La Chose porno - ou le corps impropre

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La Chose porno - ou le corps impropre [*]

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Du porno ou de la pornographie, il faudrait bien parler. Telle est l’injonction qui surveille ici la prise de parole.

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Bien parler. Non seulement au sens où il faudrait éviter de se livrer hâtivement à des jugements apocalyptiques qui définissent le porno comme un « dispositif politiquement et moralement infâme [1][1] G. Agamben, Profanazione, Roma, Nottetempo, 2005, p.... », pour citer les mots de Giorgio Agamben (mais, je le rappelle, Agamben dit presque la même chose à propos du portable ou de la télévision, ce qui n’est pas un hasard, étant donné le rapport essentiel entre le porno et les écrans). Bien parler du porno (ou de la pornographie) ce serait aussi en parler proprement, en utilisant un langage propre au questionnement philosophique et au contexte institutionnel dans lequel on parle.

3

Il faudrait donc être « éloquent ».

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Dans L’Orateur, Cicéron écrit : « Il sera donc éloquent, celui qui saura approprier le discours à toutes les bienséances. Il discernera dès lors quel devra être son langage […] et il y aura entre les choses et les paroles une heureuse correspondance » (xxxvi).

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Question de langage, tout d’abord.

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Et de langage bien approprié, convenable, d’« heureuse correspondance », s’il y en a, entre les mots et la chose, qui évite l’obscène, le nomen obscenum, pour citer une fois encore Cicéron. Car il y a toujours le risque, pour une philosophie de la pornographie, de pornographiser son propre discours, son propre logos, – donc de pervertir et de vulgariser l’amour philosophique dans son double obscène : cet eros vulgaire et physique, populaire et public, opposé à l’« eros ouranos », que Platon nomme dans Le Banquet « eros pandemos ». Tout se passe alors comme si la chose porno menaçait l’ordre du discours philosophique en pervertissant son eros et en excitant et déformant son logos.

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C’est là la marque inquiétante et étrange, unheimlich du pornographique : son effet obscène de pornographisation du discours qui l’aborde – de la langue qui le touche. La question du « toucher lingual » n’est pas hors de propos ici, si, comme vous le savez, le mot philein inscrit dans la philo-sophie ne veut pas dire seulement, comme on le traduit souvent, « aimer », mais aussi « baiser » (au sens de donner un baiser).

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On croit donc parler du porno dans une langue philo-sophique – et on se retrouve déjà sur une scène obscène où on a à faire à un eros exorbitant qui, pour utiliser une formule levinassienne, est au-delà du visage. Pour cette raison, par exemple, nous ne pouvons pas regarder, ici, des images de la chose dont je dois bien parler. Afin de bien parler, et de refréner la langue, nous devons déjà nous protéger ici de la force exorbitante de la chose porno, rester dans l’espace de la parole convenable et éviter, au moins, les images en mouvement de la chose.

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Cette chose-là est dangereuse comme la chose de Carpenter (The Thing) ou de Lacan.

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Il faudrait donc parler proprement du porno, afin d’approprier le discours philosophique à la pornographie en évitant de pervertir sa notion de l’amour (qui est toujours amour de la vérité) en ce dirty talk dont parlent la porno star Sasha Gray (je cite : « when I fuck I say a lot of dirty talk ») et Emmanuel Levinas dans Carnets de captivité en évoquant « le mot ordurier dans l’amour ».

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Pornographiser la philosophie : cela peut toujours arriver – calcul ou hasard – quand on parle de porno ou de pornographie ; c’est-à-dire, quand on parle de ce que Sasha Gray – cette porno star qui aime citer Nietzsche et Sartre – appelle fuck ou, en français, « de ce que le verbe foutre énonce parfaitement [2][2] J. Lacan, Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Seuil,... ». C’est Jacques Lacan qui parle ici, en précisant à propos de foutre : « Je veux dire le verbe, en anglais to fuck ». Et il le dit dans le Séminaire Encore, où il parle, précisément, d’une jouissance liée au fait de parler.

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Normalement, on ne parle pas de ça, en philosophie.

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Je dis « normalement », parce que Slavoj Žižek écrit, à propos du fuck (je cite Critical Inquiry) : « Is the practice of fist-fucking not the exemplary case of what Deleuze called the “expansion of a concept ?” The fist is put to a new use ; the notion of penetration is expanded into the combination of the hand with sexual penetration, into the exploration of the inside of a body[3][3] S. Žižek, Organs without Bodies : On Deleuze and Consequences,... ». Peut-on prendre Žižek philosophiquement au sérieux quand il parle de philosophie en termes pornographiques ? Je dirais que oui ; mais cela, il faut bien le savoir, n’est pas sans effets sur l’ordre du discours philosophique ni sur l’image de ce qu’on appelle un philosophe digne de ce nom.

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Or, à l’exception de Žižek – qui parle beaucoup de porno dans ses textes et qui n’hésite pas à adopter un ton pornographique en philosophie ni à pornographiser la philosophie –, normalement on ne parle pas de ça, ni comme ça, en philosophie. Ça sonne vulgaire. Ça fait perdre la distinction liée au discours philosophique. Si on le faisait, on verrait surgir, tout de suite, le fantasme du porno. C’est ce qui arrive à Derrida qui, sous la forme d’une dénégation, évoque les porno-fantasmes de Hegel et Heidegger.

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Je cite un extrait des dialogues du film Derrida :

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« – Si vous pouviez voir un documentaire sur un philosophe, Heidegger, Kant ou Hegel, qu’est-ce que vous désireriez voir dedans ?

– Leur vie sexuelle. Qu’ils parlent de leur vie sexuelle ou qu’on parle de leur vie sexuelle. Quelle est la vie sexuelle de Hegel ou de Heidegger ?

– Pourquoi ?

– Parce que c’est ce dont ils ne parlent pas. J’ai envie qu’ils parlent de ce dont ils ne parlent pas. Pourquoi ces philosophes se sont présentés comme asexués ? Je n’ai pas dit que j’ai envie qu’on fasse un film porno sur Hegel ou Heidegger… »

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Oui, oui : il faudrait bien parler, sans tomber dans la pornographisation du logos.

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Car quelqu’un ou quelqu’une pourrait protester, touché(e) ou blessé(e), piqué(e) au vif par l’utilisation de mots impropres et obscènes, de gros mots qui ne sont pas appropriés au contexte et à l’ordre du discours philosophique.

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Oui, cela peut toujours arriver.

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Avec le porno.

21

Quelqu’un ou quelqu’une se sent blessé(e), injurié(e), offensé(e) par cette chose qui est déjà au-delà de l’éthique, qui ne prévoit donc aucun respect de l’Autre.

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Il n’est pas question dans l’eros de s’excuser ou de demander « pardon », mais plutôt de revendiquer la nécessité d’un certain irrespect de l’Autre. Cet irrespect à l’égard de l’Autre de l’éthique, à l’égard de l’Autre comme visage, est essentiel à la chose porno : et il doit être revendiqué. Sans la revendication de cet irrespect on peut arriver à soutenir, par exemple – je cite l’entrée « fellation » du Dictionnaire de la pornographie –, que la fellation (dans la réalité et dans le porno) est « l’une des formes de la libido dominandi masculine qui cherche à affirmer sa puissance et sa supériorité par une relation physique conquérante et agressive visant la pénétration et l’orgasme » ou encore « l’ultime subterfuge du pouvoir masculin pour faire passer en contrebande sa fantasmagorie machiste destinée à satisfaire le plaisir des hommes [4][4] Ph. Di Folco (sous la direction de), Dictionnaire de... ».

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L’effet, involontairement comique, des mots de Frank Evrard sur la fellation, est dû à la position ou mieux à la posture éthique dans un espace érotique qui suggère déjà une rêverie porno-comique : l’image d’un homme qui, d’une voix de plus en plus excitée, condamne le phallocentrisme de la fellation que, en même temps, on est en train de lui faire.

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Voici donc la limite de tous les discours féministes contre le porno : assumer une posture éthique humaniste dans un espace érotique qui est au-delà du sujet et de l’éthique.

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En préparant mon texte, je me suis demandé :

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« Est-ce que je pourrai tout dire, au nom de la philosophie ?

– Est-ce que j’aurai le droit de tout dire, dans cette langue étrangère que j’aime bien, et que je voudrais parler bien, mais dont je ne domine pas vraiment les doubles sens, la force de certains mots, la langue sexuelle (même si je me suis entraîné avec du porno français), les gros mots et les ordures ? »

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Dans L’Ordre du discours Foucault écrivait : « On sait bien qu’on n’a pas le droit de tout dire, qu’on ne peut pas parler de tout dans n’importe quelle circonstance, que n’importe qui, enfin, ne peut pas parler de n’importe quoi. Tabou de l’objet, rituel de la circonstance, droit privilégié ou exclusif du sujet qui parle : on a là le jeu de trois types d’interdits qui se croisent, se renforcent ou se compensent, formant une grille complexe qui ne cesse de se modifier. Je noterai seulement que, de nos jours, les régions où la grille est la plus resserrée, où les cases noires se multiplient, ce sont les régions de la sexualité et celles de la politique : comme si le discours, loin d’être cet élément transparent ou neutre dans lequel la sexualité se désarme et la politique se pacifie, était un des lieux où elles exercent, de manière privilégiée, quelques-unes de leurs plus redoutables puissances [5][5] M. Foucault, L’Ordre du discours, Paris, Gallimard,.... »

28

– Il faudrait bien parler du porno ou de la pornographie – c’est l’ordre même du discours philosophique, l’ordre du logos qui intime de le faire.

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Je viens de dire « porno ou pornographie ».

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Mais les deux mots ne signifient pas la même chose.

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La pornographie (mot dont l’origine est peut-être philosophique, si l’on croit à l’histoire du philosophe néo-platonicien Atheneus qui évoque un repas entre penseurs au cours du quel il est question d’un pornographos, d’un « homme qui peint des prostituées »), ou, plus exactement, le mot « pornographie » fut employé en littérature par Restif de La Bretonne, l’écrivain qui, en 1769, a forgé le terme même de « pornographe ». En ce sens, la pornographie serait la représentation du corps et du sexe dans l’écriture, au sens strict du mot, ce qui pose le problème du rapport entre la langue, le sexe et le corps. À ce propos, Valérian Lallement, écrit à l’article « Écriture » du Dictionnaire de la pornographie : « La porno-graphie pose, à travers la langue, un problème linguistique, ontologique et philosophique. Dans cette mesure, le sexe n’est que le point limite où la langue vient se rompre et se questionner, il n’a plus vocation à exciter [je souligne]. C’est pourquoi l’on peut parler de porno-graphie au sens large, le corps n’étant que l’impossible à dire qui provoque la langue à se transformer : sexe, violence, guerre, cruauté, mort, etc. Dans cette perspective, l’on peut envisager conjointement sous le nom de porno-graphie les expériences littéraires de D.A.F. de Sade, de Lautréamont, d’A. Artaud, de G. Bataille, de P. Klossowski [6][6] Ph. Di Folco (sous la direction de), Dictionnaire de.... »

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Or, ce qui compte dans cette définition, c’est que la porno-graphie littéraire n’a plus, en tant que littérature, vocation à exciter. À ce propos, Deleuze a parlé de littérature pornologique : « La littérature pornologique se propose avant tout de mettre le langage en rapport avec sa propre limite, avec une sorte de “non langage” [7][7] G. Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch, Paris, Minuit,... ». Mais déjà pour Deleuze « pornologie » serait un « plus haut nom » au-delà de la pornographie : un nom plus philosophique, quelque chose comme une « pornographie qui pense » pour utiliser une définition de Mehdi Belhaj Kacem qui écrit : « Derrière l’opacité du visible sans réserve (pornographie), la clarté de l’intelligible pure (pornologie) ».

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Voilà une pornographie que le logos se serait bien approprié.

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Je dois l’avouer.

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Je n’ai aucun intérêt pour une pornographie « plus haute » ni pour son intelligibilité pure. Pour cette pornographie qui n’a pas vocation excitatoire mais littéraire bien appropriée au logos.

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Ce qui m’intéresse – la chose porno (est-ce que je devrais dire : « ce qui m’excite » ? est-ce que je pourrais éviter de dire « ce qui m’excite » ? est-ce qu’il y aurait la moindre possibilité de penser la chose porno sans s’exciter ?) –, ce qui m’intéresse et m’excite, ce qui m’excintéresse c’est, précisément, ce qui excède soit l’ordre de la pornographie soit l’ordre de la pornologie – à savoir l’ordre d’une certaine écriture qui fait de la pornographie un objet littéraire qui n’excite pas.

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Et quand je dis « je » ici, en parlant de porno, je le dis d’une point de vue sexué et résolument viril.

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La chose porno dont je voudrais bien parler excède déjà l’espace littéraire qui aura été l’espace légitime et propre pour l’interrogation philosophique de la pornographie : un espace à l’intérieur duquel la philosophie aura été autorisée à aborder la question de la pornographie – sans perdre sa distinction, sa dignité de pensée et sans courir le risque d’exciter son logos. Parce que là, dans le texte littéraire, la nudité érotique « signifie », perd la forme informe de chose exorbitante qui excède l’espace de la signification et devient précisément un respectable objet littéraire. Il y a là un ennoblissement, une élévation une signification de la chose porno qui rend possible une interrogation philosophique du porno digne de ce nom (et il faudrait ici ouvrir une longue parenthèse sur cette formule que Derrida aimait beaucoup, mais que je trouve dangereuse ; en deux mot : je dirais qu’un philosophe ne devrait jamais, au fond, être digne de son nom, mais être plutôt une espèce d’imposteur).

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La chose porno n’a ni un statut littéraire ni un statut artistique ni, à la limite, un statut cinématographique. Même si on parle de « cinéma x » il s’agit là d’un genre à part, qui ne doit pas entrer en contact avec le cinéma supposé normal (sinon au risque de sa pornographisation et de son exclusion du circuit du cinéma au sens propre du terme).

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La chose porno est la pornographie audio-visuelle de masse, ce qu’on appelle pop porn : le film porno ou le vidéo de you porn qu’on peut voir sur ordinateur, portable, télévisions, iPod, iPad. Le porno « pandemos » pour citer Platon, à savoir : populaire, qui fait partie de la culture de masse, qui est le côté obscène de la culture de masse et de la démocratie.

41

Si le visuel, comme l’a écrit Fredric Jameson, est essentiellement pornographique, l’époque de l’hyper-visibilité télé-technologique montre cette essence dans toute sa puissance : pas d’écran aujourd’hui qui ne soit pas hanté par le fantasme du porno.

42

La chose porno est ce fantasme qui hante l’espace de la visibilité télé-technologique comme exposition télé-technologique de l’ultramatérialité charnelle des corps qui excède une ontologie du corps propre.

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43

Oui, il faudrait bien parler du porno.

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Mais penser la chose porno sans l’exorciser signifie déjà s’exposer au risque d’une certaine perversion de la philosophie en tant qu’amour pour le savoir, désir de savoir, amour de la vérité.

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La philosophie face à chose porno n’a pas la possibilité de parler proprement, en termes scientifiques, de son objet et de dire, simplement, la vérité. Autrement dit, quand on parle de porno on ne peut pas se réfugier derrière le « je » philosophique, ce « je » universel, spectateur imperturbable et dégagé, sujet transcendantal, porte-parole pour tous et tout un chacun, désincarné et asexué [8][8] Cfr. J.-L. Marion, Le Phénomène érotique, Paris, Grasset,....

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Linda Williams, à ce propos, écrit qu’on ne peut pas afficher de l’indifférence devant la chose porno et qu’il faut bien admettre une nécessaire vulnérabilité devant son pouvoir. Mais déjà Bataille disait que l’activité sexuelle exclut l’observation méthodique de la science.

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Or cet effet du porno sur le discours est, précisément, ce que les féministes anti-pornographie dénoncent. Judith Butler a bien résumé cette accusation : « Ceux qui combattent la pornographie combattent en même temps l’état de confusion dans lequel la parole est apparemment tombée : celle-ci court le risque de prendre des significations non voulues ; elle devient un acte sexualisé et témoigne qu’elle relève de la séduction (qu’elle est donc perlocutoire), plutôt qu’elle n’est fondée sur la vérité (elle n’est donc pas constative). La pornographie avilit ainsi le discours, le rabaisse au statut de rhétorique et révèle ses limites en tant que philosophie [je souligne]. Si la pornographie accomplit une déformation du discours, que suppose-t-on être la forme convenable du discours ? Quelle conception du discours non-pornographique conditionne donc cette critique de la pornographie [9][9] J. Butler, Le Pouvoir des mots, Paris, Éditions Amsterdam,... ? »

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On pourrait dire que cette critique de la pornographie est conditionnée par la conception métaphysique du discours. L’amour-propre de la philosophie, le philein comme discours (et non comme baiser), serait donc un discours essentiellement anti-pornographique. En ce sens, le porno est une menace pour l’amour-propre de la philosophie, une expropriation de l’amour philosophique.

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Mais il faut ajouter que cette menace ne lui arrive pas du dehors : elle affleure d’un dehors forclos dans le dedans, au cœur même de son amour-propre – un baiser obscène encrypté au cœur de son philein.

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Une scène porno hante la philosophie comme son double obscène que la philosophie ne peut pas se réapproprier dans son logos.

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Je l’imagine, alors, cette scène obscène.

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Oui, je me fais une rêverie érotique.

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J’imagine la philosophie comme un film – il s’agit d’une rêverie dans le genre « légende urbaine » – dans lequel sont encryptés des photogrammes porno que nous ne voyons pas, au moins au niveau du logos, mais qui ont des effets subliminaux, comme dans la scène finale de Fight club. C’est à partir de là que Žižek peut récrire des concepts philosophiques en forme porno. Nous avons vu le cas de Deleuze et du fist fucking. Oui : il s’agit d’une opération très vulgaire. Inadmissible, dirait quelqu’un ou quelqu’une, pas sérieuse, et qui offense la dignité du discours philosophique.

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Et pourtant. Et pourtant, on le pressent, cette vulgarité n’arrive pas tout simplement du dehors. Cette vulgarité est philosophique, trop philosophique.

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Or nous avons peut-être la possibilité de voir l’archi-porno-photogramme de cette autre scène obscène de ce film qu’on aura appelé « philosophie » ; un photogramme retrouvé au cœur du lieu qui représente, selon le metteur en scène Bernardo Bertolucci, l’invention du cinéma, à savoir la caverne platonique.

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Cet archi-porno-photogramme est devenu, comme vous le savez, la carte postale la plus célèbre en philosophie.

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Voici sa description par Derrida :

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« La carte m’a tout de suite paru, comment dire, obscène. Obscène, tu comprends, en chacun de ses traits. Le trait en lui-même est indiscret ; quoi qu’il trace ou représente, il est indécent (mon amour, libère-moi du trait). Et à ces trait obscènes j’ai tout de suite eu envie d’élever un monument, ou un château de cartes […] Plus tard d’autres tenteront une lecture scientifique et compétente. Elle doit exister déjà, endormie dans l’archive, réservée aux rares survivants, aux derniers gardiens de notre mémoire. Pour l’instant, moi, je te dis que je vois Platon bander dans le dos de Socrate et l’hybris insensée de sa queue, une érection interminable, disproportionnée, traverser comme une seule idée la tête de Paris, et la chaise du copiste avant de glisser doucement, toute chaude encore, sous la jambe droite de Socrate [10][10] J. Derrida, La Carte postale, Paris, Flammarion, 1980,.... »

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Cette scène obscène à l’origine de la philosophie est la jouissance même que la philosophie ne pourra jamais se réapproprier.

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Et venons-en maintenant au cœur, ou mieux, au hard core de la question.

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La chose porno, qu’est-ce que c’est ?

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On a du mal à définir, en général, la pornographie.

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Mais on peut définir précisément la chose porno.

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La chose porno est une real-fiction, la fiction (du) réel des rapports sexuels ou des actes sexuels, à savoir : une fiction visuelle dans laquelle les acteurs font semblant de faire ce qu’ils font réellement – font semblant d’accomplir les actes sexuels qu’ils accomplissent en réalité. La chose porno est donc une fiction (la seule forme de fiction) qui incorpore en soi, en le montrant dans le détail, le réel de l’acte sexuel.

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Dans la chose porno le rapport entre le réel des actes sexuels et la fiction est semblable à celui qui existe, dans la réalité, entre les objets et la lumière. La fiction est la lumière, tandis que les actes sexuels sont les choses qui apparaissent sous la lumière qui les éclaire. Mais tout comme les yeux ne peuvent pas voir la lumière, mais seulement les objets éclairés, dans le cas de la chose porno on a la tendance à voir la chose sexuelle, oubliant qu’elle est toujours inscrite dans la lumière de la fiction. Or, cette lumière de la fiction peut être symboliquement représentée par les lumières artificielles sur le plateau : les lumières de la pure fiction indispensables pour montrer, en détail, l’acte sexuel réel.

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Lorsque Baudrillard, à propos du porno, parle de « représentation immédiate et exagérée : celle du sexe pur, dépouillé non seulement de toutes les séductions, mais du virtuel même de sa propre image » ou de la « fin de la scène et de l’illusion » ou d’un porno qui fait partie de la « catastrophe du réel » il voit simplement la chose réelle et supprime la fiction dans laquelle, pour se montrer, elle s’incorpore [11][11] Cfr. J. Baudrillard, De la séduction, Paris, Galilée,....

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Le regard de Baudrillard est tellement obsédé par ce qui est mis en scène – la chose sexuelle – qu’il oublie la mise en scène elle-même

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Pour cette raison, son analyse de la pornographie (« dégradation envers une évidence terroriste du corps ») ne saisit pas la complexe structure ontologique du porno. L’analyse de Baudrillard suit la sagesse conventionnelle qui voit dans le porno « pur sexe » devant une caméra, la représentation du « sexe pur ».

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Si on veut comprendre la structure ontologique, ou mieux, ultra-ontologique de la chose porno, il faut abandonner Baudrillard et écouter les actrices ou les acteurs porno.

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Rocco Siffredi, qui est sûrement un des meilleurs acteurs sur la scène internationale du porno (Catherine Breillat l’a défini, d’une manière plus générale, « le meilleur acteur européen »), a déclaré : « Bien que je sois le premier à affirmer qu’on ne peut pas jouer le sexe, au point que j’en ai fait ma devise, toutefois, lorsque vous êtes en face de la caméra vous avez à jouer ». Et encore : « Plus d’une fois, j’ai entendu dire que notre travail a plus à voir avec la prostitution qu’avec la récitation, car nous sommes payés pour faire du sexe. Cette déclaration perd de vue le fait que les acteurs porno sont payés pour produire une relation sexuelle qui doit atteindre un large public, tout comme les acteurs du cinéma traditionnel [12][12] R. Siffredi, Io, Rocco, Milano, Mondadori, 2006, p..... »

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Et voici comment Jenna Jameson décrit l’expérience de son premier film, Up and Cummers N° 11 : « Ce n’était pas comme du sexe à la maison, car ici il y avait la caméra et tous les muscles de mon être se mouvaient afin d’apparaître au mieux devant la caméra [13][13] J. Jameson, N. Strauss, How to make Love like a Porn.... »

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La chose porno n’est pas une série d’actes sexuels repris par une caméra. La chose porno est une série d’actes sexuels construits par une caméra. La dimension d’exposition télé-technologique est constitutive de l’acte sexuel. L’exhibitionnisme exorbitant de la nudité dont parle Levinas dans la Phénoménologie de l’eros trouve ici son incarnation télé-technologique. Mais dans le même temps – voici la spécificité et la complexité ultra-ontologique de la chose porno – on ne peut pas réduire la chose porno à une simple fiction. La chose porno déconstruit la frontière qui devrait séparer réalité et fiction. L’incorporation du réel de l’acte sexuel dans la fiction est donc la différence spécifique de la fiction du porno.

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Le réel de la chose, maintenant.

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Le réel incorporé dans la fiction du porno est la chose en tant que réel traumatique de l’acte sexuel qui est exhibé entièrement dans la non-signifiance de sa dimension charnelle : la chose sexuelle comme chose charnelle où les corps perdent leur organisation propre. Voici ce que la chose porno expose – ou plutôt projette dans la chair. Parce que chaque visionnage d’un porno est une vision charnelle.

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En ce sens, la chose porno n’est pas la dégradation de l’érotisme ou de la pornographie littéraire, mais plus radicalement elle est, d’un côté, la seule forme de fiction audio-visuelle qui nous mette en contact avec le réel de l’acte sexuel et, de l’autre, une transformation de la chose sexuelle à l’époque de la reproductibilité technique et télé-technologique qui produit un nouveau rapport entre espace public et chose sexuelle – et je dirais même entre espace politique et chose sexuelle. La question des corps du souverain à l’époque de la reproductibilité télé-technologique devrait être pensée dans la dimension d’un certain exhibitionnisme porno du corps. La catégorie de scandale politico-sexuel ou d’immoralité n’est pas du tout suffisante pour essayer de comprendre ce qui est en train de se passer au cœur du pouvoir.

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Or, la qualité esthétique d’un porno est liée à la façon dans laquelle se produit l’incorporation du réel dans la fiction, de la chose dans le porno : à savoir la façon dans laquelle la visibilité totale se rapporte à l’invisible.

77

Par l’incorporation du réel de l’acte sexuel dans la fiction, le porno promet, en effet, une visibilité totale de la chose sexuelle. La chose porno est, précisément, cette promesse de visibilité sans reste. Et pourtant : la promesse de visibilité sans reste de la chose sexuelle dans sa nudité charnelle est une promesse impossible : la promesse impossible de la chose porno.

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Il ne s’agit pas de dire qu’il y aurait encore quelque chose de caché que le porno n’arrive pas à montrer. Mais plutôt que, précisément en montrant tout, le porno montre qu’il y a de l’invisible au cœur de la visibilité totale. Dans l’hard core de la chose porno qui nous montre tout, le tout des corps, nous avons une profanation de l’invisible qui n’est pas simplement sa suppression, mais une nouvelle façon de se rapporter à l’invisible du charnel comme tel.

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79

Dans son livre, Incarnation, Michel Henry écrit : « Cette profanation collective de la vie, c’est la pornographie. Dans la pornographie se fait jour un tentative de porter à sa limite l’objectivité de la relation érotique de telle façon qu’en elle tout soit donné à voir – ce qui oblige d’ailleurs à multiplier les points de vue sur les comportements et les attributs sexuels comme si quelque chose dans la sexualité se refusait indéfiniment à cette objectivation totale [14][14] M. Henry, Incarnation. Une philosophie de la chair,.... » Pour Henry, de façon plus générale, l’acte même de se dépouiller est une profanation de la vie, ou plutôt une auto-profanation que la vie fait à elle-même : « À l’égard de la vie, il s’agit d’une profanation. À elle qui s’enveloppe dans le secret d’une pudeur originelle parce qu’elle porte en elle l’esprit hétérogène à toute chose et à toute objectivité, il est dit en effet : tu es cela, tu n’es que cela, cette chose absurde, ce sexe indécent – indécent parce qu’il n’a rien de commun avec toi, avec l’esprit [15][15] Ibidem, p. 313.. »

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Mais s’il est vrai que quelque chose dans la sexualité se refuse infiniment à l’objectification, comme dit Henry, eh bien, je dirais que le porno, qui s’avance jusqu’à la limite absolue de la visibilité de la chose sexuelle, montre précisément ce refus infini en tant que refus de la chose charnelle à l’objectivation. Comment pourrait-on le montrer autrement ? La chose porno montre précisément cette chose indécente qui n’a plus rien en commun avec le sujet souverain et ses corps ni avec les objet et qui, en se montrant incorporée dans la fiction, se soustrait infiniment.

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La chose porno, en tant que profanation, serait alors une manière de mettre à l’épreuve cet infini refus comme mise en œuvre d’une certaine vérité de la chose sexuelle, en particulier de la chose sexuelle féminine, de l’énigme ou du mystère du féminin qui est au cœur du porno.

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Mais peut-on parler d’une profanation du porno qui, au lieu de détruire le mystère ou l’invisible, devient le moyen de leur expérience ?

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Oui on peut bien en parler, si on pense à ce que dit Levinas à propos de la profanation comme violation. « La volupté, comme profanation, découvre le caché en tant que caché. Une relation exceptionnelle s’accomplit ainsi dans une conjoncture qui, pour la logique formelle, procéderait de la contradiction : le découvert ne perd pas dans la découverte son mystère, le caché ne se dévoile pas, la nuit ne se disperse pas […]. Découvrir signifie ici violer, plutôt que dévoiler un secret [16][16] E. Levinas, Totalité et infini, Paris, « Le Livre de.... »

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La violation à laquelle le porno soumet la chose sexuelle a la force de cette profanation dans laquelle le découvert ne cesse pas d’être énigmatique, mystérieux, secret.

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85

La chose porno comme fiction qui incorpore en soi le réel de l’acte sexuel, ne montre pas des sujets qui ont des rapports sexuels : elle produit une dé-gradation des sujets, une métamorphose du sujet vers le degré zéro de sa subjectivité.

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La chose porno expose le degré zéro de la subjectivité. C’est ce que dit Judith Butler quand elle écrit que la pornographie « produit un champ visuel de sexualité qui précède en un certain sens le consentement et même la constitution du sujet doué de volonté [17][17] J. Butler, Le Pouvoir des mots, op. cit., p. 135. ». C’est-à-dire : du sujet souverain.

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En se sens il y a dé-gradation du sujet sur la scène porno, mais on ne doit pas nécessairement interpréter cette dé-gradation en termes négatifs ou catastrophiques.

88

La chose porno nous montre comment une certaine pratique de la sexualité peut être poussée au-delà des limites de la simple subjectivité, dans un espace où il n’y a ni personnes ni objets.

89

Autrement dit : cette dé-gradation est une forme de déconstruction du sujet souverain. À ce propos, Michela Marzano, qui définit le porno comme un piège qui produit l’effacement de l’idée même d’être humain, a parlé d’une déconstruction de la subjectivité : « Les représentation pornographique “défont” en effet le processus d’unification du corps, tel que le décrit Lacan, pour aboutir à une déconstruction de la subjectivité [18][18] M. Marzano, Malaise dans la sexualité. Le piège de.... » Je trouve cette analyse correcte. Mais, bien sûr, on n’est pas obligé de juger une fiction du réel qui produit la déconstruction du sujet comme l’incarnation du mal.

90

Je dirais alors que la chose porno met en scène la « déconstruction du sujet personnel » qui, selon Roberto Esposito, serait à l’œuvre dans l’art contemporain – en particulier dans la peinture, la musique et le cinéma.

91

En ce sens on ne peut pas s’occuper de la déconstruction du sujet souverain sans penser la chose porno, à savoir sans penser l’espace dans lequel cette déconstruction aujourd’hui opère à un niveau de culture de masse.

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92

Mais qu’est-ce que c’est la déconstruction du sujet dans la chose porno ? Quels sont ses effets sur le sujet ?

93

On pourrait être tenté de répondre que sur la scène du porno il y a seulement des corps. Corps qui se touchent, corps qui baisent, corps qui se lèchent, se sucent, corps qui se pénètrent et qui jouissent.

94

On pourrait bien le dire, et on le dit. Mais je n’y crois pas. Lorsque Michela Marzano dit que le porno « efface le corps » et qu’il transforme le corps en « chair à dominer » je pense qu’elle capte quelque chose dans le travail du porno.

95

La déconstruction à l’œuvre dans la chose porno est radicale, car elle affecte aussi le corps : elle fait affleurer la chair, la carnalité des corps. La dégradation du porno n’est pas, comme on le dit souvent, la réduction du sujet à l’objet, mais l’exhibition des corps charnels.

96

Et pourtant : il ne faut pas dire que dans la chose porno il y a des corps charnels qui accomplissent des actes sexuels. Car dans la chose porno c’est le réel de l’acte sexuel dans son exhibitionnisme exorbitant – c’est-à-dire, au-delà de Levinas, télétechnologique – qui produit le charnel des corps. En ce sens l’acte sexuel est un acte charnel.

97

Mais qu’est-ce qu’un corps charnel ?

98

Le corps charnel n’est pas seulement un corps qui, à travers la chair, sent, désire, souffre, jouit : il est un organisme qui, sous la pression de la chair, perd sa stabilité, son organisation, et se transforme en un corps composé d’organes fluides. Dans son livre Le Moi et la chair, Jacob Rogozinski parle, à propos du corps de chair, de « quasi-organes fluides, instables, se déplaçant et se connectant les uns avec les autres, d’orifices et de saillances dont chacun peut se substituer aux autres, comme la gorge douloureuse de Dora s’identifie à son vagin ou le bras paralysé d’Anna à un sexe en érection [19][19] J. Rogozinski, Le Moi et la chair, Paris, Éditions... ». On pourrait traduire ici la gorge-vagin de Dora par le deep throat ou le face fucking et le bras-sexe de Anna par le fist-fucking.

99

Mais, à la différence du corps de chair dont parle Rogozinski en partant de Husserl, et qui reste mon corps, un corps propre à moi, à un moi qui est le mien, le corps charnel de la chose porno n’est plus un corps propre.

*

100

À propos du charnel, Levinas écrit : « Le charnel […] ne se confond ni avec le corps-chose du physiologiste, ni avec le corps propre du “je peux”, ni avec le corps-expression, assistance à sa manifestation ou visage [20][20] E. Levinas, Totalité et infini, op. cit., p. 289.. »

101

Le charnel – et non le « corps de chair » de Husserl – est précisément la chose du porno, une chose qui n’est ni le sujet ni le corps.

102

Cette chair a donc le statut ultra-ontologique de celle que Levinas appelle « ultramatérialité exorbitante » et qui se lie précisément à la dimension d’une nudité exhibitionniste.

103

« L’ultramatérialité n’indique pas une simple absence d’humain dans un amoncellement de rochers et de sables d’un paysage lunaire ; ni la matérialité qui renchérit sur elle-même, béant sous des formes déchirées, dans les ruines et les blessures ; elle indique la nudité exhibitionniste d’une présence exorbitante venant comme de plus loin que la franchise du visage déjà profanant et toute profanée, comme si elle avait forcé l’interdit du secret [21][21] Ibidem, p. 286-287.. »

104

Voilà ce que nous montre la chose porno.

105

Or c’est à partir de l’affleurement de cette chair que le corps n’est plus mon propre corps, le corps propre à moi.

106

Il ne s’agit pas de dire que je ne possède plus mon corps et que je suis mon corps ; il faut dire, plus radicalement, que la chair m’exproprie de mon corps, qu’il n’y a plus de sujet pour ce corps impersonnel.

107

La chair de la chose porno est, donc, l’impropriété même du corps, ce qui rend le corps impersonnel et impropre.

108

La chair est où je ne suis pas mon corps – espace d’expropriation de mon corps à moi.

Notes

[*]

[Ce texte reprend, en la modifiant, l’intervention de Simone Regazzoni au séminaire de Laura Odello sur l’appropriation (Collège international de philosophie, séance du 18 octobre 2011)].

[1]

G. Agamben, Profanazione, Roma, Nottetempo, 2005, p. 106.

[2]

J. Lacan, Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 33.

[3]

S. Žižek, Organs without Bodies : On Deleuze and Consequences, New York-London, Routledge, 2004, p. 164.

[4]

Ph. Di Folco (sous la direction de), Dictionnaire de la pornographie, Paris, PUF, 2005, p. 176-177.

[5]

M. Foucault, L’Ordre du discours, Paris, Gallimard, 1971, p. 11-12.

[6]

Ph. Di Folco (sous la direction de), Dictionnaire de la pornographie, op. cit., p. 157.

[7]

G. Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch, Paris, Minuit, 1967, p. 22.

[8]

Cfr. J.-L. Marion, Le Phénomène érotique, Paris, Grasset, 2003.

[9]

J. Butler, Le Pouvoir des mots, Paris, Éditions Amsterdam, 2004, p. 124,

[10]

J. Derrida, La Carte postale, Paris, Flammarion, 1980, p. 22-23.

[11]

Cfr. J. Baudrillard, De la séduction, Paris, Galilée, 1980.

[12]

R. Siffredi, Io, Rocco, Milano, Mondadori, 2006, p. 42-43.

[13]

J. Jameson, N. Strauss, How to make Love like a Porn Star, Regan Books, 2004, p. 121.

[14]

M. Henry, Incarnation. Une philosophie de la chair, Paris, Seuil, 2000, p. 315.

[15]

Ibidem, p. 313.

[16]

E. Levinas, Totalité et infini, Paris, « Le Livre de Poche », 1990, p. 291.

[17]

J. Butler, Le Pouvoir des mots, op. cit., p. 135.

[18]

M. Marzano, Malaise dans la sexualité. Le piège de la pornographie, Paris, J.C. Lattès, 2006, p. 84.

[19]

J. Rogozinski, Le Moi et la chair, Paris, Éditions du Cerf, 2006, p. 215-216.

[20]

E. Levinas, Totalité et infini, op. cit., p. 289.

[21]

Ibidem, p. 286-287.

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