Jaspers (1883-1969) : De la phénoménalité empirique à la phénoménalité existentielle

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Jaspers (1883-1969) : De la phénoménalité empirique à la phénoménalité existentielle

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C’est comme médecin assistant à la clinique psychiatrique de l’Université de Heidelberg que ce grand penseur allemand a amorcé sa carrière : après avoir publié en 1913 un grand Traité de Psychopathologie générale, il s’attache à cultiver son attrait pour la philosophie, aussi se vouera-t-il à son enseignement à partir de 1921, enseignement suspendu en 1937 par le régime nazi. À la suite de l’effondrement de l’Allemagne hitlérienne, il reprendra en 1945 son activité universitaire. Déçu par la mollesse de la politique de dénazification, il acceptera en 1948 l’invitation d’aller enseigner à l’Université de Bâle et renoncera à sa nationalité.

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Dans son ouvrage de 1932, intitulé Philosophie, Orientation dans le monde, Éclairement de l’existence, Métaphysique, Karl Jaspers indique clairement que toute interrogation portant sur ce qu’on nomme communément « réalité » nous expose à des situations où l’on se heurte à des limites que ni la science ni l’expérience en général ne peuvent franchir : elles ne sont d’aucun secours pour rendre compte de « ce qui apparaît en tant qu’il apparaît » C’est à la limitation de son savoir et de sa propre liberté que le sujet se trouve renvoyé, il éprouve dès lors son être-au-monde comme Existenz, c’est-à-dire comme ce que seule une phénoménologie de l’existence peut éclairer ; ce que le titre complet de Philosophie laisse supposer puisqu’il inclut l’expression « Éclairement de l’existence ». Bien entendu, Jaspers, eu égard à la notion même de phénoménologie, a d’illustres prédécesseurs. Au demeurant, il est à peine utile de rappeler que Kant fut le premier à nous inviter à nous détacher de l’acception ordinaire du mot « phénomène » entendu comme « ce qui apparaît aux sens » (comme dans l’expression phénomène météorologique » désignant un événement ponctuel retenant l’attention d’un observateur quelconque). Le philosophe de Königsberg subordonnait in fine tout donné sensible au statut qu’il a prêté à notre faculté de connaître en général ; grâce à lui, on passait d’une simple dénomination d’un événement plus ou moins saillant pour le sujet percevant à une conception de la connaissance tenue pour étant elle-même phénoménale, du moins dans sa prétention à promouvoir un savoir objectif (puisque, selon Kant, quand on se porte au-delà du champ circonscrit par une telle connaissance, toute prétention à l’objectivité disparaît, du wissen on bascule dans le glauben). En bref, Kant se fixait une perspective purement gnoséologique dans le discours qu’il tient sur la phénoménalité. Ses successeurs, essentiellement ce qu’on nomme « l’idéalisme allemand » et le mouvement philosophique initié par Husserl, vont renouveler l’acception à conférer à la phénoménalité ; la compréhension et l’extension de cette notion s’en trouveront enrichies ; quelle est la part proprement jaspersienne de cet enrichissement ? C’est à cette question qu’il nous faut brièvement répondre.

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Jaspers est porté par cette intuition que toutes les situations existentielles authentiques portent vers un point de bascule où se joue quelque chose de conflictuel où ma liberté (celle du choix) doit se saisir d’elle-même : l’homme se découvre alors comme détenteur d’une liberté totale que Jaspers définit comme « fidélité à soi-même ». Or, exister, c’est consentir à cette fidélité à « l’être-soi », c’est s’engager à le faire éclore ; ce que, selon l’expression de l’auteur, les « situations-limites » (comme les plus lourds conflits de devoirs, par exemple) font valoir intensément : elles sont comme autant d’événements par lesquels, au cœur des pires tensions, une phénoménalité spécifique se fait jour, celle qu’on nomme avec l’auteur « phénoménalité existentielle » et qu’on va tenter d’illustrer, expression même d’une liberté qu’on ne peut plus rabattre sur le champ de la seule phénoménalité empirique.

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Évidemment, le plus souvent, je ne peux choisir les modalités de mon existence que dans un périmètre étroit ; l’homme qui aspire à l’accomplissement de soi dans une liberté assumée reste toujours en partie prisonnier d’appareils, comme l’appareil d’État ; s’il trouve des raisons, au nom de sa liberté, de s’en prendre à lui, il s’expose à de grands risques (comme celui de la déportation en ce qui concerne Jaspers). Le sujet n’a finalement souvent le choix qu’entre la révolte stérile et le consentement morose (terme propre à Jaspers), bref, convenons que l’expérience humaine lorsqu’on l’envisage avec lucidité est souvent une expérience de l’échec (cf. Julien Sorel dans Le Rouge et le noir, Meursault dans L’Étranger, Kaliayev dans Les Justes …). Liberté et réalité sont difficilement conciliables ; à l’idéalisme hégélien qui promeut une unité synthétique propre à concilier les contraires, Jaspers oppose une pensée du paradoxe, met en avant l’échec de la logique, la force desséchante de la science, quadrillant la seule phénoménalité empirique, il souligne nos déchirements et invite cependant à les dépasser, indiquant par là qu’exister, c’est en quelque sorte tourner le dos à cette phénoménalité.

Quelques éléments d’introduction à la notion d’existence chez Jaspers

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Dans son premier ouvrage, La Philosophie[1][1] Édition Springer-Verlag, dernière réédition française :... (1932), Jaspers montre tout d’abord les limites de la connaissance scientifique et (ou) objective. En gros, il entend souligner que dans les sciences, tout ce qui est approché se trouve assujetti à une exigence d’explication qui enveloppe la chose appréhendée d’un point de vue extérieur, en d’autres termes, la raison « objectivante » a pour objet privilégié la phénoménalité empirique elle-même. Mais je ne puis par ce biais comprendre l’être que je suis moi-même, parce que je ne puis me comprendre moi-même que de l’intérieur, dans la prise de conscience de mes propres possibilités. La tâche de l’élucidation de l’existence est par conséquent de mettre tout individu sur le chemin de son être-soi, celui qu’on nomme, à dessein, le chemin de la phénoménalité existentielle dont il doit prendre conscience et qu’il est le seul à pouvoir actualiser, la difficulté pour nous étant d’apprécier ce qui « apparaît » en propre, en rappelant que, dans ou à travers cette Erscheinung ou apparition, quelque chose se manifeste.

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Ce que peut être l’homme de façon authentique n’est pas encore donné avec son simple « être-là [2][2] Terme repris par Jaspers à Heidegger. » empirique, mais c’est la tâche qu’il doit accomplir lorsque, tout en ne pouvant nier sa réalité empirique, il la dépasse cependant.

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L’existence (Existenz ou l’être-soi/Selbstsein) est donc chez Jaspers tout ce qui constitue essentiellement mon moi, à la différence de tout ce qui ne m’appartient qu’extérieurement, qui peut être échangé (mes biens, mes avoirs, mes fonctions …) et dépend de conditions que je n’ai pas moi-même posées, ordre de la phénoménalité empirique. Il s’agit là des conditions préexistantes de type naturel, culturel ou historique. Mais, quoi qu’il en soit de ces conditions, chacun, selon Jaspers, décide pour lui-même de ce qu’il est essentiellement, ce qui donne voie à ce qu’on a nommé la phénoménalité existentielle. Jean-Paul Sartre se fera l’écho d’une telle thèse en soulignant – par exemple dans Huis clos – comment chacun décide pour lui-même, y compris de sa propre lâcheté (comme Garcin).

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Jaspers convient qu’en règle générale l’homme semble aspirer à vivre volontiers dans la quiétude assoupie des conditions extérieures qui lui semblent aller de soi, il a donc besoin d’une impulsion particulière qui le confronte à sa propre existence (« Existenz »). Cette impulsion peut être fournie par la confrontation à des situations-limites : le combat, la mort, la souffrance (par exemple, ce qu’endure un Saint-Exupéry dans Terre des hommes), la faute, le serment, le sacrifice [3][3] Nous n’oublierons pas de noter que Jaspers appartient.... L’épreuve des situations-limites révèle que l’attachement aux conditions extérieures est superficiel et peut se rompre à tout moment : on se trouve alors radicalement rejeté sur soi-même, éprouvant sa propre existence comme point d’ancrage des valeurs les plus hautes – ou de la pire médiocrité (comme Fernand Cazenave confronté au trépas de son épouse dans le roman Génitrix de François Mauriac).

Caractérisons rapidement ce que recouvre la phénoménalité empirique elle-même

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Ce terme renvoie à ma réalité en tant qu’être-là accessible à la rationalité « objectivante », à ses outils, il renvoie aussi à tous les objets mondains (ou « monde »), lesquels restent toujours disponibles à un degré d’intelligibilité que ma pensée peut mobiliser, voire produire, à condition de se soumettre aux lois identifiées en leur sein : « Appelons monde l’ensemble de tout ce qui peut s’offrir à moi lorsque je m’oriente par le savoir, en tant que contenu connaissable (wissbarer Inhalt) pour chacun de façon contraignante [4][4] Karl Jaspers, Philosophie, Paris, Berlin, Heidelberg,... ». Considérons, par exemple, cette feuille accrochée à la branche que je perçois : en tant qu’objet de perception, elle est toujours particulière ; elle est cependant perméable à mon entendement, faculté permettant que « je m’oriente par le savoir » dit Jaspers, en ce sens où, fort de la taxinomie arboricole acquise, je peux déjà la repérer comme feuille simple à limbes découpés (marronnier) ou à limbes non découpés (charme) ; si elle relève de cette dernière famille, selon qu’elle est entière, dentée ou denticulée, je vais pouvoir la ranger (« l’orienter ») dans une famille précise (charme, chêne, merisier etc..) ; je la place alors sous du général. En bref, la perception, toujours particulière, s’abolit tôt ou tard, dans la science à vocation universelle. Dans le fond, le réel, ce que l’on en perçoit ou ce qu’on n’en perçoit point encore, est saisi tôt ou tard dans les filets de la rationalité de l’esprit et élevé au général ou à l’universalité, donc susceptible d’être objet d’assentiment pour tous, en bref d’être communiqué (problème abordé par Jaspers dans sa 3ème conférence de Raison et existence[5][5] Nietzsche et le christianisme suivi de Raison et Existence,... – « Vernunft und Existenz »). Par ce biais, l’esprit humain s’empare de ce qu’on nomme commodément la réalité ou l’être du monde[6][6] Terminologie propre à l’auteur.. En bref, on pourrait s’en tenir à l’examen de cette phénoménalité que déploie l’être du monde, et souligner comme le fait Kant ce qui, dans la structure même de l’être pensant, permet d’en construire la représentation, donc se limiter à un parti pris majorant un parti pris gnoséologique ; ce serait s’en tenir à la conception d’une conscience en général se donnant le réel comme n’étant pas le réel lui-même, mais l’enserrant comme objet de représentation valant universellement pour elle, la phénoménalité empirique étant ce par quoi on pourrait désigner tout cet objet de représentation (c’est-à-dire valant pour toute conscience sachant manier les concepts et les lois qui les mettent en œuvre). Seul Dieu pourrait se donner le réel comme il est, puisque qu’il fait l’être du monde en le pensant, à ce titre, il est intuitus originarius, dirait Kant.

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Qu’est-ce qui, en quelques mots, caractérise le rapport à l’être du monde par le biais d’une conscience mobilisant les moyens de la rationalité ? Ce qui caractérise un tel rapport, c’est de faire de tout ce qu’une telle conscience appréhende « un être-objet (Gegenständlichsein), qu’il s’agisse d’un objet originel [une composition musicale, une toile de maître, par exemple [7][7] Tout ce qui sera placé entre crochets dans les citations...] ou de quelque chose qui devient objectif par adéquation [dire de cet animal que c’est un escargot, c’est le repérer tel qu’il est en conformité avec la définition de tout gastéropode] [8][8] Philosophie, I, 1, p.13. » ; un tel être-objet, il est manifeste que « je peux m’en emparer, m’en servir, en « faire quelque chose », en tirer parti par la technique ou en argumentant avec moi-même ou avec autrui [9][9] Ibid. ». En revanche, quelque chose « peut être[10][10] Ibid., p. 267, en italiques dans le texte. », comme le moment d’un engagement, l’acte procédant d’une promesse tenue, l’amorce d’une trahison, sans pour autant être intelligible comme le sont « les choses du monde » désignées par Jaspers comme être(s)-objet(s). Ces types de vécus où quelque chose d’inédit apparaît sur l’horizon du monde « ne sont pas connaissables au sens où le sont les choses du monde [11][11] Ibid., p. 267. ». Donc, « en face de l’être-au-monde dans sa totalité[12][12] Ibid., p. 267, en italiques dans le texte. », c’est-à-dire le réel en tant qu’il est concevable ou intelligible, il y a « l’existence » (Existenz) ou l’étrangeté d’une manière d’être au monde qui tient de l’indicible et qui abrite ce que chacun éprouve comme unicité radicalement singulière, hors champ de la rationalité à prétention universelle. C’est cela même le champ de phénoménalité existentielle.

Approche de la phénoménalité existentielle

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Notre préoccupation est ici de faire comprendre en peu de mots comment l’on peut rendre compte de ces vécus, de ces moments où l’on existe de manière spécifique, moments qui constituent autant de points d’ancrage dans cette phénoménalité.

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Comment préciser davantage ? Jaspers va soutenir que tant qu’on ne saisit pas ce qu’il nommera l’« éclairement » de l’existence en soi-même ou pour autrui, éclairement auquel, particulièrement, les situations-limites donnent voie, on n’est que comme être-là, autrement dit comme « sujet empirique » ou sujet biologique ou vital, sujet qui ne cherche que la satisfaction de ses besoins, ou encore sujet sommairement pratique, c’est-à-dire animé par les ressorts du seul utilitarisme. Que peut-on encore ajouter pour caractériser au mieux le sujet empirique ? Que sa finitude est à bon droit postulée alors même que le terme de toute vie n’est point fixé ; mais quoi qu’il en soit de sa vitalité propre à nourrir sa présomption quant à sa durée, le sujet empirique mourra : « Le sujet empirique, en tant qu’il est, vit et meurt […] est tout entier temporel [13][13] Ibid., p. 268. ». Les morts cèdent la place aux vivants et les vivants aux morts.

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A contrario, « l’existence (“Existenz”) [même s’il paraît encore difficile de la déterminer à ce point du développement] ne connaît pas la mort [14][14] Ibid., p. 268. », ce qui signifie qu’elle est dès lors pressentie comme soustraite à ce retour circulaire qui pèse sur le sujet empirique (c’est-à-dire le sujet qui naît, qui meurt tout en ayant donné la vie, qui détruit ce qu’il consomme, ou qui consomme ce qu’il produit, qui ne peut vivre qu’en détruisant ce qui le fait vivre) : l’existence, elle, est une infinitude, comme possibilité ouverte sur l’avenir, du type, par exemple, de celle qui détermine une vie par un engagement authentique. Celui-ci, quoiqu’empiriquement daté (comme celui que la moniale exprime le jour précis où elle prononce ses vœux de pauvreté, d’obéissance et de chasteté) reste constitutif d’un exister dans la mesure où ce type d’engagement fonde la pratique quotidienne des tâches qui en procèdent. L’existence, telle que l’entend Jaspers, est ainsi ce qui donne voie à un véritable esprit créateur, esprit qui, certes, n’est pas à l’abri de l’échec, mais « qui, par sa liberté, donne naissance, en chacun de ses actes, à une forme nouvelle et singulière de moralité [15][15] Jean-Jacques Wunenburger, Questions d’éthique, Paris,... ». C’est pourquoi « l’existence est dans le temps plus que le temps [16][16] Karl Jaspers, opus cit., p. 268. », ce qui suscite la méfiance du dasein comme sujet empirique car « sa volonté de vivre, en effet, pour durer dans le temps, s’oppose nécessairement à l’exigence absolue de l’existence [ou sa portée inconditionnée] dont les voies lui paraissent suspectes, puisqu’elles risquent de lui occasionner des pertes et même de le conduire à l’anéantissement ».

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Autrement dit, le sujet empirique en tant qu’individu mû par ce que, strictement, son organisme réclame, obéit d’abord aux ressorts du calcul de ses avantages immédiats, à ses intérêts vitaux, il n’est donc pas d’emblée porté vers les appels d’une existence qui peut aller jusqu’à la négation de sa propre vie – moment de l’éclairement – (comme le résistant qui, ayant fait le choix de se taire pour protéger son réseau, tombe sous les coups de son tortionnaire, comme Polyeucte qui va à la mort par son propre martyre parce qu’il a pu faire taire en son sujet empirique les flatteuses voluptés de la terre). Cependant, on ne niera pas que la puissance des appétits propres au sujet empirique peut peser sur l’existence au point de l’exposer à l’échec : par exemple, le renvoi de Bérénice en Palestine par Titus signe l’échec de l’engagement sacré qu’on peut se devoir au titre de l’amour, au profit du calcul politique : « la volonté de vivre voudrait subordonner l’action existentielle aux conditions de sa propre sauvegarde mais pour l’existence […] la saisie et la jouissance inconditionnelle de la réalité empirique est déjà une chute … [17][17] Ibid., p. 268. ». Autrement dit, la fidélité du cœur, la noble indignation, la légitime révolte, la conquête de la sainteté, bref, tout ce qu’une existence pourrait afficher ou accomplir peut s’abolir dans la médiocrité des inclinations ordinaires du sujet empirique, la rapacité, la cupidité, la sensualité, la vénalité, etc.

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Ces réflexions laissent apparaître que l’existence ne se laisse pas appréhender ou manier comme un concept ordinaire. « Au niveau phénoménal de la réalité empirique [18][18] Ibid., p. 267., » c’est-à-dire dans le monde des choses qui font notre environnement et que l’intelligence s’approprie, mon être, dans sa dimension existentielle au sens jaspersien, n’est pas encore, d’où la formule : il « peut être et doit être[19][19] Ibid., p. 267, en italiques dans le texte. » ; ce qui signifie que c’est au sujet empirique de donner voie à la manifestation de soi dans l’ordre de l’existence, c’est-à-dire de parvenir à un accomplissement de soi qui, tout en prenant source dans l’horizon de la temporalité (par exemple, l’Occupation) dont il relève, le hausse au rang d’une universalité manifeste [20][20] Ce qui signifie que l’être propre de chacun, dans l’horizon..., c’est cela qui vient donner déterminité, selon un mot de Husserl, à la phénoménalité existentielle. Pour bien se faire entendre, on pourrait prendre ici l’exemple du pasteur Trocmé de Chambon-sur-Lignon qui, en la sombre année 1942, dit au préfet qui préparait un recensement des juifs sur le plateau de Chambon : « Nous ignorons ce qu’est un juif, nous ne connaissons que des hommes » ; adossée à cette conviction qui fait la « déterminité » d’un effet d’entraînement, toute la communauté villageoise s’impliquera, sauvant cinq mille juifs des griffes de Vichy, dépassant les automatismes égoïstes du quotidien, acquérant une conscience existentielle illuminant leur horizon. Il est patent que notre pasteur ne se contente point « de simples préconceptions, de simples esquisses de projet ne constituant pas encore de véritables buts … C’est seulement par une thèse de la volonté que l’esquisse de projet devient une intention sérieuse. Mais ce terme, pris dans son sens habituel, ne désigne surtout pas quelque chose comme le simple “acte de la volonté”, (Willensakt), c’est-à-dire le vouloir qui surgit et s’épanche dans la vie consciente en cours. Il ne désigne donc pas ce que l’on appelle un “vécu” dans le “courant des vécus” parmi d’autres vécus semblables [comme partager avec un autre patient la même chambre d’hôpital]. C’est plutôt la thèse de la volonté avec le contenu qui lui est propre (le but voulu) qui institue tout simplement la volonté dirigée de manière persistante vers le but persistant ; persistant par-delà l’acte momentané qui s’écoule … Voilà ce qu’il y a dans ce “je veux” : je me donne ou je me suis donné préalablement le but et je suis maintenant, à partir de là, durablement – jusqu’à nouvel ordre – celui qui a voulu ainsi, celui qui a cette “volonté” [21][21] Cet extrait de Husserl (Sur l’histoire de la philosophie,... ».

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Que peut-on brièvement tirer de tout cela ? Tant qu’un individu est dans ce qu’on peut nommer un état de subjectivité inaccomplie, il n’est précisément qu’un individu ou dasein dans sa réalité biologique, vitale, sociale ; lorsque ce même individu se hausse à l’Existenz, on dira qu’il fait advenir un rapport de soi à soi tel qu’il promeut un « moi » libre de toute causalité prosaïque ordinaire, par exemple, en acceptant tous les sacrifices qu’exige la fidélité à un serment. Il faut cependant encore approfondir.

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Si « le sujet empirique n’est [donc] pas existence… [22][22] Karl Jaspers, opus cit., p. 268. », c’est-à-dire si l’être-là que je suis n’est certes que l’individu, stricte réalité organique abritant un montage psychique particulier (que Husserl dénomme aussi un « être psycho-physique »), il n’en reste pas moins ce siège effectif à partir duquel peut germer et s’amorcer le mouvement, la tension génératrice de l’élan qui scellera une existence par delà l’actuelle réalité, d’où ce qu’ajoute Jaspers « … mais l’être humain est, dans le sujet empirique, existence virtuelle [23][23] Ibid., p. 268, les termes en italiques le sont dans... ». Qu’on songe, par exemple, à ce film de John Ford, Le Fils du désert (1948), où trois bandits traqués découvrent une femme en train d’accoucher seule, dans un chariot abandonné, son mari s’étant enfui après avoir dynamité le seul point d’eau de la contrée ; ces trois sinistres personnages se voient confier l’enfant par la mère qui rend l’âme et, dans son dernier souffle les fait parrains de son enfant ; dans le creuset de ses consciences assombries par le crime, va germer une imprévisible mue éthique (moment de l’éclairement de l’Existenz) qui les conduira à courir tous les risques pour le salut de l’enfant ; autrement dit, leur présente noirceur actuelle (au moment où la parturiente les fait parrains, ils ne sont que des bandits de grand chemin) de sujets empiriques n’exclut pas en eux « l’être humain » ou « existence virtuelle » (ce qui également laisserait entendre qu’il y a toujours à espérer d’un individu quel qu’il soit). Cette fiction est l’illustration même de la philosophie de Jaspers qui, comme le soutient Hannah Arendt, « glorifie le hasard comme ce en quoi la réalité totalement incalculable, entièrement impensable et imprévisible, envahit directement l’homme [24][24] Hannah Arendt, Qu’est-ce que la philosophie de l’existence ?,... ». Ce qu’elle complète en précisant qu’au bout du compte, Jaspers est conduit à chercher dans les « situations-limites » (ou situations qui poussent à « philosopher » dans le sens que notre auteur donne à ce terme, autant de moments clés pour chacun, la mort, la tentation de la faute, la rupture du cours ordinaire des choses, etc.), ce qui prend le sujet empirique dans une relation de soi à soi telle que ses propres limites habituelles n’ont plus cours, deviennent « indépendantes du fait qu’il est [25][25] Ibid. p.34. ». L’illustration qu’on vient de proposer fait à sa façon apparaître que « nous vivons pour ainsi dire dans le déferlement des possibilités, constamment menacés d’être renversés, mais constamment prêts à nous relever néanmoins – prêts […] à actualiser, en présence de ce qui nous met en question [ici ce serait le nouveau né que la mère expirant remet aux brigands], nos pensées réelles, c’est-à-dire celles qui produisent en nous l’humanité [26][26] Karl Jaspers, Raison et existence, op. cit., p. 16... ».

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Il apparaît que l’existence est désormais moins insaisissable au regard de ce que nous avons déjà avancé, en particulier lorsqu’elle s’affirme dans ces situations-limites que le cours des choses fait surgir.

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Peut-on être encore plus précis dans le repérage des voies qui permettent de l’interpréter au mieux ? Sans doute, et Jaspers nous l’a déjà indiqué par certaines formules récoltées au sein des extraits que l’on a déjà parcourus ou approchés.

Existence et liberté

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L’existence, d’après lui, ne s’offre pas comme un état réalisé ou accompli (comme la croissance d’un jeune homme est désormais achevée), il dit du sujet empirique, sous l’angle de son accomplissement existentiel (nommé être), qu’il « n’est pas, mais peut être et doit être ». Ce qui signifie qu’une existence n’est que dans ce qu’elle peut viser, dans toute la tension vers ce qu’elle s’assigne (et qui n’est pas comme un objet pleinement déterminé mais qui d’ores et déjà l’éclaire (comme le sont une valeur, une foi, un engagement, une conviction forte, etc.) et qui fait que je me dois d’être ce que je m’assigne, ce que Husserl nous indiquait tout à l’heure ; si non, comme le soutiendra Sartre, on se trouve dans l’existence « inauthentique », la facticité, la mauvaise foi, voire l’existence du « salaud ». Dans quelle mesure suis-je apte à me porter vers ce que je (me) dois (d’)être ? Dans quelle mesure je tends vers quelque chose qui me fait autre que ce que je suis comme sujet empirique ? Qu’on songe (Évangile selon Luc, 15) à l’attitude du père tuant le veau gras pour marquer le retour d’un fils dont la part d’héritage a disparu dans la débauche, alors que son autre fils, lui, a su patiemment faire fructifier la sienne. De la part du père, il y a là la marque d’un esprit de décision qui s’affiche à l’encontre de qui ordinairement aurait dû prévaloir (honorer le fils soucieux de piété filiale, déshonorer le fils à la vie dissolue) ; pour reprendre les termes mêmes de Jaspers, ce père « décide par là dans le temps de son être éternel [27][27] Karl Jaspers, Philosophie, p. 267. Cf. note 19. » ou, ajoute un peu plus bas notre auteur, son « existence s’achemine vers son être […] par choix et décision [28][28] Ibid., p. 268. ». La troisième conférence de Raison et existence[29][29] Cf. note 5. permettrait de comprendre à quel point un tel père se hausse à un tout autre degré de communicabilité que celui qu’on sollicite dans la vie prosaïque. En règle générale, la vie se subordonne au seul mouvement immédiat, ici, ce serait celui de la colère d’un père bafoué par l’inconduite de son fils et donc porté à le chasser de sa maison, or ce père choisit de ne pas rompre la communication avec le mauvais fils : sa volonté d’accueillir en revêtant l’enfant de la plus belle robe, en lui passant au doigt un précieux anneau, en chaussant dignement ses pieds, tout en sachant que l’autre fils n’a ni sali son honneur, ni dilapidé le moindre de ses biens, participe d’une foi dans tous les possibles qu’abrite toute existence. Il restitue à l’enfant la croissance dont il est capable ; c’est bien ce que suggère cette page de Raison et existence : « Ainsi seulement la volonté illimitée de communication pourrait être gardée comme une volonté sincère. Il en naîtrait la vertu d’humanité, non comme mollesse, [le père n’est pas mou, il affiche une résolution dépassant la causalité ordinaire du courroux et de ses effets] mais comme pouvoir illimité de croissance [et pour lui-même et pour son fils], grâce à l’ouverture, comme disposition à être touché par toute substance réelle [la substance réelle étant ici le fils lui-même], comme conscience unique de la limite [autrement dit, comme conscience précise d’une situation-limite dont il faut extraire l’enfant prodigue sous peine de le perdre à tout jamais], où, à la réalité de l’action se montre non pas une transcendance dogmatiquement figée [celle qui fixerait l’action au titre de l’application formelle d’un article de foi], mais une transcendance authentique [30][30] Karl Jaspers, Nietzsche et le christianisme suivi de... ». En résumé, « par choix et décision », on acte son existence, on existe par ce qu’on décide (et non dans la mesure où l’on respire, où l’on cède à un penchant, etc.). Qu’est-ce que l’existence révèle alors d’elle-même ? Tout simplement qu’elle est liberté : « l’existence (Existenz) diffère essentiellement de toute autre existence du fond de sa liberté [31][31] Karl Jaspers, Philosophie, p. 268. » ou selon cette autre formulation : « La liberté est le premier et le dernier mot de l’éclairement de l’existence [32][32] Ibid., p. 405. », (ce que Sartre reprendra au chapitre 1er de la 4ème partie de L’Être et le Néant : l’existence est « acte qui décide de ses fins et de ses mobiles, et l’acte est l’expression de la liberté »). Au cours de son œuvre, Jaspers ne cesse de revenir sur cette idée qui fait l’axe et le pivot de toute sa doctrine : la liberté « premier et dernier mot de l’éclairement de l’existence [33][33] Jean-Paul Satre, L’Être et le Néant, N.R.F. Éditions... » fait que le sujet empirique se porte par l’acte qu’il pose vers une autre dimension de son être propre : il n’est plus ce sujet mécaniquement instrumentalisé comme l’est l’exécutant docile d’une hiérarchie qui le manipule, il naît à lui-même comme manifestation certaine de son choix et de sa décision. C’est, par exemple, le cas du travailleur qui, au lieu d’« écarter toute responsabilité et laisser venir [34][34] Karl Jaspers, Philosophie, p. 408. » à l’occasion d’une menace de fermeture du haut-fourneau où il exerce son emploi, prend la tête du mouvement revendicatif, se charge de la confrontation directe à des dirigeants transnationaux, lesquels, en général, sont indifférents à une telle fermeture parce qu’ils privilégient les intérêts de leurs actionnaires. Du point de vue de sa genèse au sein du sujet empirique lui-même, convenons que ce choix décisif est le plus souvent précédé par « une foule de petites actions qui séparément passent inaperçues mais définissent ensemble mon être même ». Mais il est bien certain qu’à un certain moment, « j’accomplis des démarches par lesquelles je me perds ou je me trouve [35][35] Ibid. p. 408. » ; et au moment où positivement le sujet singulier se porte à la tête de la lutte, c’est-à-dire où moment où il « se trouve », moment du choix et de la décision, là, jaillit pour ce sujet son existence comme liberté. Il a dit non à la passivité, à la lâcheté, à l’indifférence, au laisser-venir, au confort de la connivence, par exemple en arborant l’étoile jaune par solidarité avec ses compatriotes israélites ; je suis alors in meinem freien Ursprung, dira Jaspers, « dans mon libre surgissement originel », formule dont on trouve l’écho dans Raison et existence lorsque l’auteur fait entendre ce que peut être l’existence lorsqu’elle saisit à quel point dans un choix décisif, – moment de l’éclairement – elle s’origine à un échelon autre que celui où le sujet empirique se tient habituellement : « c’est l’origine ne devenant elle-même que dans l’éclairement (in Erhellen erst selbst werdende Ursprung) [36][36] Raison et existence, in op. cit., p. 183 ; en italiques... ». Cette sorte d’avènement originel consiste à poser un acte qui me soustrait au flux de la tranquille passivité, au « consentement morose », selon une expression que Jaspers emploiera ; Kant aurait dit qu’en cet avènement, je suis commencement radical ou « causalité libre ». Ce que Jaspers reprend dans ses propres termes comme suit :« être signifie trancher par un acte qui soit un commencement absolu[37][37] Philosophie, p. 12, en italiques dans le texte. ».

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Est-il possible de s’assurer quelque peu du bien-fondé des thèses de Jaspers ? Est-il tellement envisageable de se disposer à une manière d’être au monde en « tranchant par un acte qui soit un commencement absolu » ? N’est-ce pas surtout le fait d’hommes exceptionnels ? N’est-ce pas le cas de César franchissant le Rubicon ? Son célèbre alea jacta est peut être interprété comme le coup d’envoi d’une existence qui saillit et initie une destinée personnelle et collective inouïe ? N’est-ce pas, plus près de nous, le cas du Général de Gaulle dont l’Appel du 18 juin 40 peut s’apprécier comme l’expression d’une décision « libre », scellant en cet homme un rapport de soi à soi le transmuant en un chef politique s’ignorant comme tel jusqu’alors ? Dans l’ordre de la fiction, une jeune fille comme Antigone, au moment où elle décide d’offrir une sépulture à Polynice, transgressant par là l’interdit de son oncle Créon, existe tout à coup et définitivement comme figure emblématique du refus de tout droit positif inique. Qu’en est-il des individus « ordinaires » ? Tout bien considéré, chacun d’entre nous peut être le siège d’un choix décisif, s’expérimentant lui-même dans la possibilité d’agir de façon inconditionnelle ; ce qui signifie qu’en un tel moment personne ne nous dicte notre conduite : que vaudrait, par exemple, le « oui » de notre engagement d’époux ou d’épouse s’il s’avérait que le mariage est « arrangé », que vaudrait les vœux prononcés d’une moniale s’il s’avérait que cet engagement procède d’un vil calcul ? Pour bien comprendre ce qu’est ce libre surgissement qui me fait exister selon Jaspers, il suffit de montrer ce qui le dénature dès que je m’assujettis aux préoccupations du sujet empirique qui persiste en moi. Ce dernier se consacre, lui, à un examen du pour et du contre, il pèse ou sous-pèse ce qui va advenir à partir du probable lui-même ordonné au principe dit de réalité, il manifeste le point de vue de la médiocrité en doutant de lui-même ou d’autrui, en proférant un « oui » qui ne colle pas à l’ate intérieur et spirituel de celui qui entend authentiquement exister. En vérité, exister, c’est décider, non pas au titre d’un choix dicté par un calcul – comme ce peut être le cas du « oui » d’un mariage blanc, lequel « oui » est donc purement verbal –, c’est décider par-delà toute raison empruntée au champ de la connaissance des faits (la statistique des divorces, par exemple) parce que cette connaissance des faits ne peut qu’entretenir l’atermoiement ou le doute quant au bien-fondé du « oui ». Au bout du compte, pour éprouver son « oui » comme signe véritable d’un acte décisif, intérieur et spirituel, [38][38] Le philosophe analytique Austin parlerait ici d’énoncé... il faut humblement soutenir qu’on ne dispose d’aucune mesure (qui peut prétendre vérifier la sincérité de cet engagement ?), il faut se convaincre que, par une sorte de saut qualitatif, on sait se faire sourd à la voix des faits et donc qu’on veut être selon quelque chose qui se confond avec une sorte de commencement absolu, c’est-à-dire détaché des déterminismes ordinaires, apparaissant comme un jaillissement originel auquel il est impossible de trouver un fondement comme la raison aime à en dégager.

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Exister apparaît donc propre à des moments où, en agissant, je suis certainement conscient de ceci : ce que je veux et fais maintenant, je le veux proprement moi-même ; prétendre à l’existence (Existenz), c’est se porter vers un horizon bien différent de celui du laisser-faire dicté par la doxa ou de celui d’un banal mimétisme, produit d’un conformisme social, alors, « sur un tout autre plan, je suis ce qui décide encore soi-même de ce qu’il en est [39][39] Karl Jaspers, Philosophie, p. 12. »et « je deviens par ma décision origine de moi-même [40][40] Ibid., p. 407. ».


Bibliographie

  • Quelques ouvrages majeurs de Karl Jaspers parus en français :
  • Philosophie, orientation dans le monde, Éclairement de l’existence, Métaphysique, traduction de Jeanne Hersch, Paris, Berlin, Heidelberg, New York, Tokyo, Hong Kong, Éditions Springer-Verlag, 1989.
  • Psychopathologie générale, trad. par A. Kastler et J. Mendousse, Paris, Éditions Alcan, 1928.
  • La Culpabilité allemande, trad. par Jeanne Hersch, Paris, Éditions de Minuit, 1948.
  • Nietzsche et le christianisme, trad. de Jeanne Hersch, Paris, Éditions de Minuit, 1949.
  • Nietzsche, introduction à sa philosophie, trad. par Henri Niel, avec lettre/préface de JeanWahl, Paris, Éditions Gallimard, 1950.
  • Introduction à la philosophie, trad. par Jeanne Hersch, Paris, Éditions Plon, 1951.
  • La Situation spirituelle de notre temps, trad. par Jean Ladrière et Walter Biemel, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, et Louvain, Nauwelaerts, 1951.
  • La Foi philosophique, trad. par Jeanne Hersch et Hélène Naef, Paris, Éditions Plon 1953.
  • Raison et existence, trad. de Robert Givord, Paris, Éditions des Presses Universitaires de France., 1987.
  • Nietzsche et le christianisme suivi de Raison et existence, trad. par Jeanne Hersch et Robert Givord, Paris, Éditions Bayard, 2003.

Notes

[1]

Édition Springer-Verlag, dernière réédition française : 1989 ; traduction de Jeanne Hersch (voir bibliographie en fin d’article).

[2]

Terme repris par Jaspers à Heidegger.

[3]

Nous n’oublierons pas de noter que Jaspers appartient à une époque, celle de la gestation du nazisme, idéologie et système qu’il a d’emblée combattus, ce qui, sans doute, « contextualise » toute son œuvre et lui suggère un registre lexical un peu particulier, seule une étude plus approfondie pourrait pleinement le prendre en compte.

[4]

Karl Jaspers, Philosophie, Paris, Berlin, Heidelberg, Éditions Springer-Verlag, 1989, p. 267.

[5]

Nietzsche et le christianisme suivi de Raison et Existence, Paris, Éditions Bayard, 2003.

[6]

Terminologie propre à l’auteur.

[7]

Tout ce qui sera placé entre crochets dans les citations est objet de notre seul commentaire.

[8]

Philosophie, I, 1, p.13.

[9]

Ibid.

[10]

Ibid., p. 267, en italiques dans le texte.

[11]

Ibid., p. 267.

[12]

Ibid., p. 267, en italiques dans le texte.

[13]

Ibid., p. 268.

[14]

Ibid., p. 268.

[15]

Jean-Jacques Wunenburger, Questions d’éthique, Paris, Éditions des Presses Universitaires de France, 1993, p. 138.

[16]

Karl Jaspers, opus cit., p. 268.

[17]

Ibid., p. 268.

[18]

Ibid., p. 267.

[19]

Ibid., p. 267, en italiques dans le texte.

[20]

Ce qui signifie que l’être propre de chacun, dans l’horizon de la phénoménalité est à être selon la nécessité d’un choix qui le porte à un degré d’accomplissement de soi qui, tout en s’inscrivant dans le temps, le soustrait au temps lui-même.

[21]

Cet extrait de Husserl (Sur l’histoire de la philosophie, coll. « Bibliothèque des textes philosophiques », Éditions Vrin, p. 24) illustre clairement, selon nous, ce que Jaspers s’efforce de faire entendre ; ce dernier ne cachant pas, d’autre part, ce qu’il doit au fondateur de la phénoménologie.

[22]

Karl Jaspers, opus cit., p. 268.

[23]

Ibid., p. 268, les termes en italiques le sont dans le texte lui-même.

[24]

Hannah Arendt, Qu’est-ce que la philosophie de l’existence ?, Éditions Rivage poche, p. 33.

[25]

Ibid. p.34.

[26]

Karl Jaspers, Raison et existence, op. cit., p. 161.

[27]

Karl Jaspers, Philosophie, p. 267. Cf. note 19.

[28]

Ibid., p. 268.

[29]

Cf. note 5.

[30]

Karl Jaspers, Nietzsche et le christianisme suivi de Raison et existence, Paris, éditions Bayard, 2003, p. 242.

[31]

Karl Jaspers, Philosophie, p. 268.

[32]

Ibid., p. 405.

[33]

Jean-Paul Satre, L’Être et le Néant, N.R.F. Éditions Gallimard, p. 513.

[34]

Karl Jaspers, Philosophie, p. 408.

[35]

Ibid. p. 408.

[36]

Raison et existence, in op. cit., p. 183 ; en italiques dans le texte.

[37]

Philosophie, p. 12, en italiques dans le texte.

[38]

Le philosophe analytique Austin parlerait ici d’énoncé performatif. Cf. Quand dire, c’est faire, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais ».

[39]

Karl Jaspers, Philosophie, p. 12.

[40]

Ibid., p. 407.

Plan de l'article

  1. Quelques éléments d’introduction à la notion d’existence chez Jaspers
  2. Caractérisons rapidement ce que recouvre la phénoménalité empirique elle-même
  3. Approche de la phénoménalité existentielle
  4. Existence et liberté