réalité culturelle obéissant aux axiomes de ce pouvoir. Une intelligence use du pouvoir afin d’assurer un statut hégémonique à son propre pouvoir définitionnel.

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La petite empreinte du tampon avec lequel un fonctionnaire valide un formulaire ou refuse une demande ne montre pas seulement l’arsenal impressionnant de ses moyens et la gloire stylisée de son office, mais crée un état servant de repère pour tous les autres, puisqu’il constitue leur réalité. Un fait est constaté. Une identité est assignée. Une valeur précisée. Et ce de manière démonstrative.

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L’exécution d’une preuve de pouvoir implique donc toujours plusieurs acteurs et médias – une situation de vide, quelqu’un qui ne supporte pas l’insécurité de cette situation et exige une preuve de pouvoir, quelqu’un qui se prête à la soumission ou à l’humiliation (souvent celui qui a exigé la preuve). De plus, la preuve requiert un individu qui est d’autant plus efficace qu’il se retient, tout comme elle nécessite un changement du niveau d’affrontement (retrait de présence, moyens de diriger non seulement le réel, mais aussi, par imagination, le potentiel). On inclura également dans la preuve de pouvoir les choses qui doivent, en remplacement de capacités humaines, accomplir des tâches (baguette du chef d’orchestre, tampon, logo, image, poster, banderole, drapeau). On citera finalement le public qui doit accepter la preuve du pouvoir comme postulat politique.

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La preuve du pouvoir réagit à un défi, à la remise en question du pouvoir. Dans quelles situations cette question se pose-t-elle ? La preuve de pouvoir réagit à un vide dans lequel les rapports de force se brisent. Il faut ainsi la distinguer de la parade de routine d’un côté et de l’affrontement compétitif de l’autre, dans la mesure où elle montre que l’on n’a pas forcément recours aux capacités disponibles. David contre Goliath est une preuve de pouvoir (les pouvoirs de l’intelligence et de la technique contre la force brute). La corrida aussi est une preuve de pouvoir. Mais non le bras-de-fer, ni l’exécution spectaculaire. Alors que l’efficacité se trouve accrue par une limitation du recours à la force, par l’emploi de moyens surprenants et par la minimisation des dépenses, le rapport entre pouvoir et violence au sein de la preuve de pouvoir apparaît comme plus intriqué.

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La performativité de la violence est un élément structurel de la représentation du pouvoir. Que ce soit par des actes de violence ostentatoires ou simplement brandis, que ce soit par la symbolique de l’automatisme froid envers des ennemis cruels, par la mise en scène de crises et l’esthétique sobre de la sélection et de la correction : l’effet générateur de réalité dont est dotée la violence est également inhérent à certains actes représentatifs de systèmes de pouvoir modernes. Une politique de la représentation ne remplace pas l’usage de la violence, encore moins l’exclut-elle. Elle a au contraire besoin de mises en scène de certains actes de violence spécifiques.

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La violence représentative soude la jonction entre le réel et le symbolique, entre le politique et l’artistique. C’est à travers des actes de violence représentative que des crises (étatiques) sont mises en scène et que la conscience d’une nécessité est produite. La violence représentative peut être comprise comme acte politique, qui cherche à stabiliser ou bien à détruire, par des transgressions exemplaires, un système politique basé sur des techniques de représentation. Peuvent donc être compris comme violence représentative tous ces actes qui exhibent l’usage de la violence (subrogée, économique ou dressant) comme principe structurant de l’exercice du pouvoir. La création de faits par la force permet de reconfigurer la régulation linguistique, la perception et la pensée. Il ne s’agit pas ici de nier les rapports de violence qui sont à la base des structures sociales, des pratiques communicationnelles et des mondes symboliques – et qui les traversent de diverses manières. Des coups d’État, des révoltes, le terrorisme, des manifestations, la grève ou la résistance civile ne peuvent être compris comme des actes ni purement belliqueux, ni communicatifs. Ils se caractérisent par le fait qu’ils ont bien lieu au sein de dispositifs solidement établis, mais de manière informelle et extérieure à tout processus institutionnel, qu’ils ne s’épanouissent donc ni dans le déploiement de forces destructives ou constructives, ni dans l’usage du symbolique. Au contraire, ils se manifestent dans le réel tout comme dans le symbolique, bien qu’ils constituent des actes en quelque sorte déviants par rapport aux règles du monde dans lequel ils apparaissent, et ne peuvent être évalués comme de simples infractions à la règle (comme la faute dans le domaine sportif, qui constitue en elle-même un acte de jeu). Des actes de violence représentative rompent avec le jeu, le déplacent, le ré-initient, marquent ainsi la limite du jeu, la nient ou la tracent de nouveau.

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L’État est cet acteur politique qui n’a pas seulement le droit d’enfreindre les lois qu’il a lui-même proclamées, mais qui est même obligé de rétablir périodiquement, sous forme de coups d’État, l’ordre par des moyens violents, consacrés par sa simple existence. En 1589, Giovanni Botero propose la définition suivante : « la raison d’État comprend […] la conservation de l’État et, bien plus que ça, son élargissement […] [1][1] Giovanni Botero, Della ragion di Stato libri dieci,.... » La raison d’État « est quelque chose […] qui permet d’agir de manière contraire à toutes les lois publiques ». Elle est « la connaissance des moyens propres à fonder, conserver et augmenter un État [2][2] « Ragione di Stato si è notizia de’ mezi, atti a fondare,... ». Seul par la transgression des lois, l’État est capable d’obtenir cette connaissance. La structure et la légitimation de l’agir étatique se fondent sur la mise en scène de contraintes matérielles et de nécessités.

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Contrairement à ce que le contexte machiavélien initial suggère, le problème du gouvernement n’est pas le prince rival ou l’État voisin, mais le peuple. Francis Bacon envisage ce problème : des soulèvements du peuple naissent de la pauvreté et de l’insatisfaction, qu’il explique selon le modèle de la médecine humorale [3][3] « As for discontentments, they are in the politic body.... Comme meilleur remède contre les soulèvements, Bacon recommande une certaine dose de liberté d’expression accompagnée de « l’alimentation et l’entretien politique et artificiel d’espoirs [4][4] Bacon, Of Seditions and Troubles, Pamphlet, ibid.,... ». Le calcul gouvernemental devrait donc maîtriser l’économie d’un côté, et l’opinion de l’autre [5][5] « Le calcul du gouvernement, dit Bacon, doit porter.... La mise en œuvre de campagnes d’opinion fait partie de la raison d’État. Foucault rappelle que Richelieu a inventé la campagne politique par le biais d’écrits injurieux, de pamphlets etc., qu’il aurait même inventé le métier des manipulateurs d’opinion, qu’à l’époque on surnommait « publicistes » : « naissance des économistes, naissance des publicistes [6][6] Foucault, Sécurité, territoire, population, op.cit.,... ». La statistique, la mesure, l’estimation, le pilotage de la circulation des marchandises et des idées, la création d’un monopole de violence par des représentations de la crise : les coups d’État sont le fondement de la « police », de sa science et de son publicisme [7][7] Johann Heinrich Gottlob von Justi, Grundsätze der Policeywissenschaft,....

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Gabriel Naudé distingue entre les maximes évidentes de l’État et le « coup d’État [8][8] Par rapport au concept de coup d’État chez Naudé :... ». Suivant Naudé, « le coup d’État, c’est l’automanifestation de l’État lui-même. C’est l’affirmation de la raison d’État [9][9] Foucault, Sécurité, territoire, population, op.cit.,... ». Cette affirmation opère principalement au niveau des représentations. Sur le théâtre du monde, affirme ainsi Naudé, le prince intervient comme le « deus ex machina[10][10] Gabriel Naudé, Considérations politiques sur les coups... ».

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La conservation et l’expansion du pouvoir étatique réussit surtout dans la représentation théâtrale d’une situation d’urgence. C’est ainsi que Foucault désigne la pratique du coup d’État performé par le souverain comme théâtre politique, dont le théâtre littéraire forme le revers : le théâtre, l’art, la publicité maîtrisée, s’organisent « autour de la représentation de cette raison d’État sous sa forme dramatique, intense et violente du coup d’État [11][11] Foucault, Sécurité, territoire, population, op. cit.,... ».

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Cette courte remarque de Foucault mène à une prise de conscience d’une grande portée : quand on essaie de sonder les stratégies où collaborent coup d’État et mise en scène non seulement dans cette situation pré-moderne, mais aussi au regard de scénarios politiques contemporains, on comprend que la violence représentative constitue cet art politique, qui lie le champ des institutions politiques avec celui du façonnage esthétique. La violence représentative peut ainsi être définie comme acte politique qui renverse le cours des choses contre et malgré les forces conservatrices, les penchants et les probabilités, en posant une nécessité. Nous devrions donc diriger notre attention vers la dramaturgie quotidienne des médias, provoquant des situations d’urgence, des contraintes matérielles et des crises, qui ne peuvent être résolues que par des instances gouvernementales comme par un deus ex machina ; ou, inversement, dont la force explosive n’apparaît dans les médias qu’à travers la présence militante de groupes d’opposition et d’organisations non-gouvernementales.

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Louis Marin montre le lien entre les formes de manifestations modernes et ces formes plus anciennes que sont les processions, les marches de triomphe, les défilés : « [la manifestation] peut prendre la forme de défilés et de cortèges et […] [désigne] un mouvement [du peuple rassemblé qui est] destiné à manifester quelque intention politique. Ainsi le peuple se signale dans le “champ” du cortège en tant que tel, avec son “défilé” spécifique […] [12][12] Louis Marin, « Une Mise en signification de l’espace.... »

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Ces mouvements sociaux sont à la fois réels et symboliques. Ils forment un corps en mouvement qui traverse un espace particulier dans une certaine orientation et un certain ordre. La manifestation dans la rue est un processus collectif qui, en même temps qu’il manipule l’espace par son déploiement temporel, crée un espace-temps propre avec des normes propres. Bien que ce processus rompe la chronologie sociale en lui opposant un temps événementiel, cette chronologie remplit et justifie simultanément le schéma de représentations sociales du temps [13][13] Voir Michel de Certeau, « La cérémonie », Traverses,.... Le processus actualise des systèmes de représentation temporellement et spatialement fixés. Il ne se déploie qu’à l’intérieur de ces deux pôles, actualisation et latence, action et passion, mouvements et regards. Marin ne veut donc pas diriger le regard uniquement sur les lieux et les moments le long desquels se déroule la manifestation d’un mouvement populaire et qui forment en quelque sorte sa syntaxe. Il propose de prendre également en compte le « contre-discours » des espaces qui ne s’exprime pas forcément dans ces représentations ou qui ne compte simplement pas au sein de ces systèmes de représentation [14][14] Marin « Espace Social », p. 50..

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Aux frontières du schéma spatial prédéfini se dissout le mouvement social ; soit il y aura effectué sa performance et remporté sa victoire, soit il y aura échouée. Sa dispersion provoque des actes incontrôlés, favorise l’éclatement de la violence et des heurts avec des « éléments non-maîtrisables ». Ce qu’a été ce mouvement dépend tant de ses participants que des observateurs. Lors d’un défilé, contrairement à ce qui est le cas au théâtre, « le spectateur est toujours plus ou moins impliqué comme acteur […]. Le défilé a ainsi un effet d’entraînement ou de contagion dynamique [15][15] Marin, « Espace Social », op. cit., p. 51. ». Mais qu’est-ce qui fait le succès d’une manifestation ? Ce n’est certainement pas le fait d’avoir transporté un message, car pour ceci un défilé de millions de personnes n’est pas nécessaire ; ce n’est pas non plus une escalade finale de la violence. La manifestation ne doit pas se contenter d’une militance latente mais doit également exhiber de la militance employée sporadiquement. On peut d’autre part s’interroger sur l’ancienneté et les buts du phénomène de la manifestation. Dans quelle mesure constitue-t-il de fait un équivalent de la raison d’État ? Les phénomènes précédant la « manifestation moderne », à savoir les processions politiques des temps de la Fronde et les cortèges politiques des premiers jours de la Révolution française, montrent que la militance dans les rues ne présente pas tellement un moyen de pression concret et sûrement pas la tentative de mettre en scène la souveraineté du peuple, mais constituent plutôt un projet caractéristique pour les temps modernes, projet consistant à réaliser, par tous les moyens, une loi (putative). Seule l’analyse de cette violence représentative livre des instruments pour la compréhension d’événements politiques de manière générale, et de phénomènes contemporains en particulier. Dans ces derniers, l’acte de violence, l’image de cette violence et la stratégie politique de la présentation de cette image sont couplés, comme c’est le cas dans le terrorisme ou dans l’intervention militaire.

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L’application ostentatoire de la violence vise l’encadrement esthétique et la légitimation d’un système de représentation. Ce type de violence, probablement caractéristique de la modernité, se décline en divers phénomènes, allant de grandes éruptions de violence jusqu’à la délibération bureaucratique exercée méticuleusement touts les jours [16][16] Marin, « Espace Social », op. cit., p. 59.. Le terrorisme des XVIIIe et XXe siècles, lui aussi, met en scène des actes de violence représentative afin d’établir un nouveau rapport culturel entre réalité et fiction.

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Dans la modernité, des actes de violence et de cruauté politiquement motivés correspondent d’un côté aux constructions de la normalité, et, de l’autre, aux conjurations de nécessités, de contraintes objectives et des crises existentielles. En outre, on peut constater que ces actes visent moins l’élimination spectaculaire des ennemis concrets ou l’occupation de territoires ou de centres de pouvoir, mais plutôt l’effet de ces actes de violence souvent presqu’invisibles face à un public régi par les médias.

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Les actes périodiquement répétés de la raison d’État tout comme les révoltes ou manifestations témoignent du fait que ces actes de violence ne sont pas des phénomènes liminaires, accompagnant sur leurs marges les systèmes de représentation. La violence est inhérente à la représentation : au fait de se présenter à la place de l’autre, au remplacement, à l’obligation d’opérer une sélection, à l’abstraction de l’exemplaire correspondent l’engendrement et la présentation d’une masse échangeable, devant laquelle la présence de ce qui est montré est déclaré comme l’essentiel, comme le nécessaire, et à la fois comme ce qui est simplement systémique et fonctionnel, masse qui peut être humiliée et contrainte à l’obéissance en un claquement de doigts ou en une « opération chirurgicale ».

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Le concept de violence représentative peut aider à comprendre des actes singuliers, sortant du cadre, ainsi que des événements imprévus, comme conditions fonctionnelles des systèmes de pouvoir et de leurs dispositifs institutionnels. Dans la représentation de ces actes et événements comme exceptions violentes, canalisant l’opinion publique et gouvernant la population par les manières de penser et de croire relatives, se rejoignent la technologie des médias et la figuration des sensations.

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C’est parce que la violence représentative présente précisément le caractère incalculable et la monstruosité de ces actes et événements comme contraires à la logique des lois, règles et normes, qu’elle est indispensable pour tout agir étatique. C’est elle qui oblige à l’obéissance. C’est elle qui attise la peur nécessaire. C’est elle qui met en évidence l’efficacité et l’inévitabilité des organes étatiques, même là où elle se veut révolutionnaire.

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Le concept de violence représentative contient donc tous les phénomènes historiques et contemporains qui fusionnent l’acte de violence, l’image de cette violence et la stratégie politique de la présentation de cette image.

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Le terrorisme révolutionnaire le montre avec une clarté exemplaire. Les terroristes emploient souvent des moyens militaires massifs, mais n’ont ni l’intention d’occuper des territoires, ni de monter sur des trônes. Contrairement à la militance de la guérilla, le terrorisme mise sur des moyens dont l’efficacité ne dépend pas de la présence d’une armée ou d’un appareil militaire. Son moyen principal est la diffusion de la peur et de la terreur, son but étant la délégitimation de l’État qui ne peut plus assurer la sécurité de ses citoyens.

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Ce terrorisme ne fonctionne qu’à condition qu’autrui éprouve effectivement de la frayeur (parce qu’il attend la sécurité). Il déconcerte, bien que le danger réel d’être physiquement atteint par un acte de terrorisme soit, même dans les zones à risque, statistiquement minimal [17][17] Il s’agit toujours du fait que quelqu’un, une personne..., comparé aux risques quotidiens [18][18] Voir aussi Charles Townshend, Terrorismus, München,.... Il déconcerte parce que les gens se croyaient protégés par l’État et se sentent désormais exposés (à l’imprévisible plutôt qu’à la mort).

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L’utilisation d’une violence brutale contre des personnes non-armées, qui caractérise toute forme de terrorisme, veut attirer un maximum d’attention mais aussi provoquer des sensations de choc, d’horreur, de peur ou de dégoût. L’acte de violence doit démontrer la vulnérabilité, soit de la population, dans le cas du terrorisme d’État, soit de l’État, pour le terrorisme révolutionnaire [19][19] Mais « le terrorisme incite l’État à des mesures violentes,....

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En reprenant les écrits de Carlo Pisacane, Michael Bakunin, Pjotr Kropotkin et Paul Brousse, Johann Most publie (en 1885 environ) une Philosophie de la bombe qui célèbre et encourage l’usage de la violence comme autolégitimation, comme moyen de l’appropriation des phantasmes collectifs et de la déstabilisation de l’ordre étatique [20][20] Johann Most, Revolutionäre Kriegswissenschaft, ein.... L’usage de la dynamite (et plus tard d’explosifs plastiques) rétablit, aux yeux des anarchistes, l’égalité des armes qui n’est pas donnée lors de manifestations. La manifestation des travailleurs menée par les anarchistes le 4 mai 1886 à Chicago, se termine en une révolte armée, lorsque des inconnus jettent une bombe sur la police.

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Le terrorisme rouge (révolutionnaire) est guidé par la conviction que les individus peuvent changer la structure de la société par des actions directes. En 1848/1849, Karl Heinzen justifie de faire sauter la moitié d’un continent et de joyeusement sacrifier sa propre vie pour avoir la satisfaction d’exterminer un million de barbares (quitte à utiliser du gaz contre des villes entières [21][21] Karl Heinzen, « Der Mord », in Die Evolution, Ein politisches...). Derrière ce concept se cache un « mépris des masses » qui consiste à considérer les masses comme stupides et aveuglées et qui, pour voir triompher la prise de conscience, est prêt à tuer père et mère. Outre Johann Most, la théorie d’une « propagande de l’action » est également décisive dans ce contexte. Elle a été décrite par la fédération (italienne) de l’Internationale anarchiste et théorisée avant tout par Errico Malatesta. Pour Malatesta, la propagande violente était un instrument de la révolte et non un terrorisme révolutionnaire. Or, les multiples actions développèrent bientôt une autre dynamique. L’anarchiste Paul Brousse explique dans la revue L’Aavant-garde parue à Berne en 1877 que la « propagande de l’action » est en mesure de « montrer aux masses fatiguées et indolentes ce qu’elles ne peuvent pas lire. Elle leur enseigne un socialisme dans la praxis, le rendant visible, palpable, concret [22][22] Paul Brousse, « La propagande par le fait » in Bulletin... ».

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Pjotr Kropotkine écrit que plus que mille pamphlets, des actions pourraient attirer l’attention et implanter des idées nouvelles dans la tête des gens. Selon lui, l’action réveille surtout « l’esprit de révolte ». Même si Kropotkine est conscient qu’une structure sociale basée sur une histoire vieille de plusieurs centaines d’années ne peut simplement être détruite « avec quelques kilos d’explosifs », son analyse des moyens efficaces pour changer le cours de l’histoire débouche sur la logique du terrorisme révolutionnaire [23][23] Cf. Martin A. Miller, Kropotkin, Chicago, Chicago University....

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Cette logique repose sur une conception symbolique des rapports de pouvoir : les actions révolutionnaires, aussi sanglantes soient-elles, mènent finalement à une lutte autour de rapports symboliques. À cette stratégie politique correspond une logique différente de celle de la guerre : « Au final, la guerre veut contraindre, le terrorisme veut impressionner. La guerre est physique, le terrorisme mental [24][24] Townshend, op. cit., p. 26. ». Le plus important allié des terroristes est l’inquiétude collective, la grande peur. L’alarmisme est le produit décisif de la couverture médiatique du terrorisme qui, même dans ses variantes religieuses extrémistes, tend à privilégier l’emploi démonstratif de la violence sur son usage instrumental [25][25] Townshend, p. 51..

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Le terrorisme étatique et « blanc » opère sur trois niveaux : l’intimidation brutale, la conversion forcée et le génocide. Le comportement particulièrement répressif d’États constitutionnels tels que l’Argentine ou les États-Unis au XXe siècle, mais aussi la France, lors de la répression de la commune en 1871, ou l’Allemagne en 1848, est généralement flanqué par des groupes paramilitaires, qui agissent conformément à la volonté de l’État. Sans réelle maîtrise, ces systèmes de terreur se livrent à des arrestations arbitraires, pratiquent la torture et font disparaître des personnes, puisque des dispositifs de sécurité agissent souvent, sur la base de soupçons, les uns contre les autres et créent ainsi une situation cauchemardesque [26][26] Townshend, p. 66, p. 73.. Or, ces divers moyens (la propagation de la peur, l’extorsion de concessions et la recherche d’approbation) des deux formes (rouge et blanche) d’une propagande de l’action ne fonctionnent que dans le cadre de la conception dominante, c’est-à-dire libérale, de l’État, et de ses institutions représentatives reposant sur un consensus. Là où le terrorisme fait surface, la liberté de mouvement, de rassemblement et de parole, ainsi que la protection contre l’arbitraire et la sécurité juridique, sont mises en jeu. Et ceci, dans le cas du terrorisme rouge, « moins par la violence en tant que telle que par la réaction de l’État à cette violence […] [27][27] Townshend, p. 185. ». Le terrorisme est avant tout une attaque lancée contre la publicité démocratique qui dépend des infrastructures de circulation et des techniques médiatiques libérales.

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En suivant leur propre intérêt, les médias ont tendance à gonfler et dramatiser le danger terroriste par leurs comptes-rendus journalistiques. Ils peuvent ainsi se comporter en experts de la zone d’ombre et légitimer leur propre position monopolistique en collaboration avec l’État policier et son contre-pouvoir [28][28] Dans le reflet médiatique, la guerre contre le terrorisme.... Mais les médias ne sont pas les seuls agents doubles. Le public d’événements terroristes est à la fois victime et spectateur voluptueux.

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C’est justement pour cette raison que Jean Baudrillard considère le terrorisme comme la seule réponse au monopole du superpouvoir des États-Unis et à la mondialisation ; car, face à ce superpouvoir, le rêve terroriste serait présent chez nous tous [29][29] Baudrillard, J., L’Esprit du terrorisme, Paris, Galilée,.... Sans cette complicité muette, le terrorisme ne serait pas un épouvantail aussi puissant. Notre imagination terroriste prépare l’attentat. Une frappe venant de nulle part resterait sans réponse, s’il n’y avait pas ces phantasmes collectifs suscités par le spectacle de la surpuissance.

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Le terrorisme se distingue de la violence révolutionnaire par l’absence d’une véritable volonté de changement, d’un objectif politique identifiable. La réponse du système au terrorisme est la guerre – et ce non pas parce qu’elle serait un moyen de vaincre le terrorisme, mais dans l’objectif de manifester son propre pouvoir. Les guerres contemporaines sont des démonstrations de pouvoir contre la terreur qui, elle, évite systématiquement la confrontation. Or, c’est pour cette raison que les attentats ne correspondent pas à une logique militaire mais à la logique esthétique de la surenchère spectaculaire. Baudrillard poursuit : « Tel est l’esprit du terrorisme. Ne jamais attaquer le système en termes de rapports de forces. Ça, c’est l’imaginaire [révolutionnaire] qu’impose le système lui-même, qui ne survit que d’amener sans cesse ceux qui l’attaquent à se battre sur le terrain de la réalité, qui est pour toujours le sien. Mais déplacer la lutte dans la sphère symbolique, où la règle est celle du défi, de la réversion, de la surenchère. Telle qu’à la mort il ne puisse être répondu que par une mort égale ou supérieure. Défier le système par un don auquel il ne peut pas répondre sinon par sa propre mort et son propre effondrement [30][30] Baudrillard, J., L’Esprit du terrorisme, op.cit., p..... »

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L’événement terroriste est un événement en images [31][31] Baudrillard, J., L’Esprit du terrorisme, op.cit., p...., c’est-à-dire qu’il est un événement médiatique avant d’être un avion détourné, une explosion ou une tour qui s’écroule. Les médias et le public sont, pour ainsi dire, des agents au sein du réseau terroriste. Et généralement, les attentats ont pour résultat des excès de sécurité et de prévention.

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« Ne plus viser le corps d’un ennemi mais son environnement [32][32] Dans une note en bas de page, Sloterdijk esquisse une... » s’inscrit selon Peter Sloterdijk dans la logique de la surenchère du terrorisme révolutionnaire et étatique. Le terrorisme de sécurité se manifeste dans la « répression provisoire », dans la suppression d’espaces de liberté et dans la surveillance permanente. On peut donc constater que ce n’est qu’avec la preuve de pouvoir du terrorisme que la personne politique a été redéfinie comme un être que des trains de banlieue déversent dans des bureaux paysagés et dont l’existence est faite de données dans des réseaux de communication.

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Sloterdijk écrit : « Les nouvelles armes de la terreur sont celles par lesquelles les conditions de vie sont rendues plus explicites ; les nouvelles catégories d’attentats mettent en évidence – sur le mode de la mauvaise surprise – de nouvelles surfaces de vulnérabilité [33][33] Peter Sloterdijk, op. cit., p. 26f. ». Plutôt que les camps, les plus importantes formes de terrorisme d’État sont selon Sloterdijk des dispositifs armés de frappe aérienne des guerres d’intervention permanentes [34][34] « Le fait que les forces aériennes sont devenus les.... Le largage des bombes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki est paradigmatique pour cette sorte de terrorisme d’État. Il faut cependant ajouter qu’il s’agit aujourd’hui davantage d’images que de dispositifs armés. Ce ne sont pas les morts effectifs mais la production d’invisibilité par les images qui déclenchent l’effroi terroriste. Nées d’une stupéfaction due au système, les images insupportables accomplissent la preuve de pouvoir. Cette dernière assure la supériorité de la représentation sur la présence.

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Sur la base des écrits de Johann Most et au regard des tensions entre Israël et l’Iran, il paraît aujourd’hui nécessaire de poser la question suivante : qui peut se présenter pour la preuve de pouvoir ? La position d’infériorité, de supériorité ou n’importe quel calcul de l’économie de la violence, peuvent-ils légitimer des preuves de pouvoir sanglantes ?

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Les preuves de pouvoir remplacent les excès d’une violence brute et physique. Il ne faut pas y voir un progrès civilisationnel. Néanmoins, les questions suivantes méritent considération : qu’adviendra-t-il après l’époque du pouvoir ? Comment celle-ci peut-elle être limitée ?

Notes

[1]

Giovanni Botero, Della ragion di Stato libri dieci, Venise 1589, ed. par C. Continisio, Roma (Donzelli), 1997, p. 7. Tr.fr. : Raison et gouvernement d’estat en diz livres, trad. Gabriel Chappuys, Paris, 1599.

[2]

« Ragione di Stato si è notizia de’ mezi, atti a fondare, conservare a ampliare un dominio. » Giovannni Botero, Della Ragion di Stato (Venise 1589), p. 1.

[3]

« As for discontentments, they are in the politic body like to humours in the natural, which are apt to gather a preternatural heat and to inflame. » « And let no prince measure the danger of them by this, whether they be just or unjust, for that were to imagine people to be too reasonable […]. » Francis Bacon, Of Seditions and Troubles, Pamphlet, ed. Pitcher, London, 1985, p. 103. « For remedies, there may be some general preservatives, […] as for the just cure, it must answer to the particular disease, and so be left to counsel rather than rule […]. To give moderate liberty for griefs and discontentments to evaporate […] is a safe way. For he that turneth the humours back, and maketh the wound bleed inwards, endangereth malign ulcers ad pernicious impostumations. » Bacon, loc. cit., p. 104f.

[4]

Bacon, Of Seditions and Troubles, Pamphlet, ibid., p.106.

[5]

« Le calcul du gouvernement, dit Bacon, doit porter sur les richesses, leur circulation, les impôts, les taxes etc., c’est tout ça qui doit être l’objet du gouvernement. Donc calcul qui porte sur les éléments de l’économie, et calcul qui porte également sur l’opinion, c’est-à-dire non pas l’apparence du prince, mais ce qui se passe dans la tête des gens qui sont gouvernés. Économie et opinion, ce sont là, je crois, les deux grands éléments de réalité que le gouvernement aura à manipuler. », M. Foucault (2004), Sécurité, territoire, population, Paris, Seuil/Gallimard, p. 278. Francis Bacon, Of Seditions and Troubles, Pamphlet (n’est pas compris dans les éditions de 1597 et 1612, mais seulement dans celle de 1625). Leipzig, 1967, p. 55-64. Francis Bacon renvoie positivement à Machiavel. Bacon, Advancement of learning, works, spedding ed., bd. Iii, p. 430 ; et dans Of Seditions and Troubles, Pamphlet, p. 102.

[6]

Foucault, Sécurité, territoire, population, op.cit., p. 278.

[7]

Johann Heinrich Gottlob von Justi, Grundsätze der Policeywissenschaft, Göttingen, 1756.

[8]

Par rapport au concept de coup d’État chez Naudé : Robert Damien, Bibliothèque et État. Naissance d’une raison politique dans la France du XVIIe siècle, Paris, PUF, 1995.

[9]

Foucault, Sécurité, territoire, population, op.cit., 384.

[10]

Gabriel Naudé, Considérations politiques sur les coups d’État (1639), Rome, 1667, p. 33 ; voir aussi Julien Freund, « La situation exceptionnelle comme justification de la raison d’État chez Gabriel Naudé », in Roman Schnur, Staatsräson, Studien zur Geschichte eines politischen Begriffs, Berlin, 1975, p. 164.

[11]

Foucault, Sécurité, territoire, population, op. cit., p. 271.

[12]

Louis Marin, « Une Mise en signification de l’espace social, Manifestation, cortège, défilé, procession », in Louis Marin, De la représentation, Paris, 1994, p. 47.

[13]

Voir Michel de Certeau, « La cérémonie », Traverses, p. 21-22, 1981 ainsi que Louis Marin, Utopiques : jeux d’espaces, Paris, 1973.

[14]

Marin « Espace Social », p. 50.

[15]

Marin, « Espace Social », op. cit., p. 51.

[16]

Marin, « Espace Social », op. cit., p. 59.

[17]

Il s’agit toujours du fait que quelqu’un, une personne lambda, statue un exemple de nécessité au dépens de n’importe qui d’autre – c’est à dire que des exposants de la masse célébrant l’arbitraire.

[18]

Voir aussi Charles Townshend, Terrorismus, München, Reclam 2005, p. 9n.

[19]

Mais « le terrorisme incite l’État à des mesures violentes, au lieu de l’amener à céder ; ces mesures brisent soit l’organisation terroriste, soit la légitimité de l’État, en dévoilant le fascisme caché du système. » Townshend, op. cit., p. 20.

[20]

Johann Most, Revolutionäre Kriegswissenschaft, ein Handbüchlein zur Anleitung betreffend Gebrauches und Herstellung von Nitro-Gylcerin, Dynamit, Schiessbaumwolle, Knallquecksilber, Bomben, Brandsätzen, Giften usw., réimpression de l’édition. New York, Internat. Zeitungs-Verein 1885, Wien, Verlag Monte Verità 1989.

[21]

Karl Heinzen, « Der Mord », in Die Evolution, Ein politisches Wochenblatt, Biel 26. Januar 1849 ; pour l’édition : Mord und Freiheit, New York, 1853, voir : Daniel Bessner und Michael Stauch, « Karl Heinzen and the Intellectual Origins of Modern Terror », in Terrorism and Political Violence, 22, 143 –176, London, 2010, p. 143 – 176.

[22]

Paul Brousse, « La propagande par le fait » in Bulletin de la Fédération Jurassienne, 5 août 1877, p. 1 ; Paul Brousse, « Hoedel, Nobiling, et la propagande par le fait » in L’Avant-garde, Berne, 15 juin 1878. Cf. Graham, Robert (dir.), Anarchism. A Documentary History of Libertarian Ideas. Montreal/New York/London, 2005, p. 150ff. Voir aussi : Charles Thomann, Les Hauts Lieux de l’anarchisme jurassien. Édition du Haut, La Chaux-de-Fonds, 2002. Mario Vuilleumier, Horlogers de l’anarchisme, Payot, Lausanne 1988. Voir aussi : George Woodcock, Anarchism, Harmondsworth, Penguin, 1962. Richard E. Rubinstein, Alchemists of the Revolution, Terrorism in the Modern World, New York, Basic Books, 1987.

[23]

Cf. Martin A. Miller, Kropotkin, Chicago, Chicago University Press, 1976.

[24]

Townshend, op. cit., p. 26.

[25]

Townshend, p. 51.

[26]

Townshend, p. 66, p. 73.

[27]

Townshend, p. 185.

[28]

Dans le reflet médiatique, la guerre contre le terrorisme apparaît comme l’expression de la volonté du peuple. « Il devrait être réservé à un humoriste, Terry Jones, un ancien star de la show Monty-Python, de demander publiquement s’il est possible de faire la guerre contre une notion abstraite. » Townshend, op. cit., p. 168.

[29]

Baudrillard, J., L’Esprit du terrorisme, Paris, Galilée, 2002, p. 25n.

[30]

Baudrillard, J., L’Esprit du terrorisme, op.cit., p. 25

[31]

Baudrillard, J., L’Esprit du terrorisme, op.cit., p. 27 et suivantes.

[32]

Dans une note en bas de page, Sloterdijk esquisse une interprétation historico-philosophique du terrorisme selon Hegel. Peter Sloterdijk, Luftbeben, An den Quellen des Terrors, Frankfurt/M, 2002, p. 13f.

[33]

Peter Sloterdijk, op. cit., p. 26f.

[34]

« Le fait que les forces aériennes sont devenus les systèmes armées dominants, notamment dans les guerres d’intervention des États-Unis après 1945, ne témoigne que de la normalisation de l’habitus terroriste de l’État et de l’écologisation de la manière de faire la guerre (un indice parmi tant pour cela est l’emploi de moyens terroristes comme le napalm par la US Air Force dans la guerre au Viêtnam, ou encore le largage de la bombe […] Daisy Cutter […] sur l’infanterie irakienne et des combattants afghans). », Sloterdijk, op. cit., p. 53.