La philosophie est-elle le Blues ?

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La philosophie est-elle le Blues ?

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Traduit de l’anglais (États-Unis) par Émilie Notéris et revu par Seloua Luste Boulbina

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Je propose ici un portrait du Blues comme médium philosophique, que j’envisage également comme métaphilosophique, à travers un résumé de ses proto-formulations dans la philosophie pré-moderne, moderne et contemporaine, ce qui confère à la philosophie de l’africanité une importance fondamentale, bien plus grande que ce que l’on pourrait imaginer [1][1] J’élabore cette affirmation dans une grande variété....

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Il existe bien des manières d’aborder le Blues. En voici deux. Premièrement, le Blues est une forme de musique noire. C’est là une chose bien connue [2][2] Voir l’introduction de Jesse R. Steinberg et Abrol... Deuxièmement, le Blues est un état qui transcende la musique. La musique est, en d’autres termes, une expression du Blues. Une philosophie du Blues, ou peut-être le Blues de la philosophie, se préoccupe davantage de cette dernière proposition.

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Que le Blues soit identifié comme une forme de musique noire occasionne d’emblée certaines pathologies dans le traitement des questions noires au sein de la pensée et de la recherche universitaires occidentales. W.E.B. Du Bois l’a observé il y a plus d’un siècle : parler de la création noire revient presque systématiquement à traiter non seulement des problèmes mais également de la réalité des personnes considérée elle-même comme problématique [3][3] Voir W. E. B. Du Bois, « The Study of Negro Problems »,.... Que les Noirs aient le Blues n’est donc guère étonnant. En Amérique du Nord, cette imputation est devenue métonymie. En atteste la formule d’Amiri Baraka : Peuple du Blues[4][4] Amiri Baraka, Le Peuple du Blues : une musique noire....

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Une partie du problème, cependant, (pardonnez ma maladresse) tient à ce que le problème échoue à être problématisé. Ainsi, Jean-Paul Sartre, par exemple, qui, à l’occasion de sa visite aux États-Unis en 1945, avait passé quelque temps avec Richard Wright à Harlem, lui avait demandé de lui exposer le « problème noir ». « Quel problème noir ? », avait répondu Wright. « Il n’y a pas de “problème noir” aux États-Unis. Il n’y a qu’un problème blanc [5][5] Jean-Paul Sartre, Réflexions sur la question juive,.... »

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La perspicacité de Wright doit être étendue aux présupposés que comporte la pensée lorsqu’elle concerne soit des personnes noires soit l’ensemble des choses noires. On suppose en effet que la musique noire doit être un genre musical particulier, plus encore, un genre musical – spécifique – dépourvu de toute signification universelle. Ainsi, à l’instar de la musique noire, le Blues s’encombre du fardeau d’une particularité présumée en attente de l’illumination d’une analyse universelle.

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Les conséquences de cette présupposition génèrent au moins deux fausses idées. La première est que la musique noire et le Blues sont enfermés dans leur propre particularité, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent renvoyer qu’à eux-mêmes – ce qui invariablement renvoie à l’expérience. Cela confère un caractère effectivement irréfléchi à une musique qui, n’étant qu’expérience, peine à se comprendre elle-même [6][6] Voir Lewis R. Gordon, Existentia Africana, chapitre.... Sa métanarration n’est donc pas réflexive, sauf à bénéficier, bien entendu, des lumières universelles de la théorie et de l’analyse, pour lui donner du sens. La musique souffre ainsi d’une crise particulière de légitimité sur le plan de la pensée : elle ne peut que s’exprimer et tenter de se justifier, sans jamais y parvenir.

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On peut, au cœur de la logique de la particularité et de l’universalité, en découvrir une autre conséquence. Du Bois, dans son analyse de la double conscience, remarquait que ce que l’on désigne la plupart du temps comme particulier recouvre souvent les contradictions internes de la société. Ainsi, l’effort qui consiste à vouloir rendre « purs » le dominant et le normatif, implique souvent une dissociation, un rejet, un désaveu, et un déni des éléments soi-disant sombres de la société. De ce fait, la prétention du dominant et du normatif à l’universalité repose souvent sur une allégation fallacieuse, à savoir leur portée universelle dans l’ignorance pure et simple de ce qui les transcende. La particularité présumée, de son côté, requiert la reconnaissance de ce qui la transcende, ce qui implique à la fois qu’elle s’ajuste à ses limites et qu’elle les transcende. Ainsi là où la première requiert une réalité artificiellement limitée, la seconde exige d’admettre l’artificialité de cette limitation. En réalité, cela signifie que ce que l’on nomme particulier a parfois une portée universelle plus grande que ce que l’on déclare universel. Appelons cela la double conscience potentialisée[7][7] En ce qui concerne l’élaboration de ce concept chez....

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Le message à retenir est dès lors évident. Le Blues, comme musique noire, peut s’avérer d’une plus grande universalité que celle qu’on attribue à la musique classique et moderne. Il ne s’agit toutefois que d’une considération formelle. Car les choses se compliquent singulièrement lorsqu’on réfléchit à ce qu’est le Blues et à ce à quoi il se rapporte. Pour élucider cette question, il faut cependant, au préalable, prendre en compte la question de la « blackness » et du Blues.

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L’argument de l’aveu métaréflexif des contradictions pourrait être qualifié d’argument dialectique. Il fait progresser la connaissance en passant par la reconnaissance des moments d’une fausse universalité. Quelque chose d’autre se joue cependant au cœur de cette réflexion. Car cet argument souligne également les limites des modèles dissociatifs et non relationnels de la pensée. La critique métaphysique s’oppose ici à ce qu’on pourrait appeler la notion de substance autonome [8][8] Ernst Cassirer propose une merveilleuse critique de.... Selon cette critique, l’idée selon laquelle la réalité véritable se devrait d’exister par elle-même ne saurait guère s’appliquer qu’à Dieu ou aux dieux. Le modèle alternatif admet la relationnalité, quand la réalité d’une chose est liée à la relation qu’elle entretient avec d’autres séries de relations. Dans cette optique relationnelle, il existe toujours une autre facette de la pensée à considérer dans l’acte même de la pensée. Il existe, en d’autres termes, un côté sombre et contingent qui se réfère symbiotiquement à toute pensée et la conditionne. Si cela est exact, les rituels de purification ne sont que de vaines tentatives de dénégation cultivant une fausse sécurité, des échappatoires, ou, tout simplement, de la mauvaise foi.

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Cette conclusion renverse complètement la pensée occidentale. Platon – c’est bien connu –, était hostile à l’ombre, qu’il considérait comme une simple apparence venant obscurcir la vision de la pure réalité. Dans la perspective de la double conscience potentialisée, il s’agit là d’une manière de fuir la réalité plutôt que de l’atteindre. La philosophie, en d’autres termes, illustre une forme de névrose [9][9] Pour une critique incisive fondée sur cette observation,....

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Cette névrose reste cependant pertinente. Car il s’agit non seulement de raconter l’histoire du côté sombre de la réalité, mais également du côté des aspirations à la liberté. Libération et liberté sont au cœur du projet de purification. L’erreur, cependant, consiste à en faire une façon d’en nier toute relation avec de plus larges dimensions de la réalité. Mais peut-être s’agit-il d’exiger un autre type de relation ?

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Cette dernière question fournit une nouvelle explication à l’émergence du Blues à partir de la « blackness », raison pour laquelle, ainsi que s’en plaignait Louis Armstrong, et qu’y réfléchissait Ralph Ellison, il y avait tellement de noirceur dans le « bleu » ou le Blues [10][10] Voir Ralph Ellison’s Invisible Man, New York, Vintage....

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La « blackness » qui donne au Blues son contexte est, après tout, une détresse particulière forgée à partir d’une anthropologie philosophique devenue folle. Le monde moderne, fondé sur l’expansion d’un ancien ordre théologique devenu sécularité globalisée, a conduit des groupes entiers de personnes à se demander : (1) Que suis-je ? (2) Serais-je jamais libéré d’une déshumanisante misère ? et (3) Mes questionnements sont-ils justifiés ? Cela a-t-il un sens [11][11] Voir Lewis R. Gordon, An Introduction to Africana Philosophy,... ?

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La déshumanisation des Noirs – liée non seulement à ce qu’un grand nombre d’entre eux ont été réduits au statut d’objet de propriété mais aussi à ce qu’ils ont dû endosser l’héritage du statut présumé de sous-hommes – est une conséquence logique de la première question. Il est également logique que des personnes qui ont été réduites en esclavage et soumises à des conditions sociales de privation des droits civiques, réfléchissent au sens même de la notion de liberté. Il est enfin logique que des personnes dont les efforts – souvent remis en cause du fait de leur incapacité supposée à s’interroger sur leur position – visent à mettre leur condition en cause, soient concernées par les problématiques de la justification.

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Assez curieusement, ce portrait de la « blackness » est conforme aux principes fondamentaux de la réflexion philosophique. Après tout, la philosophie commence avec le questionnement, et ses questions conduisent inévitablement à une métaréflexion sur celui/celle qui questionne, comme sur sa capacité et sa légitimité à produire un tel effort. Ce lien entre la « blackness » et la philosophie nous amène à une autre observation supplémentaire : toutes deux sont nées de l’insatisfaction et de du fait d’avoir à se tenir sur un terrain glissant.

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La « blackness » est par exemple confrontée au problème de la légitimité et, au sens psychanalytique, de la mélancolie. J’entends par cela la formation de l’identité à travers un processus de perte sans avoir jamais pu faire clairement l’expérience de ce qui a été perdu [12][12] Pour l’élaboration de ce concept, voir Lewis R. Gordon,.... Être noir c’est avoir été rejeté de la vie normée du monde moderne ; c’est aussi prendre conscience de son ingénuité. Rien n’obligeait certaines personnes à se considèrer comme noires avant que l’ensemble des forces ne fassent converger le terme de « blackness » vers son pôle négatif. Tous les Noirs ont donc finalement été confrontés au fait de ne pas appartenir au seul monde au sein duquel ils pouvaient être considérés comme indigènes. Cette contradiction fait surgir un état de « blackness » du monde moderne, qui n’a rien de bleu [13][13] L’auteur joue ici sur la double homonymie entre « noirceur »....

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Cette lecture permet de comprendre le caractère moderne de la « blackness », ainsi que de ses valeurs et de ses expressions. En ce sens, la « blackness » parle de quelque chose que la vie moderne peut rejeter mais qu’elle est incapable d’éviter, à savoir sa relation à des éléments dont elle préfèrerait se débarrasser [14][14] J’évoque ce point dans « Theory in Black », voir également.... Si cela est vrai, alors l’expression émotionnelle de cette réflexion est effectivement le leitmotiv de la pensée moderne. Tenter de surmonter ses contradictions, d’atteindre une certaine plénitude et ne faire qu’un avec soi-même, conduit systématiquement à la rupture épistémique, à la dépendance (ou relationalité) ontologique, ainsi qu’au fardeau éthique de la responsabilité du sens, du maintien et de la transformation de chacun. Le projet devient extra-systémique et cette prise de conscience entraîne un déplacement de l’humanité moderne depuis ce qu’on pourrait appeler les attentes de la naïveté enfantine d’un monde cohérent et ordonné jusqu’à la sensibilité adulte aux paradoxes, aux contradictions et à l’injuste fardeau de la vie. N’est-ce pas cela même que l’on appelle le Blues ?

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Le Blues nous dit, par exemple, que ce qu’il est raisonnable d’accepter n’est pas toujours rationnel. Le racisme, ainsi que ceux qui en sont l’objet en font l’expérience et le comprennent, n’est jamais raisonnable, mais se présente toujours sous l’aspect d’une logique froide et rationnelle, au grand dam de nombreux analystes [15][15] Voir Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, 1952,.... Les mêmes ont toujours tort.

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Ces réflexions nous conduisent vers la seconde acception du Blues, et mettent également la philosophie au défi d’affronter certaines des contradictions posées par une argumentation logique (ou logiquement valide) mais pas toujours raisonnable. Cela nous rappelle que la philosophie, si elle veut se montrer fidèle à elle-même, doit avoir une portée radicale, ce qui signifie qu’elle doit également se remettre en question et interroger sa relation avec ces éléments mythiques ou rythmiques, que, de façon erronée, elle cherche à éviter.

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En ce sens, la philosophie, du moins dans son incarnation moderne, a toutes les raisons de chanter le Blues, et elle pourrait montrer plus de fidélité à elle-même si ses possibilités étaient explorées à travers les ressources du peuple du Blues, qui, suivant cette analyse, n’est rien moins que le peuple moderne. Le Blues est, en d’autres termes, le leitmotiv de la modernité.

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Nous pourrions cependant aller plus loin, ainsi que nous l’avons envisagé à propos de Platon, et lire son évocation de la philosophie comme une manière de fuir le Blues, plutôt que de saisir l’occasion d’en tirer des enseignements. Fuir le Blues, entraîne pour ainsi dire la philosophie sur le chemin de la névrose. Voilà qui s’apparente à l’effort de la raison colonisatrice obéissant aux diktats de la rationalité instrumentale. La raison exige donc, comme Fanon l’avait compris, une rencontre avec la raison déraisonnable. Aborder un tel phénomène apparemment contradictoire appelle ironiquement à l’action raisonnable, et pour le faire clairement comprendre, en agissant de manière raisonnable[16][16] Voir Lewis R. Gordon, « When Reason Is in a Bad Mood »,....

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Revenons donc à certains éléments de la forme, de la structure et de la performance du Blues. Le premier constat concerne les lamentations et les gémissements du Blues. Il ne s’agit pas seulement d’une expression de la souffrance, mais également d’une réflexion. La transition s’opère, en d’autres termes, du préreflexif jusqu’à un certain niveau métastable et autoréféré. Cela signifie donc que le Blues fait appel à quelque chose de souvent négligé chez le peuple du Blues, que nous pourrions, par extension, considérer comme une angoisse de la vie moderne, une maturité éthique [17][17] Pour en apprendre plus à ce sujet, voir Lewis R. Gordon,.... Le racisme est une forme d’humiliation qui vise à empêcher certains d’accéder aux droits et aux privilèges de la vie adulte tout en les blâmant de ne pas y accéder. C’est contradictoire mais c’est la raison pour laquelle ceux qui font l’objet d’attaques racistes sont traités comme des enfants perpétuels, des personnes mises sous tutelle par la race des adultes. Le problème de l’injure est ici évident, mais il nous faut garder à l’esprit le fait que les sujets ainsi avilis sont des adultes. Ils doivent donc faire face à des responsabilités d’adulte tout en étant traités comme des sujets immatures. Cette situation frustrante prend une dimension existentielle si l’on réfléchit aux conditions dans lesquelles des peuples asservis ont eu à prendre, quotidiennement et en pleine conscience, des décisions éthiques, tout en souffrant d’être considérés comme des biens et non des personnes. Presque toutes les performances Blues et lyriques soulignent cette contradiction. Comment quelqu’un pourrait-il à ce point être tenu responsable de ce qu’il ne maîtrise pas ?

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Nous avons ici un aperçu de la distinction primordiale entre la manière dont les choses sont perçues et ce qu’elles sont. Cette différence, toutefois, n’est pas toujours parfaitement évidente. Il y a répétition dans le Blues, mais chaque nouvelle exécution d’un thème est singulièrement significative. Il y a répétition sans similitude. Généralement, et musicalement parlant, c’est par un changement d’accord (passage à la quinte) que la révélation se produit. Ce moment, souvent ironique, souligne le rôle du chanteur dans la condition qui est la sienne et dans l’affirmation d’une sensibilité adulte. Ici, l’artiste blues, après avoir exposé les conditions de sa souffrance, et incarnant la souffrance elle-même, soulève la question de l’agencement (l’agency) et de la responsabilité. C’est ce que j’appelle sensibilité adulte, puisque cela renvoie à un instant crucial du développement que tous les parents, à un moment donné, en tant que parents, révèlent à l’enfant qui doit à présent grandir : la vie est rarement juste, et il est, souvent, nécessaire d’improviser.

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L’improvisation est la marque de fabrique de la musique noire. Que l’improvisation ne soit pas aléatoire et que l’improvisateur endosse la responsabilité de parvenir à une formulation originale est souvent négligé. Comme dans le Jazz, la mélodie et les paroles ont préparé le terrain pour ce qui ne peut plus être exprimé par des mots. Elles sonnent toujours le rappel et révèlent ce qui ne peut pas être contenu par les mots.

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Quant à la relation de la raison à la justice, elle revient à se demander ce qu’il faut faire de l’injustice. Il existe bien des injustices avec lesquelles la lutte pour la vie doit composer. Pleurer à chaudes larmes sur cette injustice n’est pas simplement la révélation d’un mal, mais aussi la reconnaissance d’avoir été lésé. Ainsi, la plainte ou le gémissement servent à affirmer sa valeur, puisque si on n’avait aucune valeur, pourquoi devrait-on être préoccupé par ce qui se produit ?

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Le Blues tire donc également de la vie intérieure des affligés une axiologie du défi, et que doit-il en sortir sinon l’une des infractions les plus inquiétantes de la part de sujets racialement dominés, à savoir la dignité ?

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Une grande partie de la performance blues, que ce soit à travers la musique, les textes (comme ceux de James Baldwin, Ralph Ellison, Toni Morrison, Richard Wright, parmi tant d’autres) y compris, de manière ironique, ceux de Frantz Fanon, qui se montrait pourtant critique envers le Blues, place la lutte de l’homme pour la dignité à un niveau politique et métaphysique [18][18] Fanon parle avec mépris du blues dans « Racisme et.... Puisque les bouleversements qui constituent la vie moderne ont plongé une si grande part de l’humanité dans la réalisation de cette incertitude, il n’est pas étonnant que cette sensibilité s’étende de la Sibérie à la Nouvelle-Zélande, du Canada aux campements de l’Antarctique, et autour de la planète, du Brésil à l’Angola, jusqu’au Vietnam.

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Je pourrais continuer, mais je voudrais refermer cette brève explication sur une question ouverte. La philosophie, lorsqu’elle réfléchit à sa condition, ne peut pas s’empêcher d’avoir le blues, car, ainsi que l’avait observé Karl Jaspers, elle est un long hymne à la Raison, mais un tel objet d’amour n’est, on le sait, pas toujours celui que l’on choisit de suivre [19][19] Voir Karl Jaspers, Raison et existence, trad. Robert....

Notes

[1]

J’élabore cette affirmation dans une grande variété de contextes, voir en particulier Lewis R. Gordon, An Introduction to Africana Philosophy, Cambridge, UK, Cambridge University Press, 2008.

[2]

Voir l’introduction de Jesse R. Steinberg et Abrol Fairweather (dir.), « Blues—Philosophy for Everyone : Thinking Deep about Feeling Low », Malden, MA, Willey Blackwell, 2012.

[3]

Voir W. E. B. Du Bois, « The Study of Negro Problems », The Annals of the American Academy of Political and Social Science 11, janvier 1898, p. 1–23, réimprimé in The Annals of the American Academy of Political and Social Science 56, March 2000, p. 13–27, et The Souls of Black Folk: Essays and Sketches, Chicago, A. C. McClurg, 1903. Voir également Lewis R. Gordon, Existentia Africana: Understanding Africana Existential Thought, New York, Routledge, 2000.

[4]

Amiri Baraka, Le Peuple du Blues : une musique noire dans une Amérique blanche, Gallimard, 1968, Paris.

[5]

Jean-Paul Sartre, Réflexions sur la question juive, 1946. [N.d.T.].

[6]

Voir Lewis R. Gordon, Existentia Africana, chapitre 2 : « A Problem of Biography in Africana Thought ».

[7]

En ce qui concerne l’élaboration de ce concept chez Du Bois, voir Henry Paget, « Africana Phenomenology: Its Philosophical Implications », The C. L. R. James Journal 11, n° 1, 2005, p. 79–112. Cf. également Jane Anna Gordon, « The Gift of Double Consciousness: Some Obstacles to Grasping the Contributions of the Colonized », in Nalini Persram (ed.), Postcolonialism and Political Theory,Lanham, MD, Lexington Books, p. 143–161 et Lewis R. Gordon, « Theory in Black: Teleological Suspensions in Philosophy of Culture », Qui Parle: Critical Humanities and Social Sciences 18, n° 2, Spring/Summer 2010, p. 193–214.

[8]

Ernst Cassirer propose une merveilleuse critique de ce concept dans Substance et Fonction. Éléments pour une théorie du concept, trad. Pierre Caussat. Paris, Minuit, 1977. Pour en savoir plus, voir Lewis R. Gordon, « Essentialist Anti-Essentialism, with Considerations from Other Sides of Modernity », Quaderna: A Multilingual and Transdisciplinary Journal, n° 1, 2012 : http://quaderna.org/wp-content/uploads/2012/09/Gordon-essentialist-antiessentialism.pdf

[9]

Pour une critique incisive fondée sur cette observation, voir Charles Wm. Ephraim, The Pathology of Eurocentrism: The Burdens and Responsibilities of Being Black,Trenton, NJ, Africa World Press, 2003.

[10]

Voir Ralph Ellison’s Invisible Man, New York, Vintage International 1990, ainsi que ses compilations d’essais Going to the Territory, New York, Vintage, 1987 et Shadow and Act, New York, Vintage, 1964.

[11]

Voir Lewis R. Gordon, An Introduction to Africana Philosophy, introduction et chapitre 1, ainsi que « Theory in Black ».

[12]

Pour l’élaboration de ce concept, voir Lewis R. Gordon, « When Reason Is in a Bad Mood: A Fanonian Philosophical Portrait » In Hagi Kenaan and Ilit Ferber (eds.) Philosophy’s Moods: The Affective Grounds of Thinking, Dordrecht, Springer Press, 2011, p. 185–198.

[13]

L’auteur joue ici sur la double homonymie entre « noirceur » et « négritude », et sur Blue « bleu » et « blues ». [N.d.T.].

[14]

J’évoque ce point dans « Theory in Black », voir également Lewis R. Gordon, « Of Tragedy and the Blues in an Age of Decadence: Thoughts on Nietzsche and African America. » In Jacqueline Renee Scott and Todd Franklin (eds.), Critical Affinities: Nietzsche and the African American Experience, Albany, NY, State University of New York Press, 2006, p. 75–97.

[15]

Voir Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, 1952, réed., Le Seuil, 2001 ainsi que sa merveilleuse conférence, « Racisme et culture », in Frantz Fanon, « Pour la révolution africaine ». Écrits politiques, 1964, réed., La Découverte, 2006, au sujet du racisme normatif. Voir également mon point de vue sur le sujet in Part II de Bad Faith and Antiblack Racism, Amherst, NY, Humanity Books, 1999.

[16]

Voir Lewis R. Gordon, « When Reason Is in a Bad Mood », op. cit.

[17]

Pour en apprendre plus à ce sujet, voir Lewis R. Gordon, « The Problem of Maturity in Hip Hop », The Review of Education, Pedagogy, and Cultural Studies 27, n° 4, octobre–décembre 2005, p. 367–389 ; « Must Revolutionaries Sing the Blues ? : Thinking through Fanon and the Leitmotif of the Black Arts Movement », Africana Studies : A Review of Social Science Research 2, 2008, 87–103 ; et « Justice Otherwise : Thoughts on uBuntu », Leonhard Praeg (ed.), Ubuntu : Curating the Archive, Scottsville, SA, University of KwaZulu Natal Press, à paraître,

[18]

Fanon parle avec mépris du blues dans « Racisme et culture » comme d’une maladie qui disparaîtrait avec le racisme. L’argument que je propose ici rejette la thèse de Fanon puisque je soutiens que le racisme s’adresse à la partie inférieure de la vie moderne dans un cas et aux conditions dissociées de la pensée et de la vie même dans l’autre.

[19]

Voir Karl Jaspers, Raison et existence, trad. Robert Givord, Presses Universitaires de Grenoble, 1978.