La réception de la philosophie antique et de la philosophie byzantine en Grèce moderne

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La réception de la philosophie antique et de la philosophie byzantine en Grèce moderne

Traduit de l’anglais parChristine Laferrièredu même auteur
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La réception de la philosophie antique et de la philosophie byzantine en Grèce moderne est une question plutôt complexe qui présente d’intéressantes ramifications dans de nombreux domaines de la vie en Grèce aujourd’hui. Pour bien comprendre ce que les Grecs d’aujourd’hui savent des penseurs grecs anciens et byzantins et de la façon dont ils les perçoivent, il faudrait systématiquement recueillir et attentivement évaluer toutes les données en la matière fournies par les différentes époques historiques de l’Etat grec moderne et prendre en considération nombre de paramètres divers. Il faudrait par exemple examiner dans quelle mesure et à quel niveau les œuvres des philosophes antiques et byzantins ont été enseignées, le cas échéant, dans les lycées et les universités ; de quelle manière les traditions de la philosophie antique et la philosophie byzantine se reflètent dans la littérature et la poésie grecques modernes ; si, en Grèce, la presse et les médias y font allusion, de quelle façon et pour quelles raisons.

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Je ne prétends pas avoir rassemblé toutes ces informations. J’écris ce bref article du point de vue d’un professeur d’université, en Grèce, aujourd’hui, qui enseigne et fait des recherches sur la philosophie antique et la philosophie byzantine – d’un professeur d’université qui s’efforce d’être sensible à la façon dont, actuellement, l’environnement social en Grèce inclut sa discipline, s’en méfie ou, en général, lui accorde plus ou moins de place. Ainsi, mon objectif est simplement de donner une idée de l’étude de la philosophie antique et la philosophie byzantine en Grèce aujourd’hui, en réfléchissant sur les problèmes, mais aussi sur les aspects positifs de la situation à laquelle notre discipline est confrontée en Grèce de nos jours.

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Je commencerai par la réception de la philosophie antique, ainsi que par quelques remarques historiques préliminaires, susceptibles de donner une idée de certaines des particularités de son étude dans la Grèce d’aujourd’hui.

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La philosophie antique fut étudiée dans la région de l’Empire ottoman où l’on parlait grec tout au long de l’occupation turque, qui dura près de 400 ans. Des érudits tels que Theophilos Korydaleus, par exemple, qui vivaient à la fin du xvie et au début du xviie siècles, continuèrent à rédiger des commentaires sur la logique, la physique et la métaphysique d’Aristote d’une manière analogue à celle des commentateurs de l’Antiquité. Même lorsqu’au xviiie siècle, les nouvelles idées philosophiques et scientifiques alors développées en Europe occidentale commencèrent à parvenir aux communautés grecques de l’Empire ottoman, les textes philosophiques de l’Antiquité ne furent pas complètement mis à l’écart. Des érudits tels qu’Eugenios Voulgaris et Nikiphoros Theotokis traduisirent en grec des ouvrages scientifiques et philosophiques, tout en enseignant et en traduisant des ouvrages philosophiques de l’Antiquité. À partir du début du xixe siècle, nous avons une tradition ininterrompue d’érudits qui lisent et commentent assidûment les textes philosophiques de l’Antiquité et dont Adamantios Korais fournit un bon exemple : il soutenait avec ferveur les idées libérales de la Révolution française, mais aussi traduisait et commentait les textes grecs antiques comme l’Éthique à Nicomaque d’Aristote ou la Morale de Plutarque.

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Après la Guerre d’Indépendance et l’établissement de l’État grec moderne, un important effort fut accompli pour relier la nation grecque moderne aux anciens Grecs et pour en rechercher ainsi les racines. Des érudits tels que Neophytos Vamvas, Theophilos Kairis et Vrailas Armenis contribuèrent à cette tentative. La reconnaissance de la contribution de la pensée grecque antique comme facteur central de la continuité et de l’identité culturelles de la nation grecque était au cœur de l’idéologie de l’État grec moderne. Il faut également remarquer ici que c’est à cette époque que l’Église orthodoxe grecque déclara son indépendance à l’égard du Patriarcat de Constantinople : alors que ce dernier était œcuménique, l’Église orthodoxe grecque était désormais l’Église de la nation grecque et de l’État grec nouvellement institué. De plus, l’influence de l’idéalisme allemand fournit les outils conceptuels permettant l’émergence d’une nouvelle idéologie de l’État grec moderne. Selon cette idéologie, l’esprit de la nation grecque (Volksgeist), exprimé à travers la langue et l’histoire communes, résultait d’une synthèse de la tradition antique et de la tradition chrétienne orthodoxe – c’est-à-dire que la culture grecque moderne en vint à être considérée comme le produit d’un développement ininterrompu sur plus de trois mille ans d’histoire. On relevait dans ce cadre un intérêt croissant pour la philosophie de la Grèce antique.

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Depuis les dernières décennies du xixe siècle, la vie intellectuelle en Grèce est dominée par des tendances idéalistes. L’idéologie politique de l’État grec moderne, les institutions sociales et surtout les institutions éducatives ont promu les idéaux de ce qu’elles présentaient comme la civilisation gréco-chrétienne, ce qui entraîna parfois des positions politiques conservatrices, voire réactionnaires. Mais dans le même temps, les idées socialistes parvenaient peu à peu en Grèce. La vie intellectuelle en Grèce – surtout dans la période allant de 1920 à 1967 – fut caractérisée par le conflit entre les idéalistes et la gauche marxiste, hostile aux idées nationalistes ainsi qu’à la tradition chrétienne, mais intéressée par la philosophie et la littérature de la Grèce antique. De nombreux intellectuels de gauche traduisirent des auteurs antiques et, pour des raisons évidentes, leur préférence allait aux Présocratiques, à Aristote et à Épicure.

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Par conséquent, du moins depuis la fondation de l’État grec moderne au début du xixe siècle, la philosophie de la Grèce antique a toujours été considérée comme une partie essentielle de notre héritage national. Cette conception a motivé et facilité l’étude de la philosophie antique en Grèce, au point de susciter une longue tradition ininterrompue d’érudits qui lisaient et commentaient assidûment les textes philosophiques de l’Antiquité. Mais jusqu’à quel point cette tradition a-t-elle réellement aidé à nous faire comprendre les textes philosophiques de l’Antiquité ? Je veux seulement mentionner trois points, chacun éclairant les problèmes résultant de la conception de la philosophie grecque de l’Antiquité en particulier, comme la sagesse de nos ancêtres à cette époque.

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– Puisque la philosophie antique est considérée comme faisant partie de notre héritage national, il semble n’être en Grèce nullement besoin de tenter de convaincre le public de l’importance de la philosophie antique. L’étude de cette dernière est perçue comme une activité honorable et respectée ; la philosophie antique a d’ailleurs toujours été incluse dans les programmes non seulement des universités grecques, mais aussi des lycées. En fait, les étudiants se familiarisent avec certaines des œuvres des philosophes de l’Antiquité, parfois dans le texte original, même durant leurs années de lycée. Je crois cependant que cette attitude pose un grave problème. En Grèce, nous tendons à tenir pour acquise l’importance de la philosophie grecque de l’Antiquité, sans vraiment y réfléchir ; ainsi, on ne soulève généralement pas la question de savoir si la philosophie antique mérite ou non d’être étudiée. Si on la soulève, il se déclenche probablement de nombreuses déclarations générales, verbeuses et imprécises, qui soulignent la portée historique de la philosophie antique sans vraiment expliquer pourquoi son étude profite encore aux Grecs d’aujourd’hui ; si on la soulève de manière critique, ce fait même pourrait être pris pour une forme de sacrilège.

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– En Grèce, tout le monde semble vouloir écrire quelque chose sur la philosophie antique. Dans toutes les disciplines scientifiques, les Grecs ont aujourd’hui l’impression qu’ils doivent consacrer les premières pages ou le premier chapitre de leur livre à un philosophe de l’Antiquité, même s’il n’avait à s’exprimer sur leur sujet que de manière indirecte. Dans les ouvrages de physique, par exemple, nous trouvons souvent dans l’introduction des remarques sur la théorie des atomes de Démocrite ; dans des ouvrages de psychiatrie ou de psychothérapie, des commentaires sur la division de l’âme selon Platon et Aristote ; dans des ouvrages sur les théories modernes de la probabilité, une référence à la notion de pithanon (probable, convaincant) selon Carnéade. L’auteur moderne exprime généralement sa profonde admiration pour les Anciens, précurseurs et pères de la discipline concernée, mais ce qui l’intéresse avant tout, c’est de mettre en valeur les développements et les progrès de l’époque moderne. Les philosophes de l’Antiquité sont ainsi présentés comme des personnages essentiels en ceci qu’ils ont soulevé des questions d’importance, mais leurs idées sont traitées comme des idées élémentaires, sinon naïves, surtout comparées aux idées éclairées de l’auteur moderne. Cette attitude est particulièrement frappante en Grèce, mais je suis sûre qu’on la retrouve aussi dans d’autres pays. Après tout, c’est exactement celle qu’adoptent de nombreux philosophes modernes à l’égard de la philosophie antique.

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– Pour terminer, la question du langage. On a beaucoup parlé et beaucoup écrit sur la continuité de la langue grecque de l’Antiquité jusqu’à nos jours. Lorsqu’il s’agit d’étudier la philosophie antique, beaucoup de Grecs tendent à croire que comprendre les idées et les concepts abstraits des philosophes de la Grèce antique peut présenter des difficultés, mais selon eux, comprendre ce que les philosophes antiques ont réellement dit ne présente pas de difficultés, ou très peu. Il est bien entendu exact que le grec ancien et le grec moderne ont en commun une partie de leur vocabulaire, mais cela ne saurait suffire à permettre à un Grec d’aujourd’hui de comprendre les textes antiques. Les Grecs d’aujourd’hui peuvent en fait facilement se méprendre sur les textes des philosophes antiques, à moins de faire extrêmement attention : non seulement comprendre la structure de la pensée des Anciens présente d’importantes difficultés, mais les mêmes mots peuvent avoir radicalement changé de sens.

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De là, bien qu’il ne soit nullement besoin de convaincre les Grecs d’aujourd’hui de l’importance de l’étude de la philosophie antique, la question demeure de savoir à quel point ils prennent vraiment cette étude au sérieux et à quel point ils considèrent que sa contribution est utile. Jusqu’à une période récente, en Grèce, la plupart des études universitaires visaient à faire l’éloge des auteurs antiques, au prix d’une rhétorique abondante. Quel qu’ait pu être le degré d’érudition des spécialistes grecs d’aujourd’hui, ils semblaient manquer de compétence philosophique et d’intérêt pour la pensée critique. Mais les choses se sont considérablement améliorées au cours des vingt dernières années. L’amélioration des conditions économiques en Grèce a permis aux jeunes étudiants d’aller faire de la recherche à l’étranger. Une fois leurs études terminées, certains ont décidé de rester à l’étranger et d’y faire leur carrière, mais d’autres sont revenus en Grèce. Les chercheurs de cette jeune génération ont de très bons diplômes et certains ont été nommés à de nouveaux postes universitaires qui se sont ouverts soit dans les anciens départements, soit dans ceux récemment institués. Plus ou moins libérés des dogmes et des idéologies d’autrefois, ils ont commencé avec enthousiasme à travailler sur la philosophie antique. De plus, l’entrée de la Grèce dans l’Union Européenne a été un facteur important pour l’amélioration de la recherche dans les universités grecques. Les programmes Socrate et Erasmus ont amélioré la mobilité des universitaires et permis celle des étudiants. De nouvelles opportunités ont vu le jour en ce qui concerne la participation à des congrès à l’étranger et à l’organisation de congrès en Grèce.

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Il existe aujourd’hui une communauté active de spécialistes ayant reçu une solide formation, qui enseignent et font de la recherche sur la philosophie antique. Celle-ci est enseignée au niveau de la licence et du doctorat dans les universités d’Athènes, de Thessalonique, de Ioannina, de Patras et de Crète. De plus, il existe un Centre de Philosophie, administré par l’Académie d’Athènes. Je ne désire ici émettre aucun commentaire sur la qualité de l’enseignement et de la recherche dans toutes ces institutions – elle varie naturellement beaucoup, comme dans tous les pays. Je désire seulement signaler qu’il est très important qu’en Grèce, les spécialistes s’intéressent à toutes les époques de la philosophie antique, des Présocratiques jusqu’à la fin de l’Antiquité, même s’il se trouve, ici comme ailleurs, que l’intérêt se concentre essentiellement sur Aristote et Platon. Il y a aussi des spécialistes qui s’intéressent à tous les domaines de la philosophie antique, tels que la métaphysique, l’épistémologie et l’éthique, ou même à des thèmes liés à des domaines comme les mathématiques, l’astrologie et la médecine dans l’Antiquité. Il faut néanmoins ajouter que les spécialistes grecs tendent à travailler dans l’isolement, chacun sur son projet, selon ses intérêts : il n’y a pas de projets en commun. Des discussions naissent de temps à autre sur la possibilité de traductions en commun d’Aristote et de Platon en grec moderne, mais à ce jour, ces projets ne se sont pas concrétisés.

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Quant à l’approche que les spécialistes grecs adoptent aujourd’hui à l’égard de leur discipline, elle dépend beaucoup du lieu où ils ont fait leurs études. Je ne crois pas qu’il existe aujourd’hui en Grèce une sorte d’« école grecque moderne » de philosophie antique. Certains érudits qui ont étudié en Allemagne sont influencés par Heidegger et Husserl ; d’autres, qui ont étudié en France, sont influencés par des philosophes comme Derrida ; d’autres encore ont suivi des études selon la tradition anglo-saxonne de la philosophie analytique. J’ai cependant l’impression que dans le cas de ceux qui travaillent sur la philosophie antique, les écarts, s’il en est, entre les différentes traditions philosophiques sont plus faciles à réduire. Du moins parmi la plus jeune génération de spécialistes grecs actuels qui s’intéressent à la philosophie antique, je ne crois pas qu’il existe de barrières dues aux différentes approches philosophiques suivies au cours de leurs études. Toutefois, la vérité est qu’il y a bien peu de dialogue.

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Pour finir, je crois que l’un des problèmes principaux auquel les spécialistes grecs d’aujourd’hui se retrouvent confrontés – si nous laissons de côté la fâcheuse condition des bibliothèques – est le choix difficile qu’il leur faut opérer entre, d’une part, la traduction de textes philosophiques antiques et la rédaction d’ouvrages d’introduction destinés aux étudiants et au public en général et, d’autre part, le travail sur un sujet de spécialisation, qui intéresserait la communauté internationale de philosophes étudiant l’Antiquité. Bien sûr, certains de nos collègues parviennent à trouver un équilibre entre ces activités, mais ce n’est pas toujours chose aisée. Certains ont réussi à publier des articles en langue étrangère dans des revues internationales de renom, ou bien à publier des livres chez des éditeurs internationaux de premier ordre, tout en poursuivant leur contribution à la bibliographie grecque en la matière.

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À présent, évoquons brièvement la réception de la philosophie byzantine. La situation est quelque peu différente. On pourrait légitimement s’attendre à un intérêt similaire pour la philosophie byzantine, étant donné la plus grande proximité entre le byzantin et le grec moderne, surtout, et en raison du rôle central que joue la tradition chrétienne orthodoxe dans les œuvres des philosophes byzantins. Cependant, ce n’est que récemment que les Grecs d’aujourd’hui sont revenus vers les écrits des philosophes byzantins, avec un enthousiasme et un zèle renouvelés mais seulement à un degré fort limité.

Panos Charalambous, De la pêche, (diptyque), 1991-1992, 81x49cm deux fois, photographie, Courtesy collection Beltsios (photo : B. Kirpotin).

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Une telle attitude ne saurait nous surprendre : la philosophie byzantine demeure un territoire inconnu non seulement parmi les Grecs d’aujourd’hui, mais aussi en général, pour la communauté de spécialistes internationaux. L’histoire, l’architecture et l’art byzantins ont été étudiés dans le détail, mais les ouvrages de philosophie byzantine ont généralement été négligés et mis à l’écart. Toutefois, après la Seconde Guerre mondiale, nous assistons à un changement important, lié, de toute évidence, à la redécouverte et au réexamen de certains domaines de la philosophie antique, à savoir la philosophie de la période hellénistique et celle de la fin de l’Antiquité ; de même qu’à l’émergence de la reconnaissance de la tradition philosophique de l’Occident médiéval. Il ne fait bien entendu aucun doute que, dans leur tentative de préserver tous les aspects de l’héritage antique et médiéval, les érudits du xixe siècle ont bel et bien travaillé, parfois avec grand soin, sur les textes philosophiques byzantins. Mais ils ne s’intéressaient pas à la philosophie : ils s’efforçaient de comprendre, surtout pour des raisons historiques, en quoi les philosophes byzantins reflétaient la société dans laquelle ils vivaient. La nouvelle approche philosophique de la période hellénistique et de l’Antiquité tardive ne tarda pas à ouvrir la voie d’une réaffirmation des œuvres des penseurs byzantins également. Il devint vite évident que pour comprendre et apprécier la pensée philosophique byzantine, il nous fallait nous abstenir de poursuivre simplement ce questionnement que nous trouvons nous-mêmes intéressant d’un point de vue philosophique : il serait plus productif d’essayer de découvrir, à la place, la nature exacte des problèmes abordés à l’époque et d’acquérir ainsi une meilleure compréhension du développement et des changements du discours philosophique lui-même.

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Ainsi, au cours des dernières décennies du xxe siècle, certains traités des philosophes byzantins furent publiés pour la première fois ou présentés dans de meilleures éditions critiques ; plusieurs livres et articles furent rédigés dans des revues spécialisées, au sujet des thèmes propres à la philosophie byzantine ; des ateliers et des conférences interdisciplinaires furent organisés afin de débattre du développement intellectuel à Byzance. Les départements de Philosophie commencent à envisager de nommer des spécialistes pour enseigner et mener des recherches sur la philosophie byzantine.

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Mais il reste bien du travail à accomplir. Par exemple, une question qu’il nous reste à étudier plus en détail, particulièrement pertinente et tout à fait essentielle à cette période de l’histoire de la philosophie, est le rapport entre philosophie et théologie à Byzance. En effet, puisque les questions théologiques occupent une place majeure dans les œuvres des penseurs byzantins, la question qui s’impose est de savoir si, en premier lieu, une chose telle que la philosophie byzantine existe vraiment, et s’il est pertinent de parler de développement de la pensée philosophique à Byzance. Je crois qu’il existe deux manières d’aborder cette question : tout d’abord en montrant que le fait d’avoir été si étroitement liée à la théologie n’est pas propre à la philosophie byzantine, puisque la philosophie antique, elle aussi, surtout à la fin de l’Antiquité, était fortement axée sur des sujets théologiques ; ensuite, en analysant systématiquement les écrits des penseurs byzantins et en montrant que leur raisonnement et leur argumentation ne sont pas moins philosophiques que le travail philosophique de toute autre période de l’histoire de la philosophie.

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Suite à l’intérêt croissant que l’on a constaté au cours des dernières décennies, il semble désormais capital d’encourager davantage l’étude systématique et l’évaluation critique des contributions originales des philosophes byzantins. Ce qu’il nous reste encore à faire, c’est de prendre au sérieux leurs écrits philosophiques et non de les considérer comme des témoignages de leur foi chrétienne. En mettant de côté nos préjugés et nos conceptions erronées, il nous faut accomplir un effort renouvelé pour reconstruire la philosophie byzantine et lui rendre justice.

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Pour conclure, je crois qu’il se passe actuellement beaucoup de choses en rapport avec l’étude de la philosophie antique et de la philosophie byzantine en Grèce. Et je veux croire que la situation va s’améliorer lentement mais sûrement. Cependant, le problème est de s’assurer que la qualité de toutes ces activités s’améliore également. Bien sûr, une façon de juger de cette qualité est de rester en contact avec nos collègues de l’étranger et de voir si nos idées, qu’elles concernent l’enseignement ou la recherche sur la philosophie byzantine et antique, résistent à leurs critiques.