L’art bouscule-t-il la philosophie ? Repenser le faire de Borreil et de Matieu au Collège dans les années 1980 et 1990
« Alain Veinstein : L’avant-propos de Derrida [à l’ouvrage collectif Les Sauvages dans la cité] pose d’emblée cette question : Qu’est-ce qu’un philosophe populaire ?
Jean Borreil : Oui, effectivement, c’était la question centrale du colloque, sinon qu’est-ce qu’un philosophe populaire ? En tout cas, qu’est-ce que le désir d’apprendre ? Est-ce qu’on a droit à la philosophie ? Et évidemment la question pouvait être prise au moins par deux bouts, c’est-à-dire par le bout de la philosophie, et c’est en particulier vers cela que va le propos de Jacques Derrida qui est un avant-propos où il explique comment Kant concevait le concept de popularité…
Alain Veinstein : … Oui, parce que c’est une question qui a l’air simple, mais en fait elle est assez compliquée. Est-ce qu’un philosophe militant peut ne pas être pas populaire ? Il y a des exemples. Et puis un philosophe populaire peut aussi ne pas appartenir au peuple.
Jean Borreil : Exactement, il peut se faire, dit Kant, que le discours populaire soit tenu par quelqu’un qui est hors de ce qu’on appelle le peuple et qu’à l’inverse un militant soit impossible à entendre, et du coup ne puisse pas être populaire. Mais il y a un autre sens du mot populaire qui est encore plus redoutable dans la pensée kantienne, c’est que populaire renvoie aussi à la question : Qu’est-ce que le peuple peut apprendre ? Et en particulier à cette question : Est-ce que les principes premiers de la philosophie peuvent être populaires ? Kant répond brutalement que non, que les principes premiers ne peuvent pas être populaires, que pour arriver aux principes premiers il faut précisément passer du monde du sensible au monde de ces principes qui ne relèvent pas du sensible, qui relèvent de l’intelligible. Ça suppose une didactique et que, disons-le ainsi, le populaire va se trouver précisément dans cette didactique. C’est dans le didactique que le populaire peut fonctionner. Cela dit, c’est un côté de la lecture, si je puis dire. Il y a l’autre côté, c’est-à-dire il y a celui qui n’est pas philosophe et qui n’est pas Kant, qui est éventuellement ouvrier dans un atelier et qui a le désir de devenir philosophe. L’exemple le plus célèbre est évidemment celui de Proudhon mais il y en a bien d’autres. Il ne manque pas d’ouvriers tout au long du XIXe siècle et encore aujourd’hui et qui sont précisément mus par le désir d’apprendre et d’une certaine façon c’est aussi de ce côté que le colloque, et ensuite le livre, essaient de poser la question. D’où le titre que j’ai donné à cet ouvrage Les Sauvages dans la cité. C’est-à-dire l’intrusion de ceux qui sont rejetés hors de la cité qu’on fait camper au coin des barrières, l’intrusion dans la cité mais dans la cité au sens quasiment grec du mot, c’est-à-dire l’intrusion dans le monde de la pensée de l’écriture, de la poésie sinon de la politique ».
1 Avant de commencer mon intervention qui interroge la place de l’art au Collège international de philosophie dans les années 1980 et 1990, je tiens à préciser que je suis quelqu’un du dehors, une étrangère, une parole d’outre-tombe, la voix de deux défunts : le philosophe Jean Borreil, mort en 1992, et l’artiste plasticien Maurice Matieu, mort en 2017.
2 À la manière d’un « roman graphique [1] », ma prosopopée s’attache à montrer que, durant ces années, ces deux personnes ont tenté de construire quelque chose de commun dans la différence et la pluralité. En somme, qu’on pouvait au Collège avoir une pensée et un faire populaire. Avec pour titre « L’art bouscule-t-il la philosophie ? » ma contribution tente de faire parler (et agir) un directeur de programme. J. Borreil a été directeur de programme au CIPh de 1982 à 1989 et, avec la complicité de Matieu, il a élaboré un programme intitulé Regards sur le regard. Aujourd’hui oublié, il pourrait inspirer la jeune génération dans son « désir d’ouvrir de nouvelles thématiques et de nouvelles formes de recherche, de nouveaux rapports aux savoirs [2]. »
Le temps d’avant
3 C’est un récit qui commence par le temps d’avant, celui qui précède la création du Collège.
4 Il y a Jean Borreil, son écharpe jaune, sa moustache catalane, son attitude – pourrait-on dire – profondément politique.

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5 Il y a Maurice Matieu.

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6 À gauche de son visage, le dessein de l’effacement, un des thèmes qui provoquait leur discussion. Comment à la fois effacer et montrer ? Un problème que l’on doit résoudre parce qu’il est contradictoire. Ensemble, ils essayaient de tout comprendre.
7 Ces deux personnes étaient liées par une amitié très profonde. Jean Borreil appartient au cercle de ces intellectuels que Maurice Matieu a peint en les associant à des iguanodons (série Les Inutiles ou les iguanodons). Alain Badiou, Pierre Verstraeten, Philippe Sergeant, Gérard Bobillier ou encore Gilles Aillaud en font également partie.
8 Avant 1983, année de la création du Collège, ils ont déjà plusieurs actions en commun. La question politique posée en 68 est à l’origine de leur rencontre. Borreil est enseignant auprès d’Alain Badiou à Reims puis à Vincennes, Matieu fait partie depuis le début des années 1960 de la bande des quatre (les deux philosophes connus à l’ENS, Badiou et Verstraeten et l’avocat belge Roger Lallemand déjà connu pour son anticolonialisme). Leur amitié prend racine peu de temps après 1968 au sein de la mouvance maoïste UCFML où Matieu a pris la responsabilité de la « Commission paysanne ». Sous leur influence se forme un ensemble hétéroclite, brassage de lycéen·nes, d’enseignant·es, d’étudiant·es, de scientifiques, d’agronomes, de géographes…, qui entre frontalement dans ces luttes paysannes ordinaires où se définissent collectivement des solutions concrètes. Très vite, ils sont exclus de l’UCFML qui refuse leur conception des rapports entre intellectuel·les, paysan·nes, ouvrières et ouvriers, leurs pratiques d’action mobilisant toute personne en tout lieu (médecin, avocat·e, vétérinaire, maçon, etc.) pour résoudre un problème local.
9 Cette dimension de leur activité politique perdure sous une double forme, la participation aux luttes (cf. Solférino dans les Landes), et via des écrits (cf. Les Révoltes logiques, les textes sur Moussa [3]…). Mais leur connivence se porte sur des actes associant l’art au politique. Ensemble, ils organisent, avec Jean-Paul Capitani, une exposition au Méjan intitulée Dissonances (1985).
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10 Ainsi, avec une position équivalente à celle qu’ils pratiquent dans et pour les luttes sociales, ils explorent l’idée de mettre en présence – en coprésence – des artistes « en dissonance ». Quatre artistes inaugurent la chapelle du Méjan (une ancienne coopérative lainière : Matieu le fils d’ouvrier, Rougemont l’aristocrate, Toroni – qui, répétant inlassablement les empreintes de son pinceau, conteste radicalement l’art et semble vouloir le détruire –, Aillaud « le » peintre qui, au contraire, fait parler les animaux et les choses (Cf. son exposition rétrospective au Centre Pompidou, Animal politique, 2023-24).
11 Autre exemple de leur collaboration : cette grande toile de 8 mètres, faite de quatre toiles de 2 mètres sur 2 mètres, intitulée La Mirada ou la tendresse du regard. Jean Borreil écrit, en français et en catalan (il possédait les deux langues), le catalogue de l’exposition qui a eu lieu, en 1985, au Musée Puig de Perpignan [4]. Il y signale la relation entre les toiles et le politique.

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Le « Commencement » : Le Cahier du Collège international de philosophie (Éditions Osiris)
12 Reprenant le titre de Patrick Vauday [5], réfléchissons ensemble au premier temps de ce récit que j’appelle « commencement » car il pose la question suivante : comment s’introduire dans cette disruptive et prometteuse institution, le Collège international de philosophie créé en 1983 ? Est-ce par transplantation, bouturage, acclimatation de ce qu’ils faisaient déjà dans d’autres lieux ? Est-ce par invention ?
13 Matieu et Borreil se glissent, ils essaient, tous les deux, d’importer dans le Collège un trajet méthodologique qu’ils expérimentent. Pour eux, le Collège est un horizon, l’horizon du « commun » pour reprendre le mot des tables rondes précédentes. Celui du possible. Y compris en y introduisant la contradiction.
Au début ils tâtonnent
14 Regardez le premier numéro des Cahiers du Collège international de philosophie, avec son (pauvre) premier graphisme :

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15 On lit dans l’éditorial de ce numéro : « Le Collège International ne définit pas à l’avance ses objets ni ses principes. Il se détermine en fonction de ce qui se trouve ainsi demandé, du dedans et du dehors, à la philosophie : un travail philosophique traversant les disciplines, les pratiques, les discours, faisant preuve de son sens et de sa destination, et sans autre a utorisation que l’expérience de la pensée.
16 Cela suppose que le Collège International de Philosophie ne soit pas ouvert seulement aux discours mais qu’on s’y attache aussi à ″faire″, à pratiquer – l’ordre artistique, technique ou social. Il accueillera les expériences les plus diverses dans leur nature ou dans leur style. La seule exigence est celle d’une rigueur d’autant plus grande que la recherche est plus aventurée, d’une vigilance d’autant plus stricte que les objets sont plus inusités. » (p.6).
17 Forts de cet éditorial, Borreil et Matieu entreprennent leur insertion ; leur amitié avait fonctionné sur d’autres registres ; elle va se cristalliser dans le Collège.
18 S’introduire par le voir, par le regard, par l’image est la première tentative.
19 Et voici la première importation : La Mirada ou la tendresse du regard dont la reproduction se déploie comme un bandeau sur la première et la dernière de couverture du Cahier n°2.

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20 Stéphane Douailler, Patrice Vermeren, Catherine Malabou, Jean-Louis Déotte – un des piliers du point de vue artistique, Jacques Derrida – en tête évidemment, Pierre-Jean Labarrière – le jésuite complètement ouvert, qui a fait beaucoup, Michel Tibon-Cornillot... ils y sont tous nommés dans la quatrième de couverture, au-dessus des quatre personnages – dont Sartre – de La Tendresse du regard. Mais le nom de Borreil ne figure nulle part et celui de Maurice Matieu se lit au bas de l’Ours pour signaler l’image de la couverture huile sur toile, 200 cm x 800 cm, photo Henri Arnaud.
21 C’est donc par une toile qu’ils entrent au Collège.
22 Dans Le Cahier n° 4 l’insertion se fait plus précise.
23 D’abord l’idée de l’image en bandeau sur la couverture est reprise avec un titre plein de sens ; Lumière du collège, De Rougemont (1987)

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24 Mais surtout, une nouvelle rubrique apparaît dans le sommaire : « Débat » où Matieu se glisse dans le contenu par les mots « voir » et « dire » (texte établi par Armelle Mathieu). Au-dessus de la toile de Rougemont en quatrième de couverture, son nom se lit parmi ceux qui jouxtent la citation de François Châtelet issue de La Philosophie des professeurs.
25 Jean Borreil ouvre l’événement tandis que Matieu s’expose en inaugurant les futurs entretiens croisant les regards du philosophe et du peintre. Soutenu par François Châtelet et Jean-Pierre Labarrière, il s’avance, non pas avec la ceinture d’un martyr mais avec ses toiles (Les Demoiselles du quai de la Loire, Les Paravents) et s’offre à la critique et au débat d’un public où l’on remarque Christine Buci-Glucksmann, Jacques Leenhardt, Jean-Noël Vuarnet (« Voir et dire, Débat avec le peintre Matieu », Cahier n°4, nov. 87).
Une fabrique qui s’affirme : Regards sur le regard
26 Lorsque le cahier n°5 sort en avril 1988, ni le nom de Borreil, ni celui de Matieu n’apparaissent dans le sommaire. Unifiant la première et la quatrième de couverture, seule la couverture originale du peintre Gérard Thalmann – entré dans la Galerie Pascal Gabert à cette même date – manifeste la présence de l’art et du milieu qu’ils veulent montrer au CIPh et où se rencontrent Alain Jouffroy et Félix Guattari, curieux des peintres de l’ex-collectif antifasciste.
27 Mais à partir du numéro 6, Borreil et Matieu n’hésitent plus. Depuis celui-ci et jusqu’au n° 8, l’avant-dernier de la série « Le Cahier » éditée par Osiris, les couvertures sont toutes originales donnant à voir sur leur entièreté les principaux artistes de l’époque, dont Gilles Aillaud, avec son tableau Le Nil en couverture du Cahier n° 6.

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28 Mais plus important encore, on y remarque qu’une nouvelle rubrique est signalée dans la deuxième de couverture : « Cahiers : Regards sur le regard : Animé par Maurice MATIEU » tandis que Jean Borreil (dont le nom figure en quatrième de couverture) ouvre le 1er Cahier : Les topologies de Theys Willemse ; et L’atelier d’Ipoustéguy (p. 221-237) suivi des photographies de François Boissonnet préparant le débat sur Jean Ipoustéguy ((p. 239-254). On y lit :
« Le cahier du Collège international de philosophie ouvre un nouvel espace de réflexion sur l’un des gestes inauguraux de la philosophie : l’analyse de l’image. L’enjeu : un appel au regard, par la subjectivité de l’objectif photographique, par la rencontre, par l’écriture. »
30 La formule est trouvée : un mélange de regards sur la photo après « enquête en image sur le lieu de l’atelier », rencontres entre artistes et philosophes au CIPh, publication de leurs débats, « regard de l’écriture » car le croisement de ces regards « informe » sur les « rencontres non pas hors les murs, comme dans le Phèdre, mais dans la Cité. »
31 Dans les deux volumes suivants du Cahier la formule est rodée. La couverture originale du n° 7 (avril 1989) est signée à la main par le sculpteur Ipoustéguy. (Pomme, 1989, 40 x50 cm)

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32 Elle annonce le texte qui remplira la nouvelle rubrique : « Toucher et dire. Débat avec le sculpteur Jean Ipoustéguy » (p.223-245) suivi par L’atelier Pierre Buraglio, carnet de photographie de François Boissonnet.
33 Le Cahier n°8 (oct. 89), plus épais que les précédents, termine la série des cahiers façon Osiris en connivence avec Matieu et Borreil. La couverture, une des Surfaces mathématiques de la collection Henri Poincaré dont les photographies de Boissonnet concluent « Regards sur le regard » font un clin d’œil aux pages consacrées à L’Être et l’événement d’Alain Badiou. On y remarque le texte de Jean Borreil sur François Châtelet [6], Les Raisons de l’autre et, plus particulièrement, après un court texte du peintre Gilles Aillaud, la fameuse Lettre de Cézanne à Felix Klein où Matieu et Borreil discutent le rapport entre art et mathématiques. C’est dire l’importance de l’ouverture dont témoignait cette tentative et cette époque.
Rue Descartes : l’apogée
34 L’analyse critique de ce temps est double.
35 Du côté de l’image, la nouvelle revue traduit déjà un problème financier. De l’édition Osiris et d’une abondance de couleurs, on passe à une forme plus austère, avec seulement sur fond noir le graphisme de Valério Adami : une signature en forme de logo Rue Descartes, publié chez Albin Michel.

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36 En quatrième de couverture un court texte affirme « Rue Descartes est une demeure de la philosophie… [qui] propose la découpe d’une grande problématique […] donne sa part à l’actualité de disputations ou de réinterprétations […] et se risque dans l’atelier des artistes – à commencer par celui de Gilles Aillaud. »
37 Car, dans le même temps, parallèlement à cette nouvelle austérité visuelle, à cet effacement du pictural, Jean Borreil et… un artiste peintre, Maurice Matieu, entrent dans le comité de rédaction.
38 C’est également à cette période qu’ils « modélisent » la nouvelle formule de « Regards sur le regard » qu’ils nomment « Atelier » où est composé autour d’un artiste plasticien une table ronde publique réunissant, non pas seulement des philosophes, mais des gens d’horizons divers et où sont proposées des photographies d’atelier de F. Boissonnet, et non des reproductions.
39 De ces « Ateliers » dont je vous recommande la lecture, je retiendrai celui d’Aillaud [7] et celui de Buren. Pourquoi ? Pour souligner le fait qu’il ne s’agit plus du tout d’une écriture académique mais bien d’une écriture populaire. Il y a un peintre, des philosophes, mais aussi des architectes, le public, des gens ordinaires. Et la transcription est celle d’un moment sans plan, où surgissent des choses – y compris des philosophes eux-mêmes, comme Poulain ou Derrida… –, des choses qui ne se rencontrent pas dans l’écriture.
40 Actuellement se tient une exposition de Gilles Aillaud au Centre Pompidou qui résonne avec ces propos. Il serait d’ailleurs intéressant de mettre en regard le regard et de s’interroger sur ce que l’on nous montre aujourd’hui de cette époque (et ce que l’on ne montre pas), d’autant que cette exposition s’intitule Animal politique – tous les mots y sont.
41 Nous sommes peut-être, actuellement, confrontés à une résurgence de ce moment sur lequel nous sommes en train de revenir, ici, à l’occasion de cet anniversaire. Un moment qui était d’une force explosive extrême.
42 Les choses ont changé, certes, 40 ans ont passé, mais n’est-on pas dans un moment où l’on a besoin que les générations nouvelles énoncent et produisent avec la même force l’importance de mélanger, de chercher dans les contraires, à partir des contraires, à partir des contradictions, des oppositions qu’il y a dans les individus, ce qui pourrait être un horizon commun ?
43 Observez ces titres, qui n’ont rien d’académique : Voir et dire, pour Matieu ; Toucher et dire, pour Ipoustéguy ; Voir et se taire, pour Aillaud ; La réalité de la peinture, c’est le lieu, pour Buren et il y a toute une discussion sur le lieu, une discussion que l’on pourrait dire populaire en ce sens qu’elle n’appartient ni à la philosophie, ni à la peinture, ni à aucune discipline, elle relève tout simplement de l’échange, du débat, de la confrontation.
La « fin de Regards sur le regard » mais est-ce la fin ?
44 La mort de Jean Borreil en 1992 est annoncée par Jacques Rancière en dernière page de Rue Descartes 4.

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45 Après la mort de Borreil, Matieu n’est plus dans le comité de rédaction.
46 L’aventure se termine avec une table ronde autour de Guy de Rougemont. Matieu ouvre le débat et je finirai en citant ses dernières phrases :
47 « Le premier interrogatoire, organisé par Jean Borreil, je l’ai subi dans l’amitié ; et je voudrais que l’entretien invitant Guy de Rougemont close ce cycle de onze débats dans l’amitié. C’est en effet le dernier entretien auquel je participerai dans le cadre du Collège [8]. »
48 Débat dans l’amitié, ce n’est sans doute pas un mot philosophique, mais il me semble assez juste de le conserver, au-delà des différences (différence de langue, différence de nationalité), il y a ce mot d’amitié, celui qui les liait, un lien, celui de leur amitié, sans doute le mot le plus fort à la fois dans la destruction – destruction de ce que l’on ne veut pas – et dans la construction de ce que l’on veut.
49 Conclusion : L’artiste-roi de Joan Borrell : « Seuil de notre époque ; la philosophie rencontre sa propre épreuve, son devenir – autre qui perturbe l’ordre de ses raisons : l’art. [Ici c’était l’art, aujourd’hui, c’est peut-être les migrants, la guerre et la paix, le massacre et la joie de vivre]. […] Au philosophe-roi hérité de la naissance de la philosophie répond l’artiste-roi. Un pouvoir sans pouvoir, un atelier transfiguré en lieu de passion et d’expérimentation, un travail élevé au rang de mystique, un musée hanté de ses réserves, l’acte artistique métamorphose et ruine les visées de la philosophie. Platon contre Platon. » (extrait de la quatrième de couverture). On peut aussi conclure par la tentative de Matieu de poursuivre l’expérience :

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50 « Se trouvent ici rassemblés une première série d’échanges réunissant peintres, philosophes, esthéticiens, critiques d’art et artistes de toutes disciplines autour des œuvres de Valerio Adami, Gilles Aillaud, Daniel Burem, Jean Ipostéguy, Anselm Kiefer et Maurice Matieu. Ces entretiens ont eu lieu de 1986 à 1992 au Collège international de philosophie, à Paris. Ils dégagent un horizon inédit d’interrogation philosophique en soumettant celle-ci à l’épreuve même de l’atelier. La réflexion qui guide la production picturale teste sa propre rigueur en rapportant le procès perceptif de l’œuvre en train de se faire, à la perception quotidienne, présumée commune à tous. » (extrait de la quatrième de couverture).
Notes
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[1]
Cf. Barbara Cassin, L’Odyssée au Louvre : un roman graphique, Éditions Flammarion, 2024.
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[2]
Programme du colloque Faire (de)la philosophie : 40 ans du Collège international de philosophie, 7-9 décembre 2023, p. 4.
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[3]
Cf. le texte « Manifeste antiraciste du collectif des peintres antifascistes » écrit avec Jean Borreil, publié initialement dans L’Unité du 28 mars 1975 et republié dans Maurice Matieu, J’appellerai mon fils insurrection, Éditions Actes Sud, 2014, p.140-147. L’affiche « Mohamed Laid Moussa assassiné par les fascistes », signée par le collectif antifasciste, fait partie du fonds du Musée national de l’histoire de l’immigration.
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[4]
La Mirada ou La tendresse du regard, Peintures de Matieu. Jean Borreil, in Cahiers critiques de philosophie 2009/1 (n°7), p. 155-175. Ce texte, signé Joan Borrell, a été publié (en bilingue français-catalan) une première fois dans le catalogue de l’exposition de Maurice Matieu, « La Mirada ou la tendresse du regard », Museu Puig − C.D.A.C.C. − Vila de Perpinyà, 19 d’Abril-12 de Juny 1985, Publication : « Col. lecció Escrits-Art. » − Amics del C.D.A.C.C.
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[5]
Patrick Vauday, Commencer. Variations sur l’idée de commencement, Éditions Le Bord de l’eau, 2018.
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[6]
L’amitié de Châtelet pour les artistes était si généreuse qu’il accueillit les toiles de Matieu expulsé de son atelier rue du Prévôt jusqu’à ce qu’il retrouve un atelier.
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[7]
Voir Débat avec Gilles Aillaud (Rue Descartes 1-2, avril 1991 : « Atelier. Gilles Aillaud : Voir et se taire photographies de F. Boissonnet, avec J.-C. Bailly, J. Borreil, C. Buci-Glucksman, O. Girard, P-J. Labarrière, N. Mathieu, M. Matieu, J. Poulain, P. Zarcate »).
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[8]
« Atelier. Guy de Rougemont : L’ordre, le plaisir, le jeu (photographies de F. Boissonnet) », in Rue Descartes 11, nov. 1994.

