Inventer un nouveau porno

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Inventer un nouveau porno [*]

Traduit de l’anglais parPatrick Boucherdu même auteur
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La suédoise Mia Engberg est d’abord et avant tout connue internationalement comme la productrice de Dirty Diaries (2009), « une collection diversifiée de porno féministe suédois. Action hard et sexe vanille, homo et hétéro, exhibitionnisme et baise, provocation, pénétration et poésie[1][1] http://www.dirtydiaries.se ; http://www.miaengberg... ». Elle a réalisé des longs et des courts-métrages, parmi ceux-ci Selma & Sofie en 2001, une première tentative féministe d’un porno alternatif filmé par une équipe exclusivement féminine, mais aussi Bitch and Butch (2003), un documentaire sur le tournage de Selma & Sofie qui questionne la possibilité de faire un porno féministe. Allant plus loin dans sa réflexion, Engberg réalise, avant de produire Dirty Diairies, Come Together (2007), une contribution de trois minutes à la compétition Mobile Movies du Festival du Film de Stockholm, dans lequel plusieurs femmes se filment avec des téléphones portables pendant qu’elles se masturbent. Dans l’entrevue qui suit, elle revient sur ses débuts, l’évolution de son point de vue sur les images pornographiques, son féminisme militant et les origines du projet Dirty Diairies.

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Muriel Andrin : Pouvez-vous nous expliquer votre parcours, vos origines, votre éducation et votre formation (également au cinéma) ?

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Mia Engberg : Je suis née en Suède en 1970. Quand j’étais jeune, j’étais une punk-rocker et une militante. Nous jouions dans des groupes de musique, squattions des maisons et organisions des manifestations contre le sexisme et le racisme. Parfois, nous nous faisions battre par la police ou par des skinheads nazis. J’avais l’impression que personne ne nous écoutait et je me suis demandé ce que les « adultes » faisaient lorsque nous étions dans les rues en train d’essayer de changer le monde. J’ai remarqué que plusieurs personnes restaient à la maison à regarder la télé, alors j’ai décidé de changer ma stratégie et j’ai commencé à faire des documentaires. Je suis allée dans une école de cinéma à Paris en 1994 et ensuite à Stockholm entre 1994 et 1996.

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M. Andrin : Depuis le début de votre carrière filmique, vous semblez intéressée par les questions de genre. Y a-t-il une raison particulière (votre éducation, votre relation au monde) ?

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M. Engberg : J’ai fait des films à propos de choses que je trouvais importantes. Pas seulement sur les questions du genre, mais aussi sur le militantisme, les graffiti, les problèmes en banlieue, le VIH. Mes protagonistes sont souvent des amis ou des gens auxquels je tiens.

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M. Andrin : Reliée à la question du genre, on retrouve, assez tôt dans votre carrière (en 2001), la question du porno féministe. Comment cela vous est-il venu à l’esprit et pourquoi est-ce arrivé à ce moment-là en particulier ?

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M. Engberg : En tant que militante féministe dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, j’étais, avec le mouvement féministe suédois, très « anti-porno ». Nous brisions les vitrines des magasins de matériel pornographique et nous jetions des œufs pourris sur la clientèle masculine à l’extérieur des boîtes de striptease. Quand j’ai commencé à faire des films, l’idée de vouloir faire mon propre porno s’imposa comme une forme de militantisme. Puisque je trouvais que la réalisation renforçait notre pouvoir d’action, je me suis dit que nous serions plus forts si nous pouvions faire quelque chose à partir de ce que nous aimions au lieu de toujours réagir à des choses que nous n’aimions pas.

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Je suis allée à San Francisco pour la première fois en 1997 et j’ai été très inspirée par mes amies et collègues que j’ai rencontrées là-bas. Elles ont mis sur pied leurs propres boîtes de striptease féministes et lesbiennes avec leurs propres syndicats. J’ai vu les premiers films pornos lesbiens et transgenres au Festival Frameline à San Francisco et j’ai aussi frayé avec le féminisme queer qui était beaucoup plus pro-sexe que la vieille école du féminisme en Suède.

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Le concept de « queer » est parvenu en Suède plusieurs années plus tard. Alors, quand j’ai commencé à parler du porno féministe dans les années quatre-vingt-dix, les gens étaient très négatifs, voire hostiles. Ma première tentative de faire un porno féministe, c’était avec Selma & Sofie (2001). À l’époque, il a suscité la controverse, mais maintenant, lorsque je le regarde, ça me fait sourire. C’est très doux et innocent. Une histoire d’amour lesbienne avec une scène de sexe pas si explicite que ça.

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Le débat se fondait à ce moment-là sur l’idée que toutes les formes de représentation érotique sont une exploitation du corps de la femme. Certaines féministes pensaient que Selma & Sofie était « acceptable », mais seulement si aucun homme n’avait le droit de le voir. D’autres pensaient qu’il était abusif que des femmes dans le film utilisent des dildos de plastique sous prétexte que « les lesbiennes n’ont pas besoin de queues ».

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Je voulais défier l’industrie porno (ce qui est assez drôle quand vous voyez ce mignon petit court-métrage lesbien qui ne dure que 16 minutes et qui n’est pas très pornographique…), alors j’ai voulu atteindre des consommateurs de porno et leur faire voir du porno alternatif. Puisque la plupart des consommateurs de porno sont des hommes, je voulais naturellement qu’ils le regardent aussi. Il a été projeté dans des cinémas de Stockholm pendant longtemps et toute sorte de gens sont venus le voir.

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M. Andrin : Comment au départ êtes-vous entrée en contact avec des images pornographiques et quelle a été votre impression ?

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M. Engberg : Quand j’étais jeune, je lisais des bandes dessinées érotiques. Plus tard, j’ai aussi lu de la littérature et des magazines érotiques. D’un point de vue féministe, c’était toujours un tabou parce que nous n’étions pas censés aimer les choses érotiques. Très jeune (vers 14 ou 15 ans), je gagnais de l’argent de poche en écrivant des nouvelles érotiques pour une revue pour hommes. La paie était bonne. Je signais « Melissa » ou « Chloe », des noms que je trouvais « cochons » et excitants. Je me rappelle encore de la meilleure nouvelle que j’ai écrite : « Comment j’ai séduit le mari de ma sœur lors de son mariage ».

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M. Andrin : Plusieurs théoriciennes féministes se sont interrogées sur la possibilité même pour une femme de réaliser du porno féministe puisqu’elles voyaient les productions pornographiques comme une activité exclusivement masculine. Aviez-vous le même questionnement ?

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M. Engberg : Je pense que c’est le reflet d’une vieille école du féminisme qui est oppressive pour les femmes. Elle est basée sur l’idée que les hommes ont une sexualité plus agressive que celle des femmes, que nous sommes des victimes et qu’ils sont des bourreaux. Qu’ils sont excités par des images et pas nous. Qu’ils consomment du matériel érotique et pas nous. Je m’oppose à tout cela. En tant que femme, j’ai une sexualité aussi forte et urgente que celle d’un homme. Je suis excitée par des images érotiques. Je veux voir du porno alternatif. Je ne crois pas à la division entre « homme » et « femme ». La sexualité est beaucoup plus diversifiée que cela et je fais du porno féministe pour des adultes sans égard à leur genre. Je ne suis pas une victime. Le problème avec la pornographie mainstream, selon moi, ce n’est pas qu’elle soit faite par des hommes pour des hommes, mais qu’elle soit agressivement commerciale et dénuée d’ambitions artistiques quelles qu’elles soient.

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M. Andrin : Comment vous positionnez-vous dans le paysage contemporain de la pornographie ? Avez-vous des influences ? Vous sentez-vous des affinités avec des femmes de l’industrie porno telles que Candida Royalle ou l’artiste Annie Sprinkle ? Connaissez-vous les autres tentatives de porno féministe (comme Erika Lust ou les films français « X femmes ») ? Qu’en pensez-vous ?

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M. Engberg : Je crois que je suis plus près du cinéma expérimental et underground que des films « X femmes », de ceux d’Erika Lust et des autres « films érotiques pour elle » qu’on trouve sur le marché. Nous sommes différentes et c’est bien. Nous avons besoin de différents types de porno alternatif afin qu’il y ait une plus grande variété dans le genre. La sexualité est diverse et nous aussi.

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M. Andrin : L’écrivaine et réalisatrice française Virginie Despentes considère la réalisation d’une représentation porno comme une guerre et affirme que d’en avoir le contrôle modifiera les conceptions des gens et construira des identités résistantes. Qu’en pensez-vous ? Considérez-vous Dirty Diairies comme un objet de résistance ?

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M. Engberg : C’est intéressant. Dans le projet de Dirty Diairies nous discutions abondamment à propos de la sexualité et du désir. Comment se fait-il que nous ayons tous des fantasmes sexuels basés sur des images que nous avons vues dans le porno mainstream ? Des images que peut-être nous n’aimons pas ou que nous n’approuvons même pas ? Comment pouvons-nous nous reprogrammer afin d’être attirés par de nouvelles images ? Comment aller au-delà des stéréotypes pornographiques ? Certains critiques de Dirty Diairies ont dit qu’ils n’étaient pas excités par les films, car ils étaient très différents de ce que nous sommes habitués de voir. Tous les films n’ont pas « un air porno ». Mais nous essayons d’inventer un nouveau porno. C’est ça qui est important. Nous ne voulons plus répéter les vieux clichés, alors nous devrons modifier les conceptions des gens. C’est vrai. C’est un acte de résistance.

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M. Andrin : Quelle était l’idée originale et le processus historique de votre projet Dirty Diairies (écriture, production, financement) ? Comment êtes-vous entrée en contact avec les différents réalisateurs qui ont participé au projet et comment les avez-vous choisis ?

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M. Engberg : Après Selma & Sofie, je voulais faire quelque chose de plus diversifié, en incluant différentes sexualités, perspectives et approches cinématographiques. Je voulais inclure des artistes-réalisateurs et aussi des militants qui n’avaient jamais fait un film avant. J’ai décidé d’utiliser une caméra de téléphone portable afin que ce soit abordable et facile à utiliser. Je voulais aussi encourager un côté ludique dans les productions pour que les gens puissent se filmer et n’aient pas à engager un caméraman. Personne dans le projet n’avait fait du porno auparavant.

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J’ai contacté des gens qui avaient fait des travaux intéressants autour du genre et de la sexualité. Nous avons commencé par de grandes réunions pour discuter de ce que nous voulions faire. Du genre de porno que nous aimions. Quelles étaient nos vues sur la sexualité et le féminisme. Après un certain temps, d’autres personnes ont voulu se joindre à nous et j’ai dit oui à tout le monde. Il y avait une atmosphère très amicale et les gens s’entraidaient dans la réalisation de leurs films. C’était la production la plus joyeuse à laquelle j’ai participé. Nous avons beaucoup ri. Ceci était important puisque je désirais que chacun soit brave et honnête et exprime des émotions inavouables dans son film. Cette atmosphère nous a aidées à faire des choses que nous trouvions effrayantes. Je voulais que nous laissions derrière nous le rôle de la gentille fille tout en demeurant fidèles à nous-mêmes et en ne faisant pas « ce que d’autres pourraient trouver sexy ».

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Il n’y avait aucune règle, si ce n’est que les participants devaient avoir plus de 18 ans et, bien sûr, que personne ne soit blessé durant le processus. Je n’ai pas interféré avec leur travail, mais, en tant que productrice, j’avais le droit d’exclure de la collection n’importe quel film si je ne le trouvais pas assez bon. Certains des films ont été exclus au final pour différentes raisons. Principalement, c’était parce que je les trouvais trop conventionnels ou trop similaires à d’autres films dans la collection. Deux des réalisateurs ont eu l’opportunité de faire un second film qui était plus original et qui, finalement, a été retenu.

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Nous avons bénéficié d’une aide financière de 50 000 euros de la part du Swedish Film Institute (SFI). Cela a causé un débat enflammé en Suède et le directeur du SFI de l’époque a dû écrire une lettre au ministre de la Culture du gouvernement conservateur afin de lui expliquer pourquoi on nous avait donné de l’argent. C’était une belle lettre défendant « le cinéma innovateur » et « les réalisateurs de films intéressants ». C’était un moment historique pour le cinéma féministe. J’étais fière d’en faire partie bien que j’aie dû, via ma boîte aux lettres, encaisser la haine d’hommes anonymes.

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M. Andrin : Ce qui est frappant dans votre film c’est la diversité des approches à la fois dans le style et le contenu. Était-ce un choix conscient dès le départ ? Comment avez-vous construit votre film (comment avez-vous choisi l’ordre des courts-métrages ?) ?

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M. Engberg : Comme je l’ai dit, la diversité était très importante pour moi. J’étais très attentive à la nécessité de mélanger les films. Par exemple, rendue à la moitié du projet, j’ai réalisé que nous n’avions pas d’histoires hétéros parmi les films. Même les réalisatrices « hétéros » ont choisi de raconter des histoires sans hommes. J’ai dû alors rechercher des cinéastes qui voulaient décrire du sexe hétérosexuel. C’était important pour moi. La plupart du porno alternatif féministe aujourd’hui est lesbien et il est à peu près temps d’essayer d’inclure le sexe hétéro dans notre pornographie.

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En fait, j’ai même souhaité avoir une plus grande diversité dans la collection finale. Je pense que c’est un problème que la plupart des corps filmés soient blancs, minces et jeunes. Je voulais plus de variations : des corps noirs, des femmes plus âgées, des culs plus gros, des corps handicapés… mais il était dur de trouver d’autres personnes qui voulaient contribuer au projet. La Suède est un petit pays et la scène porno alternative est très limitée. Les Dirty Diairies sont le travail d’un collectif urbain, blanc et jeune, qui reflète le mouvement féministe queer en Suède.

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Mais les choses changeront. J’essaie de convaincre ma mère (qui a 71 ans) de faire les Dirty Diairies 2 avec ses amies. Elles sont en train d’en discuter maintenant, une discussion qui aurait été impossible il y a dix ans.

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M. Andrin : Pensez-vous que l’utilisation des nouvelles technologies (comme le fait de filmer avec des téléphones portables) a changé la production porno et a aidé à produire de nouvelles perspectives comme les vôtres ?

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M. Engberg : Oui. Tout le monde peut se permettre une caméra vidéo maintenant et cela a assurément contribué à l’expansion (ou l’explosion si vous voulez) du porno alternatif. Le genre des vidéos amateures, en particulier, grandit de plus en plus et j’aime vraiment ça. C’est une démocratisation du genre porno et c’est aussi un changement en ce qui concerne les types de corps montrés. Dans les vidéos amateures, vous voyez toutes sortes de gens, différents de par leur apparence et leur âge.

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Mais bien sûr, la plus grande révolution dans l’industrie porno est liée à l’Internet. Tout le monde a un accès facile au porno, ce qui crée un changement dans la distribution. J’ai visité le Danemark lorsque Dirty Diairies était projeté au festival Copenhagen Dox en novembre 2009. Le même week-end, le dernier magasin de porno à Istergate (le quartier porno) a fermé. C’était symbolique. La consommation de porno est en train de changer. Si l’on veut un dildo, on peut l’acheter en pharmacie, dans une élégante petite boîte blanche, en même temps que des tampons et du maquillage. Si l’on veut voir un film porno, on peut trouver tout ce qu’on veut sur Internet : alternatif, queer, bizarre, women friendly. Et en grande partie, gratuitement. Le consommateur de porno moyen n’est plus un homme solitaire portant un trench coat.

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M. Andrin : Quelle est la place et l’impact du manifeste écrit que l’on retrouve sur le site web ? Y a-t-il pour vous un agenda social et politique à la fois dans le film et le manifeste ?

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M. Engberg : L’histoire du manifeste est la suivante : nous l’avons fait et l’avons distribué en même temps que Selma & Sofie en 2001. À l’époque, nous avions besoin de faire un manifeste pour communiquer notre message. Le porno féministe était quelque chose de nouveau en Suède et plusieurs féministes étaient contre nous. Nous avons dû nous expliquer et aussi faire comprendre que nous le faisions à titre de réaction contre l’industrie du porno mainstream que nous trouvions oppressante.

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Quand nous avons fait Dirty Diairies, nous avons commencé par discuter du manifeste et les discussions n’en finissaient plus… nous ne pouvions nous mettre d’accord sur ce qu’il y avait à changer et sur ce qu’il y avait à ajouter. Certaines d’entre nous ne voulaient plus d’un dogme. Certaines réalisatrices ont fait du porno parce qu’elles aiment le porno et d’autres l’ont fait comme une action politique contre le porno (mainstream). Voilà ce qui m’intéresse. En ce moment, le féminisme est engagé dans un véritable processus de changement et il n’y a pas un porno féministe, mais plusieurs. Il y a une énergie vraiment forte dans tout cela.

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Finalement, j’ai laissé le manifeste tel qu’il était, mais je ne suis toujours pas sûre que nous ayons besoin ou non d’un manifeste. Nous avons toutes nos raisons pour faire du porno féministe. Certaines veulent s’exprimer, d’autres veulent prendre leur revanche. D’une façon ou d’une autre, nous ouvrons de nouveaux horizons (et je ne me réfère pas uniquement à Dirty Diairies, mais à toutes les productions d’un porno féministe, lesbien et alternatif).

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M. Andrin : Était-ce important pour vous que le film soit vu en salle (personnellement, la première fois que je l’ai vu, c’était dans un cinéma parisien) et pas seulement sur DVD, à la télé ou sur Internet ?

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M. Engberg : Non. Au départ, je me suis opposée à l’idée d’une distribution cinématographique. Je pense que le porno ne devrait pas faire partie de l’espace public. Il ne devrait pas être diffusé à la télé, pas même tard la nuit, et il ne devrait pas être accessible aux personnes de moins de 18 ans. Le porno est quelque chose qu’on devrait choisir consciemment et regarder en privé. C’est ce que je croyais et j’ai pensé que les gens se sentiraient mal à l’aise de le regarder dans une salle de cinéma. Mais j’avais tort. Dirty Diairies a été un succès dans les cinémas, tout spécialement en France où il a été distribué dans les cinémas à travers tout le pays (dans 12 villes, je crois) et dans d’autres pays aussi. Il a aussi été invité à des festivals de films traditionnels partout dans le monde. C’était étonnant et surprenant pour moi puisqu’il s’agissait d’une petite production underground.

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M. Andrin : Dans les années quatre-vingt-dix, la théoricienne américaine Linda Williams, dans son livre Hard Core, écrivait au sujet de la compagnie de production de Candida Royalle : « La pornographie faite par les femmes peut s’avérer n’être qu’une brève phase dans l’histoire du hard core. Les tentatives de Femmes Productions, par exemple, pourraient échouer à long terme en étant trop “artistiques” pour la plupart des hommes ou encore trop hard core pour la plupart des femmes ». Pensez-vous que c’est le cas pour Dirty Diairies ? Comment pensez-vous qu’il sera perçu dans le futur ?

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M. Engberg : Tous les mouvements commencent sur la scène de l’avant-garde en étant arty et underground. Ce n’est que le début d’un nouveau genre qui est amené à grandir et à se propager dans toutes les directions. Comme je l’ai déjà mentionné, j’ai été surprise par le nombre de projections encore organisées à travers le monde pour Dirty Diairies. Ça ne finit jamais ! Je donne encore des entrevues presque toutes les semaines pour des revues internationales, des thésards, des chercheurs qui écrivent des livres et bien d’autres. Dirty Diairies n’est cependant qu’une petite partie d’une révolution beaucoup plus grande. J’ai vraiment le sentiment que c’est le début d’une ère nouvelle. Le patriarcat est sur le point de disparaître dans le monde occidental.

Notes

[*]

La version anglaise de cet entretien sera publiée en 2014 dans Porn After Porn : Contemporary Alternative Pornographies, sous la direction de Enrico Biasin, Giovanna Maina et Federico Zecca, Mimesis International, Milano-Udine. Nous remercions les éditeurs de ce volume, ainsi que Muriel Andrin, pour nous avoir autorisé à publier une version française de cet entretien.