Capristal et capvital

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Capristal et capvital [*]

for the One
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Qu’elle est belle et puissante et bénihuilée et polyrouages et débits continus à flux réglés à inclusions déréglées déréglantes la mégamachine de capristal ode et chant et psalmodie pour toi qui me fascines qui me haschachines qui me décuples qui me décimes ô toi l’oxymorte incarnée ô toi rhétorique pratique gravée dans les cœurs dans les corps les souffles et les reins et les calculs tu pousses tu hurles tu cahotes tu cabahutes tu déplaces tu inclus tu élargis tu infinitises tu phagocytes tu digères et gères et vampirises et empirises tu défies et délies les rythmes ô toi la grande puissance de fiction de métaphores en corps toi mon beau vampire convulsif à la vie à la mort bourses aux vents répandues les trois âges les trois époques du capristal le solide le liquide et le gazeux tournez tournez dans la roue foraine foreuse des cycles monéculaires molécunaires ô mon grand mon beau capristal en habits saturés de cristaux capital en songe de minéralité buissonnante poussant soufflant déplaçant expansant ses limites ses membranes bien plus loin encore toujours plus loin plus large toujours wheel rolling and rolling capital cannibale ou vampire mangeant dévorant phagocytant suçant aspirant humant toute la faune environnante incroyable et terrifique machine aux rouages proliférants ne croissant que de sa chute son déséquilibre ses catastrophes son inégalité basale constamment conjurés relancés réinjectés vous ne saviez pas encore ce qu’était l’infini la limite l’illimité l’infini rêvant l’infini labyrinthes de labyrinthes miroirs reflétant des miroirs vous le pressentiez le fictionniez le fidéisiez le crédéifiez je vous le ferai toucher humer et palper dans les chairs le pus et les sangstrues les métaphores enfin littéréalisées comme ces marcheurs de haute montagne qui préfèrent entamer le chemin de la descente par les jeux aériens à saute-cailloux calculés et aléatoires d’une cataracte toujours relevée évitée accentuée capital et boule de neige et neige de cristaux et taux d’escompte et compte-pour-rien capristal marche à la mort à la vie à l’envie la concurrence la concourrance les trois époques les trois âges du capitaine du capital la grande flèche d’irréversibilité monoculaire le solide le liquide le gazeux et la ronde des jours implosant dans la boîte évidée le crâne du trou noir accrétion ou effondrement gravitationnel disaient-ils le capristal perpétuellement excentré perpétuellement périphérique décentré par rapport à lui-même le mobile perpetuum l’auto-affection contemplative de soi la déité se mirant dans l’infinité de ses attributs en boule de neige en vampirie cyclique autorégulée le capristal actif à la limite de son domaine il n’a pas de véritable intériorité le capvital au contraire l’individu vivant possède une véritable intériorité parce que l’individuation mobile fluctuante s’accomplit au-dedans l’intérieur aussi est constituant par inclusion progressive des membranes nouvellement projetées lancées sélectionnées alors que la limite la membrane seule est constituante dans l’individu capristal car l’espace intérieur du cristal est inerte il ne pousse qu’à la limite de sa boule sa bulle spéculative le milieu intérieur du vivant est lui bien au contraire délimité par une membrane sélective et devient le lieu d’une différenciation topologique et d’une intégration chronologique qui n’ont pas d’équivalent général dans le cristal cap au pire à l’épire à l’apeiron nous rêvions d’une limite d’une illimite que nous pourrions enfin toucher et sentir gravée dans les peaux du monde le cosmos enfin tatoué l’âge solide du capristal les métaphores réalisées le dôme de Dieu les architectures célestes les machines séraphines les balances du Jugement Dernier mais les voilà ne les voyez-vous pas l’écriture du ciel les chemins de fer les canaux les routes les usines les fabriques les rouages les balances des paiements les énergies les moteurs les grands voyages les épices l’or la soie la route du lointain les signatures solides et trébuchantes sur les peaux du cosmos scarifications sacrifices et sacerfictions capristal as a brand new god of justice and harmony god and gold forever la distinction entre deux grandes classes de solides les amorphes on disait vitreux ou vitraux de deo et les solides cristallins dont la structure microscopique très ordonnée se reflète parfois à l’échelle macroscopique donnant ces structures géométriques remarquables que l’on peut observer sur un flocon de neige ou sur certains cristaux de roches effleurés par les pieds aériens de ces marcheurs de haute montagne qui conjurent etc etc etc wheel rolling and rolling ma machine d’écriture en renversements continus à flux déréglés déréglants etc etc ex cathedra vitraux de deo plus précisément l’étude de cette seconde classe de solides conduisit à la fin du dix-neuvième siècle à la conclusion que l’état cristallin repose sur une structure géométrique périodique tridimensionnelle appelée réseau de Bravais cette structure musicale résulte de la répétition ou modulation dans les trois directions de l’espace sonore d’un volume de base appelé maille à chaque nœud du réseau est attaché un atome ou un groupe d’atomes qui constituent ce que l’on appelle je n’invente rien le motif du cristal les trois époques les trois âges du capristal le solide le liquide le nuageux sur les ruines fumantes des déités antiques nous avons reconstruit les temples de l’infini nous avons mis fin ô nous puissants bâtisseurs d’empire et d’apeiron aux songeries de l’infini invisible inaccessible nous avons édifié les théologies positives sonores et trébuchantes du visible illimité membranes sur membranes nous ne sommes pas de doux rêveurs mais édificteurs du genre humain les missionnaires d’un monde nouveau nous enfermerons ces rêveries inutiles infertiles infécondes le fou la femme l’enfant le noir nos projets ne seront que pierres amassées et pyramides rehaussées et accumulations de matériaux rouage sur rouage nous réaliserons les antiques métaphores la vie ne songe qu’à bâtir écrire et fictionner fonctionner les signatures solides et trébuchantes comme ces marcheurs de haute voltige ces acrobates sans filet greffes graphes griffures et escrogriffes sur les membranes du monde scarifications sacrifices et sacerfictions voyage en saint-simonie assez de mots de métaphores de flatus vocis d’êtres de papier sans valeur ce n’est plus de mots si édifiants soient-ils dont nous avons besoin pour guérir le malheur social les complaintes populaires la chute et la déréliction c’est en œuvre d’ingénieur et d’organisateur qu’il faut maintenant tracer le livre de vie la vie la seule vie la vraie vie enfin reconquise la vie du capristal gravée en lettres de feu d’énergies de moteurs et de pistons j’ai marqué disait Véronique mon repentir en traits ineffaçables sur cette terre il est écrit dans les champs fertilisés dans le bourg agrandi dans les ruisseaux dirigés de la montagne dans cette plaine autrefois inculte et sauvage maintenant verte et productive le Verbe enfin fait chair je vous construirai un corps tout neuf bien huilé et polyrouages et multifonctions zéro défaut la mort défaite posera son regard vitreux sur nos yeux extatiques et le fiel de son envie glissera sur nos peaux comme venin inoffensif en Egypte nous ne déchiffrerons pas les vieux hiéroglyphes de sa grandeur passée mais nous graverons sur le sol les signes les signatures de sa prospérité future greffes graphes griffures scary movy nos arguments ne sont plus êtres de papier ni lettres de créances tirées sur d’invisibles déités nous les traçons sur les cartes de géographie nous sommes les nouveaux missionnaires les grands communicateurs des âmes mais nous ne craignons plus les hérésies les anomalies les simonies tant notre intestin est grand et goulue notre aspiration des stocks sanguins les imprécateurs devront nous montrer les signatures solides et trébuchantes de leurs pyramides de dévotion leur impéritie se confondra se dissoudra dans les rets les réseaux de notre épeire diadème dans l’empire de nos apeira alors passe ton chemin ou fabrique la contrepartie visible de tes fictions de papier que se passe-t-il si l’on élève la température du système je vous l’offre et le demande arrive un moment où la vibration des particules devient si ample qu’elle détruit l’ordonnancement de la structure l’état solide laisse la place à l’état liquide la contrainte de liquidité il faut que ça coule ça flue ça lamine ça déluge on parle alors de fusion dans ce nouvel état les atomes disposent d’une liberté de mouvement de circulation d’origine thermique qu’ils n’avaient pas dans l’état capristallin et qui confère aux liquides leur fluidité caractéristique cette liberté se traduit au niveau microscopique par ce que l’on appelle le mouvement brownien Noé Noé lève l’ancre largue les amarres ne vois-tu pas que déjà les vannes célestes se sont ouvertes et que dégorge et flue et éructe la folie indomptée du déluge car la liquidité n’est pas une vertu magique intrinsèque des titres de propriété c’est l’expression de la confiance de la communauté financière dans son ensemble vis-à-vis du prix du marché en sorte que si un intervenant veut vendre ses titres un autre aussitôt se lève fraîchissant compact et sonore pour les acheter à ce prix cette confiance cette fiction partagée est loin d’être toujours solide et claire comme de l’eau de roche la contrainte de liquidité marque la métamorphose matérielle d’une économie des solides fondée sur l’investissement productif industriel et génératrice de profits futurs à une économie diluvienne des liquides fondée sur la possibilité financière permanente de liquéfier les titres de propriété la capture des flux le détournement des flots s’opérant par aspiration succion et déglutition des sangs the age of the vampires le but de la finance n’est pas de faire en sorte que le prix soit conforme adéquat à la valeur solide et prépondérante comme pierre de roche il est de transformer transmuer un ensemble d’opinions hétérogènes en une valeur de référence admise par tous au sein d’une communauté de fiction il existe donc une disjonction une fêlure une faille une brèche entre la rationalité individuelle pour laquelle cruciale est la liquidité et la collective rationalité pour laquelle l’immobilisation productive de l’épargne est une création de richesse pour tous il y a donc bien un lien très fort entre liquidité et spéculation de speculum le petit miroir chaque intervenant liquide cherche à découvrir la croyance majoritaire la fiction dominante de l’ensemble des intervenants c’est un jeu d’anticipations croisées en logique autoréférentielle mimétique dont l’équilibre est indécidable l’indétermination est levée par des points focaux des ancrages des amarrages qui polarisent le jugement de chacun dans son effort pour découvrir l’opinion majoritaire ne soyons pas timides il faut aller de l’avant mobiliser les énergies les ressources appareillons levons l’ancre ne frémissons pas et gardons le cœur haut et fier devant la montée inexorable des eaux des flux levons les barrières les ancres les échafforages cassons nos chaînes et nos ancres car je vous l’annonce vous le prophitise et l’emphatise une terre un océan est promis à mon peuple nous devons veiller et maintenir la fidélité à nos ancêtres les batraciens qui jadis plongèrent dans l’incertain magma des marées déferlantes nous sommes les aventuriers au long cours les commerçants du lointain cap à l’horizon les vénitiens les génois les hollandais marco polo vasco de gama christophe le colon notre terre solide et cristalline se mue si vite si proche en cloaque pestilentiel en cachot miasthmatique en ploubelle viciée enfourchons dignement caravelles et nefs ô mon bel océan les remous l’écume le mélangström les troubillions de Neptune si nous n’appareillons pas le grand déluge nous anéantira et nous nous noierons dans les larmes le pus et les sangstrues ne voyez-vous rien venir les flux et reflux les clapotis allez vite je sens que vous freinez que vous redoutez vous conjurez le déluge la déliaison la grande levée des barrières vous élevez de risibles digues contre le torrent qui gronde et vient là juste derrière un peu plus bas toujours plus bas ne voyez-vous pas que depuis toujours nos regards sont dardés vers le bel horizon maritime et aquifère ne palpez-vous point la matière du capristal comme elle ne rêve depuis toujours que fluances coulances déliances et dissolvances de tout dans tout circulons circulons wheel rolling and rolling une machine d’écriture à régime tourbillonnaire repassant toujours par les mêmes points les mêmes motifs les mêmes rythmes les charriant les déplaçant les liquéfiant les diluviant les relançant faisons fi de feue la terrisaurisation pour que la masse courante corresponde toujours au degré où la sphère de la circulation se trouve saturée la quantité d’or ou d’argent qui réellement circule ne doit former qu’une partie du métal précieux existant dans un pays c’est par la forme trésor de l’argent que cette condition se trouve remplie les réservoirs des trésors servent à la fois de canaux de décharge et d’irrigation de façon que les canaux de circulation ne débordent jamais les trois époques les trois âges de la matière du capristal le solide le liquide le gazeux nous n’allons tout de même pas nous sédentariser dans quelque Venise intérieure dans un pays plat et étriqué de canaux de petites artères nous n’avons tout de même pas irrigué perforé perfusé la terre pour nous arrêter à si piètre port Balbec ni Venise ne sont décidément pas ce que je fictionnais leurs canaux sont si étroits j’attends que soufflent les vents que s’affolent les flots et que sombre la lagune car la vie ne songe qu’aux vapeurs aux gaz aux turbulences envoyez la terre ses canaux ses marais et ses océans sur Mars la nébuleuse les trois états du capristal là-haut là-haut sur Mars la rouge ou l’orangée nous recommencerons les cycles de la vie la terre le liquide le gazeux le fumeux nous relèverons nos pyramides nos rêves d’empire d’apeiron nous irriguerons et canaliserons et délugerons et aérerons Mars la déliée la belle orange sanguine emmenstruée nous ne sommes ni rapaces ni voraces mais vampires de sang pour sang allaités les trois époques les trois âges et un et deux et trois et bing en route vers les trous noirs l’accrétion gravitationnelle disent-ils il suffit d’une fluctuation aléatoire qui augmente la densité en un point du nuage des turbulences gazeuses pour qu’un effondrement irréversible apparaisse autour de ce point un grumeau s’y forme mais tous les systèmes autogravitants ne s’effondrent pas sur eux-mêmes car nous vivons dans une galaxie en état d’équilibre dynamique où l’énergie cinétique acquise empêche l’effondrement immédiat affolons délions notre ligne frénétique mobilisons-nous pour conjurer le trou noir la boîte creuse de quelque vanité augurale conjurons les turbulences gazeuses par nos édifices pyramidaux et hop et bing en route vers le crâne noir et puis plus rien. Cycle grippé. Capristal en mal de capvital.

Notes

[*]

Ce texte est un chapitre extrait d’un roman à paraître, intitulé Capristal et capvital, récit musical.